Myria réclame davantage d’"yeux et oreilles" pour lutter contre la traite d’êtres humains

Le Centre fédéral Migration, Myria, et ses différents partenaires (ONSS et Pag-Asa) exhortent d'une seule voix le futur gouvernement fédéral à budgétiser et à allouer les moyens humains et financiers suffisants aux services de police et d'inspection, ainsi qu'à la magistrature, pour faire de la lutte contre la traite des êtres humains une priorité. Le rapport annuel de Myria, présenté ce vendredi, fait état d’un nombre croissant de cas d’exploitation.

La traite des êtres humains est le fait de recruter, transporter, héberger une personne - belge ou étrangère -, sous de fausses promesses, dans le but de l'exploiter par la suite. Elle se distingue du trafic d'êtres humains, dans lequel il s'agit de ressortissants de pays tiers (hors Union européenne) qui ont payé des passeurs, fréquemment au moyen d'énormes sommes d'argent, pour franchir illégalement la frontière.

La traite des êtres humains est un phénomène complexe à chiffrer, en raison notamment de la difficulté pour les instances publiques de détecter les victimes. D'après des estimations de l'Organisation internationale du travail, il y aurait dans les pays de l'Union européenne, 1,5 victime de traite pour 1.000 habitants, ce qui représenterait en Belgique (11 millions d'habitants) pas moins de 16.500 victimes.

Le Global Slavery Index a, quant à lui, estimé le nombre de victimes de la traite en Belgique, l’an dernier, à 23.000. Mais ces données ne se reflètent pas dans les chiffres de la police et de la justice, relève Sarah De Hovre, de l'association bruxelloise Pag-Asa, qui est un des trois centres spécialisés en Belgique (avec Sürya à Liège et Payoke à Anvers).

Ainsi, en 2018, la police a mis au jour 358 violations en lien avec la traite des êtres humains, tandis que le parquet a eu à traiter 301 dossiers, avec chaque fois au moins une victime impliquée. Le nombre de victimes signalées par les autorités judiciaires aux centres spécialisés s'est, quant à lui, élevé à 158.

Pour avoir une image plus précise du phénomène, "il faut des moyens humains", ont lancé, vendredi, le centre fédéral Migration, l'ONSS, l'association Pag-Asa (photo d'archives ci-dessous) et la magistrate fédérale Ann Lukowiak, à l'attention du futur gouvernement, alors que d'importants défis restent à relever sur le terrain en matière notamment de détection, d'information et de protection des victimes.

Une des recommandations importantes de Myria est d'ailleurs de se concentrer davantage sur la formation des services en contact avec les victimes potentielles de traite, dont la police et les services d'inspection, afin qu'ils puissent mieux détecter les signaux et dès lors mieux assister les victimes.