Brexit : Bruxelles et Londres se préparent à de rudes négociations

Avec le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne, seule la première partie du Brexit sera accomplie ce 31 janvier. La seconde, qui consiste à trouver un accord sur les relations futures entre les deux parties, s'annonce extrêmement complexe, d'autant que Londres fait pression pour tenir un calendrier très serré.

Quand sonnera minuit à Bruxelles (23h à Londres) dans la nuit de vendredi à samedi, c'en sera fini officiellement de 47 années de participation britannique à l'Union européenne. Mais dans un premier temps, rien ne changera vraiment: certes les eurodéputés britanniques perdront leur siège et les ministres du Royaume-Uni ne pourront plus participer aux prises de décision de l'UE, mais le Royaume-Uni sera toujours considéré comme membre du marché intérieur de l'UE et de l'union douanière. Du moins pendant quelque temps encore.

La période de transition négociée pour éviter un Brexit dur prendra théoriquement fin le 31 décembre 2020, à moins qu'avant le 30 juin, le gouvernement britannique n'ait demandé et obtenu de la prolonger d'un an ou deux, ce que refuse le Premier ministre britannique, le conservateur Boris Johnson. Cette période doit permettre à Londres et aux 27 pays membres de l’Union de trouver un accord le plus large possible sur leurs relations commerciales et certains domaines sécuritaires, vu que le Royaume-Uni est appelé à devenir un pays tiers.

Tout reste à négocier

Les négociations promettent d'être particulièrement complexes. Le gouvernement veut éviter un maximum de tarifs et de quotas afin de fluidifier le commerce à travers la Manche, mais les pièges sont nombreux. Ainsi les Britanniques partent-ils du principe que les Européens, à un moment de la négociation, demanderont que leurs pêcheurs puissent garder leur accès aux eaux de pêche britanniques, comme c'est le cas actuellement sous certaines conditions. Pour des États membres comme la France, mais aussi pour des régions proches du Royaume-Uni comme la Flandre, le sujet est d'une importance économique certaine.

Autre sujet sensible: les aides d'État. L'Union européenne ne veut pas subir de concurrence déloyale d'une économie proche qui relâcherait les contraintes. Elle cherchera donc à s'assurer que Londres conserve au maximum les règles communautaires actuelles. Les préoccupations sont non seulement commerciales, mais elles touchent aussi aux protections sociales, sanitaires et environnementales. Mercredi, devant le Parlement européen, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a prévenu qu'un accord de libre-échange commercial "zéro quota, zéro tarif" douanier, qui serait "un cas unique", n'est envisageable que si le Royaume-Uni accepte que les entreprises se livrent une concurrence équitable. "Nous n'allons pas exposer nos entreprises à une concurrence déloyale", et pas davantage en matière de protection sociale, de droit des travailleurs ou de normes environnementales, a averti Ursula von der Leyen.

Le tout devra être négocié dans un timing très serré, Boris Johnson (photo) voulant à tout prix éviter une prolongation de la période transitoire au-delà du 31 décembre prochain. Et comme l'UE risque de ne pas s'accorder sur son mandat de négociation avant fin février, il ne resterait que 8 à 9 mois pour aboutir. En fin de compte, l'accord devra encore être approuvé par les deux parties, sous peine de voir ressurgir la menace d'une sortie brutale, de type "no-deal". Car à défaut d'accord commercial, les relations économiques entre Bruxelles et Londres seraient régies par les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), bien moins avantageuses puisqu'elles fixent des droits de douane pour les marchandises.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne
AFP or licensors
Boris Johson, Premier ministre britannique

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