Nicolas Maeterlinck

Rencontre entre Magnette et De Wever: "Pas un présage pour une coalition bourguignonne"

Le président de la N-VA, Bart De Wever (photo, milieu), a reçu samedi soir l'informateur royal, le socialiste Paul Magnette (photo, à g.), à Anvers. Du côté du PS, on "ne confirme ni n'infirme". C'est Bart De Wever lui-même, lors d'une intervention dans la "Christmas House" anversoise de la radio commerciale Joe FM, qui a laissé entendre que le Carolorégien viendrait lui rendre visite dans la même soirée, écrivait le quotidien Het Laatste Nieuws. Le journaliste politique Johny Vansevenant (VRT) estime cependant qu’il ne s’agit de guère plus qu’une visite de courtoisie et qu’il ne faut donc pas y voir un présage d’une coalition violette-jaune (aussi surnommée bourguignonne) entre socialistes, libéraux et la N-VA.

"J'aurai de la visite. Pas du père Noël, mais de quelqu'un du Sud", a indiqué en radio le président des nationalistes flamands samedi, indiquant que "quelque chose pourrait se décider ce soir" quant aux contours de la future formation fédérale. Celle-ci pourrait prendre la forme d'un arc-en-ciel rassemblant libéraux, socialistes et écologistes, une piste que semblait privilégier l’informateur Paul Magnette ces derniers jours en rencontrant à plusieurs reprises des représentants des formations susceptibles de prendre part ou de soutenir un tel "arc-en-ciel".

L'absence de la N-VA dans les invitations de l'informateur était pointée du doigt notamment par le CD&V, qui estime que le parti nationaliste flamand doit obtenir une chance de faire partie de la nouvelle coalition. Paul Magnette a encore rencontré cette semaine le CD&V et le CDH. Ce samedi soir, il s’est donc rendu à Anvers, pour s’entretenir avec Bart De Wever et donc la N-VA.

"L’entretien a duré une demi-heure", indiquait le journaliste politique Johny Vansevenant (VRT). "Theo Francken et Lorin Parys y assistaient aussi. Il ne s’agissait de rien de plus qu’une visite de courtoisie, et certainement pas d’un présage pour une coalition violette-jaune. Magnette a ainsi respecté la demande du roi Philippe de parler aussi avec la N-VA".

Une coalition violette-verte est-elle viable ?

Paul Magnette suit plutôt la piste d’une coalition entre libéraux, socialistes et écologistes, sans la N-VA, mais il n’est pas certain qu'elle soit viable. Lundi matin, le bureau de l’Open VLD se réunira. Tout dépendra si la présidente des libéraux flamands Gwendolyn Rutten obtient le feu vert pour lancer les négociations avec les socialistes et les verts, éventuellement comme formatrice.

Mais il subsiste un gros problème, précise Vansevenant. "Dix des 12 élus à la Chambre ont déjà fait savoir qu’ils étaient contre une coalition violette-verte. Nombre de bourgmestres Open VLD y sont également opposés. On peut se demander si Rutten n’a pas pris trop les devants. Elle n’a en tous cas pas peur de prendre des risques".

D’après Vansevenant, un formateur libéral aurait des chances de parvenir à former une coalition, "mais il y a beaucoup d’obstacles. Il y a la note de Magnette qui pour beaucoup de Flamands est trop à gauche. On peut se demander si un formateur libéral parviendra à introduire assez de nuances bleues dans la coalition. En Wallonie, c’est avant tout le PTB qui critique la note, parce qu’elle ne serait pas assez à gauche à son goût".

"En plus de cela, une coalition arc-en-ciel n’aurait que 76 des 150 sièges à la Chambre. Soit seulement un siège d’avance sur l’opposition. Et le CD&V aura des exigences pour rejoindre une éventuelle violette-verte. Il demandera notamment de repousser les propositions éthiques concernant l’euthanasie et l’avortement. Et cela ne m’étonnerait pas que le CD&V exige que Koen Geens devienne Premier ministre plutôt que Gwendolyn Rutten. Nous pouvons nous préparer à un Premier ministre flamand, pour compenser le fait qu’il n’y aura pas de majorité flamande au sein du futur gouvernement fédéral", ajoute Johny Vansevenant.

Et si le Roi désignait Bart De Wever comme formateur ?

Ce lundi, l'informateur Magnette est attendu au palais pour un nouveau rapport au Roi. Selon Vansevenant, l’une des possibilités à envisager serait que le souverain désigne Bart De Wever (photo) comme formateur du nouveau gouvernement fédéral. "La question est alors : le PS lui permettra-t-il de réussir sa mission ? Et les libéraux, qui ont encore la violette-verte en tête ? Le CD&V veut donner une chance à la N-VA, mais aurait aussi des avantages dans la violette-verte, comme celui de pouvoir réclamer le poste de Premier ministre".

"Mais De Wever n’est pas stupide. S’il reçoit cette mission, il fera tout pour créer le doute au sein d’Open VLD. Je constate maintenant déjà que Paul Magnette est étonné de la grande influence de De Wever sur l’Open VLD et le CD&V. S’il parle, ils se rétracteront rapidement".

"Quant à Gwendolyn Rutten, il ne lui reste pas beaucoup de temps. Sa présidence d’Open VLD prend fin en mars 2020. On peut s’attendre à ce que les élections pour la présidence du parti jettent une ombre après la Nouvelle année et qu’elle aura ainsi moins de poids pour imposer la violette-verte. Rutten doit battre le fer tant qu’il est chaud".