"Le plus grand procès de pédopornographie en Belgique" : 5 hommes, 9 millions d’images, des milliers de victimes

Un dossier de pédopornographie sans précédent en Belgique sera examiné à partir de ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Termonde (Flandre orientale). Cinq hommes - trois Belges, un Britannique et un Néerlandais - sont poursuivis pour avoir réalisé ou obtenu des clichés, puis les avoir stockés dans une immense base de données bien sécurisée, et les avoir ensuite diffusés. Trente-huit victimes ont été identifiées, des milliers d’autres doivent encore l’être. Child Focus - la Fondation pour enfants disparus et sexuellement exploités - s'est constitué partie civile au nom des autres.

Le dossier s'est ouvert un peu par hasard lorsqu’un homme trentenaire a été interpellé en mai 2015 alors qu'il photographiait des enfants partiellement dénudés sur la plage de Blankenberge (Flandre occidentale). Il est apparu qu’il entretenait des contacts réguliers avec deux hommes dans la vingtaine à l'époque. Au domicile du premier - spécialiste en informatique - les policiers ont découvert près de 9 millions de photos et de films à caractère pédopornographique.

La plupart des images étaient inconnues des enquêteurs, mais aussi des agents d'Europol auxquels elles ont été soumises, laissant imaginer qu'elles étaient l'œuvre des suspects eux-mêmes.

"Les enquêteurs ont trouvé 664 séries qui n’avaient encore jamais été détectées par les services belges, ni par Europol ou Interpol", précisait Heidi De Pauw de la Fondation pour enfants disparus et sexuellement exploités Child Focus. C’est exceptionnel, car normalement les enquêteurs spécialisés voient souvent réapparaître les mêmes photos. "Ces hommes étaient très hauts placés dans le milieu des pédosexuels".

Le dossier est d'une ampleur exceptionnelle

Cinq hommes "de tous les jours"

Un "noyau" de cinq suspects a finalement pu être identifié par les enquêteurs : le photographe de Blankenberge, le spécialiste informaticien, un troisième Belge, un Néerlandais et un Britannique. Ils ont tous entre 28 et 40 ans. Ils ont été arrêtés, dans l’attente de leur procès.

Une task force a été mise en place dans plusieurs pays et baptisée "opération Azraël", du nom du chat de l'ennemi des Schtroumpfs. L’ampleur de l’activité des cinq suspects est gigantesque. Les photos se trouvaient dans une base de données très structurée, classées en fonction du type de délit, de l'âge et de l'origine des victimes, principalement des petits garçons. Certaines sont même frappées d'un logo unique afin de garantir leur origine.

"Les hommes diffusaient leurs images de façon anonyme via le "dark web", mais utilisaient aussi WhatsApp, Skype, ce que tout le monde utilise", précise Heidi De Pauw.

Pour alimenter leur base de données, les prévenus se faisaient passer pour des filles lors de discussions en ligne, et demandaient à leurs interlocuteurs de se dévoiler. Les clichés étaient ensuite stockés et échangés avec d'autres pédophiles. Pour disposer de toujours plus d'images, certains n'ont pas hésité à utiliser leurs propres enfants ou ceux de connaissances.

Les cinq hommes se rencontraient régulièrement pour échanger des DVD. Le Néerlandais fournissait le groupe en photos de jeunes Indiens ramenées de ses différents voyages, lors desquels il abusait ses victimes en leur proposant en contrepartie de la nourriture ou de l'argent. Le Britannique profitait lui de ses missions comme jeune homme au pair en Europe pour prendre des photos dénudées des enfants dont il avait la garde.

Ce ne sont pas des marginaux, des vieux inconnus. Ils auraient pu être vos voisins
Heidi De Pauw, Child Focus

Heidi De Pauw (photo) est choquée par le fait que ces jeunes hommes n’avaient rien de particulier. "Ce ne sont pas des hommes marginalisés ou des vieux, inconnus, cette fois. Mais des hommes qui auraient pu être vos voisins. Ils ont commis leurs délits à des endroits comme des plages ou un marché de Noël. Certains sont partis ensemble en voyage".

Trente-huit victimes identifiées

Les enquêteurs ont analysé les millions d’images, en collaboration avec leurs collègues du service de police européen Europol. A l’heure actuelle, ils ont pu identifier 38 victimes, avant tout de petits garçons.

Il s’agit d’enfants vivant en Belgique, mais aussi en Allemagne, aux Pays-Bas, au Portugal et aux Etats-Unis. Et il y a des milliers d’autres victimes qui n’ont pas encore pu être identifiées. Child Focus s’est porté partie civile pour ces victimes. "Nous demandons davantage de moyens, afin que la police et la justice puissent traiter cette affaire en priorité", indique De Pauw.

Au procès qui s’ouvre ce vendredi en correctionnelle à Termonde, le parquet indiquera quelle peine il souhaite à l’encontre des prévenus. Ces derniers devraient aussi pouvoir prendre la parole. La plupart d’entre eux reconnaissent au moins une partie des faits.

"Mon client sait qu’il est gravement malade, que ce qu’il a fait a blessé grièvement d’autres personnes. Il accepte aussi de ne plus jamais connaitre une expérience sexuelle", déclarait l’un des avocats. Le verdict n'est pas attendu avant le mois de mars. Et l’enquête se poursuit pour tenter de démanteler le reste du réseau international de pédosexuels.