L’université de Gand teste l’embauche "ouverte", en Flandre orientale

L’UGent veut pouvoir évaluer si les entreprises flamandes sont intéressées par la méthode américaine de recrutement de personnel "open hiring", qui se passe sans entretien d’embauche ni demande de CV. Tout est basé sur la motivation de demandeurs d’emploi, qui s’adressent eux-mêmes à une entreprise où ils aimeraient travailler et sont alors placés sur une liste d’attente. Quand un emploi se libère dans leur domaine, ils sont appelés et testés sur le lieu de travail, dans l’exercice de leur fonction. Déjà utilisée aux Pays-Bas notamment, cette méthode sera donc testée pour la première fois en Belgique. Le projet pilote lancé par l’UGent impliquera une dizaine d’entreprises en Flandre orientale.

La procédure courante de recrutement implique généralement un curriculum vitae, une lettre de motivation, des tests de sélection et entretiens d’embauche. Mais dans le cas du "recrutement ouvert", tous ces éléments sont laissés de côté au profit de l’intérêt et de la motivation du demandeur d’emploi et des aptitudes qu’il pourra démontrer sur le terrain. Cette méthode, venue des Etats-Unis, permet aussi de gommer la discrimination, consciente ou inconsciente.

La méthode américaine prévoit d’engager du personnel sans la procédure courante de sélection, notamment dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre et pour redonner davantage d’opportunités aux personnes défavorisées sur le marché de l’emploi.

"Quand une entreprise a un poste vacant, les demandeurs d’emploi intéressés peuvent se présenter pour obtenir davantage d’informations sur l’emploi en question. S’ils sont toujours intéressés, leur nom est repris sur une liste d’attente", indique Sophie Goemaere de l’université de Gand. C’est donc le demandeur d’emploi qui détermine lui-même s’il estime être apte à l’emploi.

Prouver ses qualifications en travaillant déjà

"Le reste est simple. Dès qu’un emploi se libère dans l’entreprise, la première personne sur la liste d’attente est appelée et obtient automatiquement la place", précise Goemaere. Le nouveau collaborateur est alors testé pendant plusieurs mois sur le lieu de travail. "C’est la grande différence avec le système actuel de recrutement, qui teste les candidats, sur base de leurs diplômes et d’une sélection", avant de leur donner l’opportunité de prouver leurs capacités sur le lieu du travail.

Les entreprises ayant souvent des postes vacants, "vous savez que vous aurez tôt ou tard un emploi si vous vous êtes fait inscrire sur une liste d’attente", précise l’UGent. Le système possède divers avantages, que l’université gantoise veut tester sur le terrain. "On sélectionne ainsi uniquement sur base de la motivation. Les gens qui n’ont pas envie de travailler ne feront pas la démarche de s’adresser à une entreprise".

Cette méthode permet aussi d’éviter la discrimination au recrutement. "Sinon, l’entreprise peut discriminer consciemment ou inconsciemment certaines personnes. L’open hiring donne la même chance à tous ceux qui se trouvent repris sur la liste d’attente".

Aux Etats-Unis, le système est déjà appliqué de longue date, mais ses résultats n’ont jamais été mesurés. C’est ce que veut justement faire l’université de Gand. "Nous allons suivre les résultats dans une dizaine d’entreprises à Gand. Nous pourrons ainsi mesurer combien de personnes ne vont pas plus loin que la période de test, combien réussissent à se faire embaucher, quelle motivation ils possèdent et quelles sont les suites pour les participants".

Cette année, les divers participants au projet - comme la ville de Gand, l’Union des entrepreneurs indépendants, l’Ecole anversoise de management - étudieront comment mettre le système en œuvre de façon pratique. En 2021, la dizaine d’entreprises participant au projet pilote seront sélectionnées et les premiers travailleurs seront engagés via l’"open hiring".