James Arthur Photography

Une étude préconise d’investir davantage dans le personnel infirmier

"Il est nécessaire de mettre en place une politique fixant un nombre légal maximum de patients par infirmier, et d'y investir les moyens nécessaires, afin d'améliorer à la fois les conditions de travail des infirmiers et la sécurité des soins", conclut jeudi une nouvelle étude du Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE), réalisée conjointement avec la KU Leuven. L'enquête, menée auprès de 5.000 infirmiers issus de 84 hôpitaux en Belgique, est la réédition d'une étude publiée il y a 10 ans, laquelle concluait déjà que le quota maximum de patients par infirmier en Belgique était trop élevé par rapport à la norme internationale.

Concrètement, l'étude révèle que les infirmiers qui travaillent dans les hôpitaux belges s'occupent en moyenne de 9,4 patients (contre 11 en 2009), alors que l'on admet généralement, à l'échelon international, que la sécurité du patient n'est plus assurée au-delà de huit patients par infirmier.

Si le personnel infirmier a augmenté en milieu hospitalier au cours des dix dernières années - entraînant une légère diminution du nombre de patients par infirmier-, leur nombre reste insuffisant pour répondre aux besoins croissants de soins, pointe le KCE.
 

Surcharge de travail

Les infirmiers interrogés ont notamment indiqué qu'ils étaient de plus en plus souvent dans l'impossibilité, par manque de temps, de réaliser tous les soins nécessaires. A leurs yeux, ce problème n'a fait que s'aggraver au cours des dix dernières années, entre autres parce qu'ils doivent effectuer de nombreuses tâches pour lesquelles ils sont surqualifiés, comme par exemple servir des repas ou véhiculer des patients. Cette surcharge de travail a pour corollaire que certains soins nécessaires ne sont pas fournis.

Ainsi, 37% des infirmiers sondés ont signalé ne pas avoir pu surveiller correctement leurs patients ni les changer de position (prévention des escarres) au cours de leur dernière prestation.

L'étude montre encore qu'un infirmier sur quatre n'est pas satisfait de son travail et que 10% envisagent de quitter la profession. Trente-six pour cent présentent par ailleurs un risque de burn-out, un chiffre en augmentation au cours des 10 dernières années.
 

Mesure d’urgence : augmenter les effectifs

Le KCE appelle, dès lors, dans un premier temps, à augmenter les effectifs de 1.629 équivalents temps plein, c'est-à-dire un budget annuel supplémentaire de près de 118 millions d'euros. "Cette mesure doit être considérée comme une mesure d'urgence, et comme le minimum absolu de ce qui doit être entrepris", insiste le KCE.

Dans un second temps, le KCE recommande de fixer un nombre optimal de patients par infirmier, par type de service (en fonction de l'intensité des soins et du type de pathologie) et par équipe (jour/nuit). "Pour les services de chirurgie, de médecine interne, de gériatrie, de revalidation et de pédiatrie, ce renfort représente environ 5.500 infirmiers à temps plein, pour un budget annuel supplémentaire de plus de 403 millions d'euros", spécifie le KCE.

Le centre d'expertise conseille encore que les tâches qui ne relèvent pas des soins infirmiers soient prises en charge par d'autres professionnels, ce qui permettrait "d'augmenter l'attrait de la profession, d'y attirer un plus grand nombre de nouvelles recrues et de diminuer le nombre d'abandons". 

Un fonds "blouses blanches" de 400 millions

Le Parlement fédéral a récemment approuvé la création d'un fonds "blouses blanches", doté de 400 millions d'euros. Le budget ainsi dégagé doit permettre d'engager du personnel de santé supplémentaire.

Le KCE préconise toutefois que des moyens supplémentaires soient investis chaque année, de façon structurelle, et que l'on veille à ce qu'ils soient utilisés efficacement pour réduire le nombre de patients par infirmier dans les services où c'est le plus nécessaire.

Hasard de calendrier ou pas, l'appel du KCE à augmenter la dotation infirmière intervient alors que 2020 a été décrétée "année internationale des infirmiers". Celle-ci marque en effet le 200e anniversaire de la naissance de Florence Nightingale, figure de proue de la profession.

Il faut investir et réformer pour le personnel infirmier, précise Maggie De Block

"Il faut continuer à investir dans le personnel et dans l'attractivité de la profession d'infirmier. Investir ET réformer, et j'insiste sur le 'Et'", a précisé jeudi Maggie De Block (Open VLD). La ministre fédérale de la Santé était soumise à une batterie de questions en séance plénière de la Chambre portant sur l'étude publiée le matin même par le KCE. En réaction Maggie De Block avait affirmé jeudi matin dans un communiqué qu'investir des moyens supplémentaires de façon structurelle dans le secteur infirmier "ne résoudra pas grand-chose". "Nous devons oser repenser fondamentalement le métier d'infirmier", avait-t-elle plaidé.