Nicolas Maeterlinck

Les étudiants flamands qui débutent l’université connaissent de moins en moins le français

L’université de Hasselt (Limbourg) va introduire pour la première fois un cours de français général pour les étudiants inscrits dans sa faculté des sciences économiques et de l’entreprise, en effet la connaissance du français des étudiants flamands qui débutent leurs études est très insuffisante.

"Les étudiants flamands qui débutent l’université maîtrisent de moins en moins bien le français", explique Martine Verjans, maître de conférences à la faculté des sciences économique et de l'entreprise de l'UHasselt. "Tenir une conversation en français est particulièrement difficile pour eux, au grand dam et à la frustration des étudiants eux-mêmes".

Les élèves réussisent le cours de français en troisième année du secondaire, mais quand ils arrivent à l'université, ils se rendent compte qu'ils sont incapables de s'exprimer en français.
Martine Verjans, UHasselt

"Les élèves réussisent le cours de français en troisième année du secondaire, mais quand ils arrivent à l'université, ils se rendent compte qu'ils sont incapables de s'exprimer en français. Cependant, ils devront être capables de négocier un contrat en français, par exemple", ajoute Martine Verjans. "C'est pourquoi nous introduisons un nouveau cours de français général pour aider les étudiants à acquérir les bases du français".

L’enseignement pas adapté aux exigences des entreprises

Dans les autres universités flamandes aussi, on constate que la connaissance du français des étudiants est en régression. "C'est une évolution qui dure depuis plus de 10 ans", déclare Nathalie Nouwen de l'Institut des langues vivantes (ILT) qui est responsable des cours de langues dans les différentes facultés de la KU Leuven.

"Et cette baisse de la connaissance du français de nos étudiants est une très mauvaise chose", ajoute Nathalie Nouwen, "car à la fin de leurs études, nous livrons ces étudiants à des cabinets d'avocats et à des entreprises, où ils doivent avoir des compétences linguistiques et des aptitudes, et nous avons de plus en plus de mal à répondre à cette demande".

Plate-forme de formation numérique

C'est la raison pour laquelle la KU Leuven a déjà pris des mesures. Chaque année en septembre, l'université organise, sur deux jours et demi, un petit cours d'introduction pour les étudiants de première année afin de les remettre à niveau en grammaire de base du français.

Les étudiants flamands bénéficient également d'un jumelage avec les étudiants de Louvain-la-Neuve pour discuter entre eux en français pendant l'année.

Et l'ILT a également développé sa propre plateforme de pratique numérique pour permettre aux étudiants de pratiquer la grammaire de base pendant leur temps libre. Toute personne qui complète bien l'ensemble de l'entraînement recevra un point supplémentaire comme récompense ou les points de l'examen seront revus à la hausse.

Comment en est-on arrivé là ?

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Mais comment en est-on arrivé là ? Martine Verjans de l'UHasselt voit plusieurs causes. "Tout d'abord, il n'y a pas de contrôle sur la qualité des manuels scolaires français dans l'enseignement secondaire", dit-elle. "Ils offrent souvent les éléments de base du français très clairsemés."

"De plus, la direction et les enseignants sont soumis à une forte pression de la part des parents. De ce fait, ils n'osent parfois plus poser de trop hautes exigences aux élèves et la barre est placée beaucoup trop bas".

Mais aussi l'approche didactique dans les écoles n'arrange rien", ajoute Martine Verjans. "Parce que les compétences sont basées sur la connaissance et que vous devez apprendre à utiliser cette connaissance en pratiquant beaucoup, par essais et erreurs".

Nous sommes allés trop loin. La base de la grammaire est appliquée, mais beaucoup moins ancrée qu'auparavant.
Martine Verjans de l'UHasselt

"Je ne veux pas dire que 'tout était mieux avant'", déclare de son côté Nathalie Nouwen de l'ILT, " mais le fait est que nous sommes allés trop loin. Si la base de la grammaire est appliquée, elle est beaucoup moins ancrée qu'auparavant."

Il pourrait donc être envisagé d'organiser un test standardisé de français à la fin de la deuxième année du secondaire ", suggère Martine Verjans. " Ceux qui ont des déficits pourraient alors être mis à niveau en troisième année, afin que les élèves quittent l'école secondaire avec de bonnes connaissances de base ".

En tout état de cause, les deux enseignants misent sur les nouveaux niveaux finaux de français qui s'annoncent, la barre minimale que les élèves devront atteindre. " Ces nouveaux niveaux finaux sont assez difficiles et ambitieux, mais il faudra alors prévoir suffisamment d'heures de français pour les atteindre ", déclare Nathalie Nouwen.

Sa collègue de l'UHasselt l'attend également avec espoir. " Mais il faudra des années avant de voir les résultats de ces nouvelles mesures ", ajoute Martine Verjans. "Et nous ne voulons pas attendre pour ça à l’UHasselt. D'où le nouveau cours de français général qui sera élaboré en profondeur cette année académique. Nous pourrons alors commencer en septembre 2021. “

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