Près de la moitié des employeurs trouvent difficilement les profils adéquats

La pénurie de talents atteint des niveaux records en Flandre (55% des employeurs peinent à pourvoir les postes vacants) et à Bruxelles (43%), mais se résorbe quelque peu en Wallonie (27%), révèle la 13e enquête mondiale menée en la matière par ManpowerGroup. Sur l'ensemble de la Belgique, 45% des 1.000 employeurs sondés disent avoir des difficultés à remplir leurs postes vacants. C’est une hausse de 10% par rapport à l'an dernier et le niveau le plus haut jamais atteint depuis le lancement de l'enquête, en 2006.

L’augmentation de la pénurie de profils adéquats est la plus importante en Flandre (+17 points de pourcentage), mais Bruxelles (+8 pp) n'est pas en reste. Elle baisse par contre légèrement en Wallonie, de 3 points de pourcentage par rapport à l'an dernier. A titre de comparaison, au niveau mondial, 54% des 44.000 employeurs sondés pour l'enquête disent éprouver des difficultés à trouver le profil adéquat (+9 pp sur un an).

"Deux raisons expliquent ces pénuries accrues", indique Philippe Lacroix, managing director de ManpowerGroup BeLux. "Tout d'abord, un facteur quantitatif: le vivier de candidats disponibles continue de se réduire en raison du vieillissement et du départ des baby-boomers. Ensuite, un facteur qualitatif: les compétences sont sous pression en raison de la complexification des tâches et de la digitalisation."

Pour y remédier, "il n'y a pas de solution miracle à court terme", estime Lacroix. "Augmenter le taux d'activité est une priorité dans les trois Régions." Dès lors, les entreprises doivent se montrer capables d'attirer tous les talents disponibles "en mettant en place de véritables politiques de diversité". Elles doivent également "mettre l'accent sur la formation de leur personnel, en fidélisant leurs collaborateurs ou en renforçant l'agilité de leurs structures".

Dans le détail, si aucun secteur n'est épargné par cette pénurie en Belgique, ceux du transport et de la logistique (92%), de l'Horeca (65%), des services publics, de la santé, de l'éducation et des services collectifs (51%) sont les plus touchés.

Du côté de l’emploi, le top 10 des postes pour lesquels les employeurs rencontrent des difficultés de recrutement est toujours dominé par les fonctions techniques.

En Flandre, un diplôme n’est plus requis pour 10 métiers en pénurie

Le gouvernement flamand a préparé une liste de dix métiers pour lesquels il n’est plus absolument nécessaire d’avoir obtenu un diplôme. Une expérience professionnelle ayant permis d’acquérir les compétences nécessaires dans le domaine est alors jugée suffisante pour permettre d’exercer ce métier. Il faut néanmoins faire reconnaître officiellement ces compétences. Les dix métiers en question sont des professions en pénurie de main-d’œuvre qualifiée.

Il sera ainsi plus aisé de devenir coach de fitness, conducteur de chariot élévateur ou technicien de maintenance, si l’on possède toutes les compétences nécessaires sans pour autant avoir le diplôme en poche. La ministre flamande du Travail, Hilde Crevits (CD&V), et le ministre régional de l’Enseignement, Ben Weyts (N-VA), ont établi une liste de dix métiers pour lesquels on peut faire reconnaître les compétences acquises dans le cadre d’un autre emploi, d’un hobby, de travail bénévole ou d’études autodidactes, en Belgique ou à l’ étranger.

Les dix métiers sont tous actuellement considérés "en pénurie", c’est-à-dire que les offres d’emplois dans ces domaines sont nombreuses mais ne parviennent pas à être comblées à cause d’un manque de main-d’œuvre qualifiée. Or nombre de demandeurs d’emplois disposent des compétences nécessaires, mais n’ont pas obtenu de diplôme.

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Les administrations flamandes pour l’Emploi et l’Enseignement ont également fixé les critères qui permettront de certifier les compétences obtenues dans le cadre de la pratique plutôt que d’un diplôme. Ces critères sont tout aussi strictes que l’obtention d’un diplôme. Les personnes qui satisfont à l’évaluation obtiennent alors une qualification professionnelle.

L’actuelle liste de dix métiers devrait encore être élargie à l’avenir. Elle comprend les métiers suivants : conducteur de chariot élévateur, conducteur de chariot rétractable, désosseur-découpeur, garde d’enfants pour bébés et tout-petits, garde d’enfants de maternelle, collaborateur au service vert et d’aménagement paysager, mais aussi au service de gestion des plantations communales, technicien de maintenance de voitures et véhicules utilitaires légers, coach de fitness, guide.

Cette initiative s’inscrit dans la philosophie de l’apprentissage tout au long de la vie, indiquent les ministres compétents, Hilde Crevits et Ben Weyts. "On n’apprend pas seulement sur les bancs d’école. Constamment, on continue à se former, bien au-delà du diplôme que l’on a obtenu". "Sur le marché de l’emploi qui change rapidement, les requalifications et les formations continues sont réellement importantes pour conserver un emploi à long terme", souligne la ministre Crevits (photo).

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