Chaque jour, six adolescents admis à l’hôpital après un abus d’alcool

L’abus de boissons alcoolisées reste un problème à ne pas sous-estimer pour les jeunes âgés de 12 à 17 ans en Belgique. C’est ce qui ressort d’une étude menée pour les mutualités par l’Agence Intermutualiste (AIM). Le nombre d’adolescents de 12 à 17 ans qui aboutissent aux urgences des hôpitaux diminue à peine. Il augmente même légèrement parmi les plus jeunes adolescents. L’an dernier, six jeunes par jour se retrouvaient à l’hôpital à la suite d’une consommation abusive d’alcool. La ministre fédérale de la Santé publique, Maggie De Block, n'est cependant pas favorable à une augmentation de l'âge légal pour l'achat d'alcool, indiquait-elle ce samedi matin.

En Belgique, les jeunes peuvent acheter de la bière, du vin et du mousseux dès l'âge de 16 ans. Mais le Conseil Supérieur de la Santé et le centre d'expertise flamand sur l'alcool et les drogues (VAD), notamment, recommandent que la limite d'âge soit fixée à 18 ans. D’après la ministre Maggie De Block, dans les pays où la limite d'âge pour l'achat d'alcool est repoussée à 18 ou même 21 ans, on constate beaucoup d'abus.

"Faites de la bière ou du vin des fruits défendus et ils n'en seront que plus attrayants", illustre-t-elle. La ministre plaide pour une sensibilisation. "Nous devons expliquer aux jeunes les risques de l'alcool sur la santé. Les parents jouent un rôle important à cet égard, ils doivent les aiguiller dans leurs choix de boissons et d'alimentation saines".

L’Agence Intermutualiste se montre néanmoins inquiète par les résultats de son étude. L’an dernier, 2.234 jeunes âgés de 12 à 17 ans ont terminé leur soirée aux urgences d’un hôpital à la suite d’une consommation excessive d’alcool. C’est un peu moins de jeunes qu’en 2017, mais les chiffres ont à peine changé en 10 ans. Pour comparaison : aux Pays-Bas voisins, le nombre de jeunes hospitalisés pour abus d’alcool oscille chaque année entre 700 et 900. Soit nettement moins qu’en Belgique.

Plus inquiétant encore, au sein du groupe des adolescents de 12 à 13 ans, le nombre d’intoxications à l’alcool augmente même légèrement. "C’est pourquoi ces chiffres peuvent encore être qualifiés d’inquiétants", indique le professeur Jozef De Dooy, spécialisé dans les soins intensifs pour les enfants. "Pour ces adolescents, cet abus d’alcool peut avoir des répercussions importantes, à courte comme à longue échéance. Il est d’ailleurs inquiétant qu’ils aient si facilement accès à l’alcool et qu’ils n’en évaluent apparemment pas les conséquences".

La Flandre occidentale accuse le plus haut score

Le problème d’abus d’alcool parmi les adolescents semble être le plus criant en Flandre occidentale. L’an dernier, quelque 263 jeunes West-Flandriens ont été emmenés aux urgences après un tel abus. Comparé au nombre d’habitants de cette province, cela représente nettement plus que dans les autres provinces flamandes. C’est par exemple 50% de plus qu’en Brabant flamand.

Les conséquences néfastes de l’alcool sur la santé des jeunes semblent aussi être souvent sous-estimées, révèle l’étude."A court terme, l’alcool réduit la prise de conscience, elle engendre un risque accru d’accidents et de blessures, d’hypothermie. Mais plus tard également, les conséquences d’un abus d’alcool restent néfastes". "La consommation d’alcool peut causer des lésions cérébrales chez les jeunes, qui influencent les résultats scolaires et les chances sur le marché de l’emploi. A plus long terme, l’abus d’alcool peut entrainer une cirrhose du foie, des problèmes cardio-vasculaires, et diverses formes de cancers. Ceux qui commencent à boire tôt courent davantage de risques d’addiction".

Le pédiatre Jozef De Dooy souligne aussi le rôle crucial des parents dans la prise de conscience des dangers chez leurs enfants. "Il faut vraiment leur apprendre que se retrouver aux urgences avec une intoxication alcoolique peut avoir des conséquences très importantes. Il faut suivre ces jeunes pour éviter qu’ils ne récidivent".

Des experts pointent le lobby de la bière

"Pour limiter les abus, on pourrait prendre des mesures efficaces concernant la vente d'alcool aux mineurs et repousser l'âge d'accès aux boissons alcoolisées, mais le lobby de la bière bloque ces avancées", affirme Marijs Geirnaert, directrice du Centre d'expertise flamand sur l'alcool et les drogues (VAD).

Selon Marijs Geirnaert, moins de jeunes boivent, mais ceux qui s'imbibent le font de plus en plus. Et c'est problématique. "Chaque jeune intoxiqué par l'alcool est un jeune de trop". Néanmoins, "il existe des mesures qui ont prouvé leur efficacité, comme le relèvement de l'âge minimum d'accès à l'alcool, à savoir 18 ans", prétend la directrice.

La ministre de la Santé n'y est cependant pas favorable, car selon elle, "on risque de rendre certains produits plus attirants en les interdisant". Le raisonnement est faux, rétorque Marijs Geirnaert. "Il y a 5 à 10 ans d'ici, aux Pays-Bas, les personnes ivres étaient très nombreuses... jusqu'à ce que le pays relève l'âge d'accès aux boissons alcoolisées. Ensuite, leur nombre a chuté".

Parmi les autres mesures préconisées par le VAD, on relève une augmentation du prix de l'alcool et une baisse de la publicité en faveur de celui-ci. "L'alcool doit être plus cher que les boissons gazeuses ou l'eau, ce qui n'est pas le cas actuellement". Cependant, d'après Marijs Geirnaert, toutes les mesures efficaces sont bloquées par le lobby de la bière qui est puissant dans notre pays. Or, "la sensibilisation c'est bien, mais ce n'est pas suffisant".

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