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Nombreuses réactions négatives après les représentations de la communauté juive au carnaval d’Alost

L'édition 2020 du carnaval d'Alost "est catastrophique, pire que tout ce que j'ai pu craindre". Le président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) a été horrifié par le défilé. Il espère une réaction du monde politique. Pour la Première ministre Sophie Wilmès (MR) : "Les représentations de la communauté juive au carnaval d'Alost "portent préjudice à nos valeurs ainsi qu'à la réputation de notre pays".

"Je suis vraiment choqué par ces images de juifs caricaturés en insectes ou à côté de sacs de diamants", a réagi Yohan Benizri. "C'est une redite de l'année passée, en pire." L'évènement a perdu l'an dernier sa reconnaissance au patrimoine immatériel de l'Unesco pour antisémitisme, en raison notamment de personnages au nez crochu et entourés de sacs d'or.

Les carnavaliers alostois en appellent pour leur part à l'humour, dirigé tant envers les juifs que les prêtres ou les musulmans. Pour le président du CCOJB cependant, il ne s'agit pas d'une question de liberté d'expression mais d'une question morale. "Nous sommes pour la liberté d'expression et le droit au blasphème", souligne-t-il. Mais "quel monde voulons-nous montrer à nos enfants? Des images de juifs en insectes à exterminer comme de la vermine, ou une société pluraliste? Certaines choses sont moralement répréhensibles, même si elles ne sont pas pénalement condamnables."

Yohan Benizri, qui appelle au "dialogue et à l'ouverture du débat à tous les démocrates" pour "éviter un front opposant Alost aux juifs censeurs", espère dès lors que la classe politique réagira. "C'est comme le harcèlement scolaire. Il faut conscientiser le harceleur et, si celui-ci ne comprend pas, il est alors nécessaire d'éduquer toute la classe", conclut-il.

Sophie Wilmès : Un "préjudice à nos valeurs et à la réputation de la Belgique"

Les représentations de la communauté juive au carnaval d'Alost "portent préjudice à nos valeurs ainsi qu'à la réputation de notre pays", a réagi dimanche dans un communiqué la Première ministre Sophie Wilmès (MR).

La Belgique est une démocratie "fondée sur des libertés fondamentales dont fait partie la liberté d'expression", rappelle Mme Wilmès. "Cette valeur implique notamment la liberté de critiquer, de blasphémer, de caricaturer."

Cependant, "cette liberté évolue dans un cadre légal précis qui vise à protéger les individus du racisme, de l'antisémitisme et des autres discriminations", nuance la Première ministre. "Il revient donc aux institutions compétentes et à la justice de déterminer si les faits qui se sont déroulés pendant le carnaval enfreignent la loi."

"L'utilisation de stéréotypes, de référents stigmatisant des communautés, des groupes humains sur base de leurs origines conduit aux divisions et met en péril le vivre ensemble. A fortiori, quand il s'agit d'actions conscientes et répétées", conclut Mme Wilmès.

Plus tôt dans la journée, dans l'émission De Zevende Dag (VRT), l'ambassadeur d’Israël en Belgique Emmanuel Nahshon avait appelé à une réaction du gouvernement fédéral, taxant le bourgmestre d'Alost Christoph D'Haese d'"hypocrite".
 

L' American Jewish Committee demande à l'UE d'ouvrir une enquête contre la Belgique

Le Comité juif américain (American Jewish Committee, AJC) demande sur son site internet que l'Union européenne ouvre une enquête contre la Belgique en raison des caricatures de juifs représentées cette année encore au carnaval d'Alost.

Pour l'AJC, dirigeants belges et européens doivent condamner ces représentations et examiner la possibilité d'ouvrir une enquête à l'encontre de la Belgique en vertu de l'article 7 du traité sur l'Union européenne, qui peut constater une violation grave par un État membre des valeurs défendues par l'UE. La coupole américaine dénonce notamment la représentation de juifs en insectes, "qui renvoie à la déshumanisation des juifs au temps du nazisme".
"Tous les yeux sont en ce moment tournés, avec honte, vers la Belgique. Alors que les autorités flamandes et fédérales ont refusé d'empêcher cette démonstration publique et grotesque de haine antisémite et, dans certains cas, la soutiennent même ouvertement, l'Union européenne devrait ouvrir une enquête", soutient dans un communiqué Daniel Schwammenthal, président du Transatlantic Institute, le bureau européen de l'AJC.

"La Commission européenne doit lancer la procédure prévue par l'article 7 (qui peut mener à la suspension de certains des droits des États membres, y compris celui de vote au sein du Conseil européen, NDLR), puisque les autorités n'ont rien fait pour interdire les déguisements antisémites, ce qui contrevient de manière évidente aux valeurs européennes fondées sur les leçons tirées de l'Holocauste et de la Seconde guerre mondiale", poursuit le président.

Ce dernier estime d'ailleurs que la Belgique, qui héberge nombre d'institutions européennes, doit d'autant plus veiller au respect de la dignité humaine et des droits humains. "Il est incompréhensible que, 75 ans après la libération d'Auschwitz, ces horribles images antisémites soient autorisées au coeur de l'Europe."

Le musée américain de l'Holocauste a également rappelé dans un tweet dimanche, à propos du carnaval d'Alost, que "24.000 juifs belges ont été assassinés pendant la Shoah. Aujourd'hui, l'antisémitisme mortel ressurgit partout en Europe. Des évènements qui, comme le carnaval d'Alost, encouragent l'antisémitisme et attisent la haine et potentiellement la violence doivent être dénoncés par toutes les couches de la société."

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