La réforme d’Etat des francophones? "Une offensive de charme et une question d’argent en arrière-plan"

Aux yeux du politologue de l’Université de Gand Nicolas Bouteca, l’ouverture affichée par les partis francophones en faveur d’une nouvelle réforme de l’Etat est une façon de séduire les partis flamands qui sont éventuellement prêts à intégrer une coalition arc-en-ciel au fédéral. D’après lui, cette offensive de charme se déroule aussi sur fond de question financière.

Lundi, dans les colonnes du Soir, les nouveaux présidents des partis francophones se sont exprimés en faveur d'une nouvelle réforme de l'Etat. Paul Magnette (PS), Georges-Louis Bouchez (MR), Rajae Maouane (Ecolo), Maxime Prévot (CDH) et François De Smet (DéFI) ont indiqué être ouverts à une réforme en 2024, comme le demandent la plupart des partis flamands. Pour certains présidents, cela ne veut toutefois pas pour autant dire un renforcement du fait régional en Belgique, mais la réforme pourrait aussi être synonyme d’une refédéralisation de certaines compétences. Chose que refusent les nationalistes flamands.

"Je pense avant tout qu’il s’agit d’une petite offensive de charme de certains partis francophones pour convaincre les partis flamands à entrer dans une sorte de coalition arc-en-ciel", a commenté Nicolas Bouteca sur les ondes de Radio 1 (VRT).

D’après le politologue, la réforme de l’Etat proposée par les partis francophones n’est pas du tout celle voulue par la N-VA. "La N-VA veut une réforme qui aboutira à une Belgique diminuée de ses compétences. La refédéralisation sous forme légère constitue en fait un renforcement de la Belgique", explique-t-il.

"Je ne crois pas que cela va accroître les chances d’un gouvernement entre PS et N-VA", ajoute Nicolas Bouteca. "C’est une proposition dont on sait d’avance qu’elle ne sera pas menée avec les nationalistes flamands".

La Wallonie et ses difficultés budgétaires

"En arrière-plan, une question d’argent joue peut-être aussi un rôle", poursuit le politologue de l’UGent. "Il s’agit d’une constante dans l’histoire des réformes de l’Etat. La loi financière qui partage l’argent entre les entités joue pour l’instant en faveur de la Wallonie car celle-ci bénéficie jusqu’en 2024 d’un arrangement de transition qui doit aider l’économie wallonne à progresser".

Pour Nicolas Bouteca, la date de 2024 avancée par les francophones pour une nouvelle réforme de l’Etat n’est pas une coïncidence. "A partir de 2024, le gouvernement wallon aura de plus en plus de difficultés à mettre son budget en ordre", conclut-il.