Jonas Roosens

Les parents de Julie Van Espen plaident pour une série de réformes de la justice

Les parents de l’étudiante anversoise Julie Van Espen - dont le corps a été retrouvé le 6 mai 2019 dans le Canal Albert à Anvers et dont le meurtrier Steve Bakelmans avait été libéré sous conditions début 2017 alors qu’il purgeait une peine pour le viol de son ancienne compagne - ont écrit une lettre ouverte à l'adresse du Roi, et du monde judiciaire et politique. Ils imputent la mort de leur fille aux défaillances de la Justice et plaident pour une série de réformes. "Ne permettez pas que sa mort ait été en vain". Le ministre de la Justice, Koen Geens, assure les parents qu’il travaille depuis mai 2019 à un plan qui doit contrecarrer les "points douloureux" mis en évidence par le Conseil Supérieur de la Justice.

"Julie serait encore en vie si certains au sein de la justice avaient pris leurs responsabilités", écrivent les parents anversois dans leur lettre ouverte. La famille de la jeune fille assassinée le 4 mai dernier par un délinquant récidiviste soutient une série de recommandations formulées par le Conseil Supérieur de la Justice (CSJ), notamment la création d'un comité J - à savoir un organe externe de contrôle du fonctionnement du pouvoir judiciaire -, le suivi obligatoire des auteurs de violences sexuelles et la formation approfondie des magistrats et policiers qui s'occupent de ce genre de délinquance.

En décembre dernier, le Conseil supérieur de la Justice annonçait, après enquête, avoir constaté divers dysfonctionnements dans la gestion du dossier de Bakelmans, tant en première instance que devant la cour d’appel. Ainsi, le juge du tribunal correctionnel ne disposait pas d'informations suffisantes pour procéder à une évaluation approfondie des risques et le dossier n'a pas été considéré comme prioritaire par la cour d'appel, alors qu'il aurait dû l'être.

"La famille a jugé nécessaire de réagir de manière sereine mais claire au rapport du Conseil supérieur", a expliqué l'avocat de la famille, John Maes. "Ils ne veulent pas en dire plus, mais ils espèrent que les choses pourront se mettre en mouvement avec une lettre adressée aux hommes politiques les plus importants du pays". Les parents de Julie Van Espen énumèrent neuf priorités pour la justice, sur base des recommandations du Conseil supérieur.

"Travailler à un plan pour contrecarrer les points douloureux"

Le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V), a remercié les parents pour leur démarche et leur répondra par une lettre personnelle. Il a rappelé que depuis le mois de mai dernier, un plan est en cours d'élaboration pour résoudre une série de problèmes.

Les différents gouvernements du pays ont également décidé de mettre sur pied une conférence interministérielle sur les violences faites aux femmes. Les violences sexuelles seront le premier thème qui sera abordé. Sans moyen supplémentaire pour la justice, rien ne changera, a toutefois ajouté le ministre.

"Je continue à me battre pour une meilleure justice et la lutte contre les violences sexuelles en particulier. Il faut donner aux acteurs de la justice la force de coopérer et aux politiques la possibilité d'y consacrer les moyens suffisants. Une injection (d'argent) est nécessaire, sinon, ça n'ira pas", a souligné Koen Geens (photo).

BELGA

Création d’un Comité J ?

Pour ce qui est de la création d'un organe externe de contrôle du fonctionnement du pouvoir judiciaire, recommandé par le Conseil supérieur de la Justice, les avis des partis politiques sont actuellement partagés. Le parti socialiste flamand SP.A se dit partisan d’un comité supplémentaire, qui puisse analyser des fautes pendant le déroulement d’un procès et éventuellement les corriger. "Plutôt prévenir que guérir", indiquait Conner Rousseau, président du SP.A.

La N-VA estime également qu’il faut un contrôle supplémentaire, pour corriger d’éventuelles erreurs commises, mais trouve qu’il n’est pas nécessaire pour cela de créer un organe en plus à côté du Conseil supérieur de la Justice.

Quant aux libéraux flamands, ils s’interrogent sur la création d’un tel Comité J. Il y voient un problème pour la séparation des pouvoirs, qui est l’un des principes de base dans une démocratie. Ils craignent que le pouvoir législatif puisse ainsi contrôler la justice.

D’autre part, Open VLD a introduit fin décembre une proposition de loi pour permettre de suivre les personnes qui sont libérées sous conditions dans l’attente d’un procès. "A l’heure actuelle, ces suspects doivent respecter les conditions pendant trois mois maximum. Mais il faut souvent plus longtemps avant qu’un jugement sur le fonds soit prononcé. Les suspects sont alors peu suivis, et commettent parfois de nouveaux faits. Nous devons l’éviter à tout prix. Nous voulons que les conditions restent d’application jusqu’à ce que le jugement sur le fond ait été prononcé. Police et justice ne perdront ainsi pas le suspect de vue", indiquait Katja Gabriëls d’Open VLD.