Des fonctionnaires de la Commission des jeux de hasard ont-ils reçu des cadeaux ?

Des fonctionnaires de la commission des jeux de hasard ont-ils accepté des cadeaux de la part des sociétés de paris ? C'est en tous cas ce qui ressort d'un rapport remis hier au ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) et que le journal Het Laatste Nieuws a pu consulter.

Le Centre Intégrité, point de contact central pour les fonctionnaires fédéraux témoins d'une atteinte à l'intégrité, a mené une enquête de plusieurs mois sur de possibles cas de fraude et de corruption au sein de la Commission des jeux de hasard. Les enquêteurs ont notamment saisi des ordinateurs et interrogé des membres du personnel.

Ils ont ainsi constaté cinq cas d'atteintes graves à l'intégrité, notamment des abus de fonds publics et de pouvoir, des e-mails interceptés ainsi que des cadeaux provenant de sociétés de paris, alors que le rôle de la Commission est de réguler le secteur des jeux de hasard.

L'enquête s'est principalement concentrée sur le directeur de l'institution, Peter Naessens. "Mon client jouit d'une réputation intègre et se défendra contre toutes ces accusations", a réagi l'avocate de ce dernier, Me Anne Marie De Clerck.

Le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) a affirmé étudier le rapport. "Je prendrai les mesures adéquates", a-t-il promis.
 

"En fait, ils ont fait beaucoup d'efforts pour faciliter la tâche de l'industrie du jeu"

Frieda Matthys, professeur de psychiatrie à la VUB et présidente du groupe de travail "Jeu pathologique" du Conseil supérieur de la Santé, qualifie la nouvelle de "choquante". Mais elle ne s'en étonne pas trop.

Lorsque Frieda Matthys a formulé un rapport consultatif sur les troubles liés au jeu il y a trois ans pour le Conseil de la santé des Pays-Bas, elle a vu sur le site internet de la Commission des jeux de hasard que l'un de ses objectifs était de "veiller sur un secteur des jeux d'argent rentable". Frieda Matthys observe que cela contredit un autre objectif : protéger les personnes qui jouent.

Frieda Matthys a ensuite découvert sur le site internet que la Commission des jeux de hasard prenait de nombreuses initiatives pour défendre le secteur des paris et qu'elle était donc "un peu un groupe d'intérêt pour le secteur des jeux d'argent".

"Par exemple, nous les avons vus plaider contre l'interdiction de fumer dans les casinos et essayer de limiter le blanchiment d'argent", a ajouté samedi le professeur Matthys dans l’émission "De ochtend" sur Radio 1 (VRT). "En fait, ils ont fait beaucoup d'efforts pour faciliter la tâche de l'industrie du jeu. En ce sens, les conclusions du rapport de recherche s'inscrivent également dans cette optique", conclut Frieda Matthys.

Dans le même temps, elle souligne l'importance de la Commission des jeux de hasard. "Ils sont importants pour garantir qu'aucune pratique illégale n'ait lieu. Mais s'ils cherchaient en même-temps les failles de la loi, alors ils ne font pas du bon travail".

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