Nicolas Maeterlinck

La dérangeante sympathie du cercle d’étudiants KVHV pour le sexisme de la "Nouvelle Droite"

Les propos sexistes que le chirurgien plasticien Jeff Hoeyberghs a tenus à l’Université de Gand lors de la conférence de l’Union des étudiants catholiques flamand KVHV ne sont pas une coïncidence. D’après les informations du journaliste de la VRT, Tim Verheyden, au moins 40 membres et ex-membres du mouvement estudiantin sont également membres du groupe d’extrême droite Schild & Vrienden. Celui-ci fait lui-même partie du courant international de la "Nouvelle Droite", dont l’idéologie présente les femmes comme une menace pour les hommes, au niveau culturel, économique et politique. 

D’après Tim Verheyden, le chef du KVHV de Gand était l’un des quatre vétérans de Schild & Vrienden sur le réseau de conversation en ligne Discord.

Le KVHV de Gand n’est pas Schild & Vrienden. Pas tous ses adhérents sont adeptes du groupe radical de Dries Van Langenhove. Il existe toutefois de la sympathie pour certaines idées et idéologies Schild & Vrienden, lui-même englobé par le courant international de la "Nouvelle Droite".

L’homme "alpha"

Les groupes qui font partie de ce courant utilisent tous le même langage et les mêmes techniques pour diffuser leur message sur le Net et dans le monde réel. Ils emploient par exemple des cartoons animés, ou "memes", et possèdent leurs propres réseaux. Sur les plateformes telles que YouTube, ou encore sur leurs sites, ils répandent leurs idées via des talk-shows et des vidéos relatant leurs évènements et leurs actions.

L’une de leurs luttes idéologiques concerne le rôle des femmes dans la société. Les sympathisants de la "Nouvelle Droite" accordent énormément d’importance à ce qu’ils estiment être la famille idéale, en l’occurrence une famille constituée d’un homme, d’une femme, et d’enfants. Le géniteur masculin doit toutefois être un "homme alpha", accompagné d’une femme qui s’occupe du foyer.

Au sein du courant, le féminisme est perçu comme une arme utilisée pour ébranler ce que le mouvement identitaire estime être les valeurs familiales traditionnelles. Ces valeurs sont d’après la "Nouvelle Droite" nécessaires à la construction d’une "nation" forte.

Une communication calculée

En public, les organisations telles que Schild & Vrienden adoptent des positions tempérées. Derrière les écrans, de toutes autres idées sont cependant partagées, notamment sur le rôle des femmes. Dans un groupe de conversation fermé de Schild & Vrienden, auquel le journaliste Tim Verheyden a eu accès, il était littéralement indiqué qu’il fallait communiquer certaines idées modérément dans le monde extérieur afin de créer une base pour des idées plus extrêmes.

Dans une autre discussion interceptée, un membre de Schild & Vrienden a rappelé les attentes du mouvement concernant les femmes : "Nous n’exigeons pas beaucoup des femmes dans la société. Elles doivent être une bonne mère, prendre soin d’elle et avoir une bonne apparence. On impose avec raison des standards plus élevés aux hommes, car c’est la seule manière de progresser".

Les effets pervers

Il n’est donc pas étonnant de voir le chirurgien plasticien Jeff Hoeyberghs déclarer lors de son intervention devant les membres du KVHV gantois que "les femmes veulent avoir les privilèges de la protection masculine et de l'argent, mais ne veulent plus ouvrir les jambes" et qu’"on ne peut pas traiter une femme sur un pied d'égalité sans devenir son esclave".

D’après le journaliste Tim Verheyden, les conséquences de cette conférence sont doubles et perverses. Un débat de société sur le sexisme est une nouvelle fois suscité, dans lequel une partie de la population exprime son indignation. Mais à travers l’attention qui est portée au sujet, les idées originales de la "Nouvelle Droite" trouvent à nouveau leur chemin vers un public plus large.

On notera qu’une plainte a été déposée contre Jeff Hoeyberghs par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH). Depuis lundi soir, ce dernier a reçu plus d’un millier de plaintes, et a donc décidé d’agir en justice pour violation de la loi contre le sexisme dans l’espace public.