Nicolas Maeterlinck

"Des demandeurs d’asile ont pu acheter une maison avec leurs allocations familiales": les propos polémiques de Jambon

Dans un grand entretien paru samedi dans le quotidien De Tijd, le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) a déclaré "avoir entendu l’histoire d’une famille de demandeurs d’asile qui a pu immédiatement acheter une maison avec les allocations familiales perçues rétroactivement". "Et ce, alors que les autorités lui offraient tout ce temps un lit, du pain et un bain", ajoute-t-il, estimant que "ceci n’était vraiment pas l’objectif". Les propos du nationaliste flamand ont suscité une vague de critiques, provenant des partis de l’opposition, mais aussi de la présidente des libéraux flamands, Gwendolyn Rutten.

D’après le journal De Tijd, Jan Jambon a évoqué cette histoire à deux reprises, lors d’une conférence au club d’affaires De Warande à Bruxelles, et lors d’un discours à Hasselt. Le ministre-président flamand évoquait l’affaire pour se référer au système qui permet à des demandeurs d’asile, au moment de leur régularisation, de percevoir rétroactivement les allocations familiales auxquelles ils ont droit depuis l’introduction de leur dossier.

Dans son accord gouvernemental, la majorité flamande a décidé de supprimer "le plus vite possible" ce droit.

Fake news ou cas exceptionnel?

Les déclarations de Jan Jambon ont provoqué un débat sur la possibilité d’un tel scénario. De Tijd a ainsi calculé que dans un cas "extrême", impliquant une famille avec cinq enfants ayant introduit une demande d’asile il y a maximum 2 ans, la somme totale de l’allocation s’élèverait à 32.000 euros. Un montant insuffisant, donc, pour d’approprier un bien.

Sur Twitter,  l’ancien secrétaire d’Etat à l’Asile, Theo Francken (N-VA), a défendu Jan Jambon en affirmant que dans un cas encore plus extrême, suite par exemple à une demande datant de 8 années pour une famille de cinq enfants, la rétroactivité permet d’empocher 150.000 euros.

D’après Yves Coemans, de l’organisation des familles flamandes Gezinsbond, "le montant de 150.000 euros est impossible". "Une famille ne peut jamais toucher rétroactivement ses allocations pour une période de 8 ans, le maximum étant 5 années", précise-t-il. Selon le calcul de l’organisation, cela reviendrait donc à un maximum de 87.375 euros. "Et encore, il doit alors s’agir d’une famille dont les cinq enfants ont plus de 18 ans et suivent des études supérieures. Par ailleurs, la famille doit avoir droit à des suppléments sociaux. On pourrait alors acheter une petite habitation à rénover, ce n’est pas exclu".

Tensions au sein de la majorité

Les critiques ne se sont pas faites attendre du côté de l’opposition. L’ancien président du SP.A, John Crombez, a évoqué "des mensonges", alors que la présidente de Groen, Meyrem Almaci, a rappelé l’affirmation non fondée de Jan Jambon lors des attentats terroristes, selon laquelle des musulmans avaient dansé.

Sur Facebook, la présidente des libéraux flamands, dont le parti est dans la coalition flamande, a également réagi. Gwendolyn Rutten a ainsi demandé au ministre-président de s’en tenir "au projet positif qu’il a élaboré avec ses partenaires". "Si cela ne peut pas être l’essentiel, il faut alors tirer des conclusions. Si la N-VA veut former un gouvernement minoritaire avec l’extrême droite, qu’elle le fasse", a-t-elle lancé.

Sur le même réseau social, Jan Jambon n’a pas tardé à lui répondre, en soulignant que cette histoire avait été évoquée à plusieurs reprises lors des négociations gouvernementales. Selon lui, l’essentiel des discussions tournaient sur l’excès de cette mesure. Un excès auquel Jan Jambon a précisé qu’il désirait s’attaquer, avec ses partenaires.

On notera que jusqu’ici, le CD&V, troisième partenaire de la majorité flamande, n’a pas encore réagi.