Benjamin Dalle (CD&V) face aux députés flamands.

Renvoi du CEO de la VRT: l’opposition critique alors que le ministre a pris sa décision sans avoir lu le rapport

De nombreuses questions subsistent à la suite du licenciement de l’administrateur délégué de la VRT, Paul Lembrechts. Un débat a lieu dans ce cadre ce mercredi, au Parlement flamand. L’opposition a demandé de voir le rapport du médiateur qui avait été désigné par le Conseil d’administration. Mais le ministre flamand des Médias, Benjamin Dalle (CD&V), qui a procédé à l’écartement du CEO, a refusé de leur fournir le document, soulignant qu’il ne l’avait lui-même jamais lu.

Lundi dernier, le gouvernement flamand a fait savoir qu’il licenciait Paul Lembrechts de la VRT. La décision a été prise après plusieurs mois de conflit à la tête de la chaîne publique flamande, entre Paul Lembrechts, et l’un des membres du comité de direction, le numéro 2, Peter Claes.

L’administrateur délégué, soutenu par les autres membres du comité de direction, avait fini par demander le licenciement de Peter Claes. Le conseil d’administration, présidé par Luc Van den Brande (CD&V), avait toutefois unanimement refusé  la démarche.

C’est donc finalement le CEO de la VRT qui a, lui-même, été poussé vers la sortie lundi dernier. D’après le ministre flamand des Médias, "Paul Lembrechts n’est pas parvenu à rétablir la confiance", ce qui a mené à la décision de le renvoyer.

Le ministre n’a pas lu le rapport

Le 30 décembre dernier, le conseil d’administration avait désigné un médiateur externe pour résoudre le conflit. Fabiaan Van Vrekhem avait alors pris le temps de discuter avec toutes les personnes concernées pour ensuite rédiger un rapport. Sa conclusion principale était qu’il est "impossible de rétablir la confiance" à la tête de la VRT.

Pour mieux comprendre la décision du gouvernement Jambon de renvoyer Paul Lembrechts, l’opposition au Parlement flamand a demandé d’obtenir le rapport en question.

Le ministre Dalle a toutefois affirmé "ne pas avoir reçu" et "ne pas avoir demandé" ce rapport au médiateur. Selon lui, cette note n'a rien à voir avec la décision du gouvernement flamand. Il a répété sa première justification, à savoir qu'il estimait que Paul Lembrechts "n'avait plus la crédibilité nécessaire" pour "réinstaurer la confiance".

Un rapport "non pertinent"

Avant le lancement du débat au Parlement flamand, le ministre Benjamin Dalle avait tenu à prendre la parole pour expliquer la situation aux députés. Il a notamment expliqué que le rapport du médiateur n’était "pas pertinent" par rapport à la décision qu’il a prise, ajoutant que c’était sur base de la conclusion du texte que l’exécutif avait opté pour le licenciement de Paul Lembrechts, précisant que ce dernier avait "perdu sa crédibilité" pour diriger le média public flamand.

Les trois partis de la majorité (N-VA, Open VLD et CD&V) ont répété que le "conflit interne" à la tête de la VRT était l’unique raison du renvoi, et n’était aucunement liée au fait que le CEO s’était montré critique face aux économies imposées au service public.

Benjamin Dalle a par ailleurs rappelé qu’en tant que ministre, il n’avait pas la compétence de juger de l’avenir du numéro 2, cette décision revenant au Conseil d’administration. Le ministre des Médias n’a en effet que le pouvoir de nommer ou de limoger l’administrateur délégué de la radio-télévision publique.

Quant au rapport du médiateur, le ministre a refusé de le dévoiler, estimant qu’il ne serait "pas approprié" de le faire, sachant qu’il contient de nombreux détails personnels sur la manière de fonctionner de certains membres du comité de direction". Actuellement, le président du conseil d’administration, Luc Van den Brande, serait ainsi la seule personne à avoir pris connaissance du contenu de la note.

Critiques de la gauche

Les partis de l’opposition Groen, SP.A et PVDA (PTB), ont fortement critiqué le ministre Dalle, et la manière dont les choses se sont déroulées. "Vous avez pris la décision de renvoyer un CEO sur base d’un avis du président du conseil de l’administration, qui ne s’est même pas concerté avec les autres membres !", s’est indignée Katia Segers (SP.A).

"Ce n’est pas un secret que les relations étaient tendues entre Paul Lembrechts et Luc Van den Brande", a signalé Björn Rzoska (Groen). "Van den Brande se prenait de plus en plus pour le patron, et ne donnait quasiment plus de marge de manœuvre à Lembrechts", a-t-il encore dénoncé.

L’opposition, excepté le Vlaamd Belang, reste persuadée que d’autres motivations ont mené au licenciement du CEO. "La VRT se retrouve obligée de céder de la place aux chaînes commerciales, et de se plier à l’agenda nationaliste de ce gouvernement",  a dénoncé Jos D’Haese (PVDA).

"Rupture de confiance"

Dans un communiqué diffusé mercredi, les syndicats et le front du personnel "Iedereen VRT" ont évoqué une rupture de confiance entre le président du conseil d'administration, Luc Van den Brande, et le personnel. "Le fait que Van den Brande soutien le numéro 2, Peter Claes, est désormais connus de tous", ont-ils indiqué, dénonçant un "étouffement de l’affaire".

Les syndicats et "Iedereen VRT" demandent à ce que Luc Van den Brande transmette l'intégralité du rapport au CEO ad interim, Leo Hellemans, au ministre Benjamin Dalle, aux membres du conseil d'administration ainsi qu'à une personne de confiance issue du personnel. "La situation est trop grave pour des petits jeux politiques", estiment-ils.

Notons que, pour protester contre l’éviction de Paul Lembrechts, le personnel de la VRT se mettra en grève pendant 24 heures le lundi 27 janvier. La programmation radio et télé sera adaptée et les journaux restreints. L’offre du site d’info sera, elle aussi, limitée.

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