Formation fédérale : le PS est-il réellement incontournable ?

Alors que nous venons de dépasser les 200 jours sans nouveau gouvernement fédéral, la future coalition se fait toujours attendre. Ces derniers mois, une même question s’est constamment posée: une majorité PS et N-VA, ou alors sans la N-VA est-elle possible ? Le parti socialiste francophone est aujourd’hui présenté comme incontournable. Mais qu’en est-il réellement ? Le journaliste politique de la VRT, Bart Verhulst, s’est penché sur la question.

En chargeant récemment les nouveaux présidents de parti Georges-Louis Bouchez (MR) et Joachim Coens (CD&V) d’une mission d’information, le roi en est déjà à la désignation de cinq informateurs depuis les élections de mai 2019. Deux préformateurs avaient par ailleurs également dû déblayer le terrain.

Incontournable?

On dit d’un parti qu’il est incontournable lorsqu’on ne peut se passer de lui lors de la formation d’un gouvernement. "Le PS se trouve dans cette position depuis les dernières élections. Du moins, c’est ce qui se dit", explique Bart Verhulst. "Mais lorsqu’on regarde la répartition des sièges de plus près, on se rend compte que ce n’est pas tout à fait correcte. Un certain nombre de formules sont possibles sans le PS. Toutefois, en observant la réalité politique, on se rend compte que le PS est malgré tout incontournable", remarque le journaliste.

Cette situation est liée à quatre phénomènes différents: la présence de partis radicaux, le groupement des familles politiques, les vétos imposés par certains partis, et la composition du précédent gouvernement.

"Personne ne veut gouverner avec les partis radicaux que sont le Vlaams Belang et le PTB. Cela limite immédiatement les possibilités de coalitions sans le PS", indique Bart Verhulst. "Parallèlement, certains partis sont intimement liés à leur pendant francophone ou néerlandophone. C’est surtout le cas des écologistes de Ecolo et Groen, et de la famille libérale", souligne-t-il. "Ces liens réduisent à nouveau les possibilités d’un majorité sans les socialistes francophones".

Par ailleurs, certains partis refusent de coaliser avec d’autres formation. La N-VA a par exemple mis son véto à une majorité incluant les Verts francophones.

Le quatrième phénomène est directement lié à l’ancien gouvernement Michel, dans lequel la N-VA, le CD&V, l’Open VLD et le MR siégeaient. Depuis les élections, ces quatre partis ont perdu leur majorité. L’implication d’un cinquième parti tel que le CDH n’y changeant rien, une formation de gauche s’avère nécessaire. En élargissant l’ancien gouvernement au CDH et au SP.A, il serait possible de contourner le PS. Mais les socialistes flamands, qui ont siégé jusqu’ici dans l’opposition, voudraient revenir sur des mesures de la précédente législature, chose que les quatre partis de l’ancienne majorité ne veulent pas.

Réalité politique

"Face à cette réalité du terrain, il ne reste donc que deux options : la violette-jaune, et l’arc-en-ciel (appelée violette-verte en néerlandais, ndlr), la couleur violette étant composée du rouge des socialistes et du bleu des libéraux", indique Bart Verhulst.

"La N-VA se trouve uniquement dans la première option, alors que le PS est inclus dans les deux formules. Ce qui rend donc le PS incontournable", poursuit-il. "A condition évidemment que ces quatre facteurs décisifs soient maintenus. Les vétos peuvent en effet être suspendus, et les liens entre les familles politiques peuvent également être brisés. Actuellement, rien ne laisse toutefois présager que cela arrivera", conclut le journaliste.