Huile de palme: une société belge accusée d’"investissement sale" en RDC

D’après un rapport de l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW), quatre banques européennes de développement, dont la société publique belge Bio, financent une entreprise canadienne, Feronia, accusée de violer les droits des travailleurs et de rejeter des déchets non traités en RDC, où elle produit de l'huile de palme pour le marché intérieur. En réaction au rapport, la société belge a défendu "les progrès engrangés" ces dernières années par Feronia "dans un contexte difficile et imparfait".

Dans le rapport de 95 pages intitulé "Un investissement sale: le lien des banques européennes de développement avec les abus commis dans l'industrie du palmier à huile en République démocratique du Congo", HRW indique que les banques d'investissement détenues par la Belgique, l'Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ne parviennent pas à protéger les droits des personnes qui travaillent et vivent dans trois plantations qu'elles financent.

HRW dit avoir constaté que Feronia et sa filiale en RDC, Plantations et Huileries du Congo, S.A. (PHC), exposaient leurs travailleurs à des pesticides dangereux, déversaient leurs déchets industriels non traités dans les cours d'eau locaux et appliquaient des pratiques de travail abusives qui entraînaient des salaires extrêmement bas.

"Ces banques pourraient jouer un rôle important dans la promotion du développement, mais elles sabotent leur mission en ne s'assurant pas que l'entreprise qu'elles financent respecte les droits de ses travailleurs et des communautés qui vivent dans les plantations", a déclaré l'auteur du rapport et chercheuse en environnement et droits de l'homme à Human Rights Watch, Luciana Téllez. "Les banques devraient insister pour que Feronia remédie aux abus et s'engage à définir un plan concret pour y mettre fin", a-t-elle ajouté.

Feronia avait déjà été mise en cause en avril dernier par la plateforme d'ONG de développement belge CNCD­-11.11.11, pour les mêmes raisons. L’entreprise canadienne a racheté trois plantations à Unilever pour profiter de la demande internationale d'huile de palme. Elle a reçu, selon le CNCD-­11.11.11, "plus de 100 millions de dollars" d'institutions publiques de financement du développement de pays occidentaux. Dont 11 millions de Bio - société publique belge d'investissement dans les pays en développement - au nom de "l'emploi rural", malgré les mises en garde sur le risque d'appuyer un cas d'accaparement de terres.

Réaction de la société Bio

"La mission de Bio est d'investir dans les endroits et les circonstances les plus difficiles", a défendu la société belge Bio, selon qui l'entreprise congolaise et ses environs étaient "gravement négligés" lorsqu'elle a accordé son financement.

La société opère dans une région pauvre du nord de la RDC, où les populations environnantes d'environ 100.000 personnes dépendent de l'entreprise comme seule source d'emploi et d'aide sociale dans la région. "Au cours des six dernières années, nous (CDC en tant qu'investisseur en capital et BIO, FMO et DGD en tant que prêteurs) avons investi 100 millions de dollars dans PHC/Feronia après son abandon effectif par son précédent propriétaire (...). Aujourd'hui, les salaires des travailleurs ont triplé, des vêtements de protection ont été fournis, un important projet de rénovation de logements pour les travailleurs est en cours, 72 puits ont été forés ou rénovés pour fournir de l'eau potable et des installations médicales restaurées aident des milliers de patients chaque année", justifie Bio.

La société belge se dit toutefois consciente des problèmes relevés par HRW. "Nous savions qu'il nous faudrait de nombreuses années pour remettre la société sur des bases solides. Une attention particulière devrait être accordée à l'amélioration des conditions de travail et nous tiendrons certainement compte des observations de HRW dans nos relations futures avec l'entreprise", affirme-t-elle.

Ce lundi, Feronia organise une réunion d'actionnaires avec les quatre banques à Londres pour discuter de son bilan environnemental et social.

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