Deux combattantes de l’EI désormais en Belgique, leurs avocats veulent les rencontrer au plus vite

Les deux combattantes du groupe terroriste Etat Islamique renvoyées par la Turquie sont arrivées en Belgique vendredi en fin de journée. Les sœurs anversoises sont arrivées à l'aéroport de Bruxelles, accompagnées par des policiers, avec un vol régulier. Elles ont incarcérées à Anvers et Bruges pour purger leurs peines. Leurs avocats ont indiqué vouloir les rencontrer au plus vite. Les deux femmes disposent en effet de 14 jours pour faire opposition de leur condamnation par défaut en Belgique à cinq ans de prison pour participation aux activités d'un groupe terroriste.

Fatima et Rahma Benmezian, âgées de 24 et 31 ans, ont été expulsées par les autorités turques. Le transfert n'a pas eu lieu dans le cadre d'une extradition judiciaire. Les deux femmes avaient été condamnées par défaut par le tribunal de première instance d'Anvers à une peine d'emprisonnement effective de 5 ans avec arrestation immédiate pour participation aux activités d'un groupe terroriste. Les deux soeurs disposent à présent de 14 jours pour "former opposition contre leur jugement" et décider d'être ou non rejugées, a précisé Eric Van Duyse, porte-parole du parquet fédéral.

La plus jeune, Fatima Benmezian, s'était évadée du camp sous contrôle kurde d'Aïn Issa, au nord de la Syrie, le mois dernier, à la faveur du chaos provoqué par l'offensive militaire turque dans cette région. Elle avait été arrêtée début novembre à Kilis, en Turquie, près de la frontière avec la Syrie, qu'elle venait de franchir avec l'aide de passeurs, selon les journaux De Morgen et Het Laatste Nieuws. Sa soeur Rahma s'était également échappée d'un camp, selon une source proche du dossier.

Incarcérées dès leur arrivée en Belgique, l'une des deux soeurs, qui a besoin de soins médicaux, a été placée à la prison de Bruges, qui dispose d'une unité réservée aux femmes et d'un centre de santé.

Premières réactions des avocats

Les avocats mandatés par la famille des deux sœurs anversoises, Me Lahlali et Me Ozdemir souhaitent rencontrer leurs clientes le plus rapidement possible. "Nous verrons ainsi ce qu'elles souhaitent entreprendre, soit faire opposition, soit accepter le jugement", a déclaré Me Lahlali.

Ce dernier se montre par ailleurs très critique sur la manière dont le retour en Belgique s'est effectué. "Cette situation montre que notre politique de sécurité a échoué. J'ai toujours plaidé pour un retour contrôlé, simplement pour nous éviter d'être confrontés à une influence politique étrangère. Le président turc prend une décision et nous paniquons. Si des personnes ont été condamnées ici, nous devons prendre notre responsabilité et leur faire purger leur peine ici."

Me Lahlali parle d'une "politique de l'autruche" de la Belgique et regrette que des mesures ne soient prises qu'en cas de situation irréversible. "Ce n'est pas non plus dans l'intérêt de mes clientes." L'avocat précise qu'il ne s'agit pas de fermer les yeux sur les faits reprochés aux deux sœurs. "Mais nous sommes un État de droit. Nous devons laisser la justice et ses institutions faire leur travail." Il s'efforce toutefois de leur offrir une assistance psychologique en raison de "la situation de stress problématique" qu'elles ont connue dans les camps kurdes, où elles auraient séjourné "dans des conditions inhumaines".

Une cinquantaine de Belges détenus en Syrie

La Turquie a renvoyé au total 15 combattants du groupe terroriste État islamique dans leur pays d'origine, dont des Allemands, des Américains et des ressortissants de l'Union européenne, depuis l'annonce de ces rapatriements le 11 novembre, selon l'agence étatique turque Anadolu. Le ministre de l'Intérieur turc Süleyman Soylu avait déclaré jeudi que 11 membres présumés de l'EI capturés en Syrie seraient également renvoyés en France "début décembre". L'agence Anadolu a avancé le nombre de 944 combattants étrangers issus de 36 pays différents qui attendent dans des centres turcs d'être rapatriés.

Actuellement, des milliers de djihadistes du groupe Etat islamique sont détenus par les forces kurdes en Syrie, parmi lesquels une cinquantaine de Belges, selon une source officielle. Outre ces prisons, les forces kurdes administrent aussi des camps où sont retenus les proches des djihadistes, femmes et enfants notamment, de multiples nationalités. Environ 800 personnes se sont évadées du camp d'Aïn Issa dans le sillage de l'offensive turque déclenchée le 9 octobre. Malgré un accord russo-turc conclu le 22 octobre qui a mis fin à cette opération, les inquiétudes persistent sur l'avenir des djihadistes dans cette région.