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Coronavirus: "Puis-je encore prendre l’avion?" et 30 autres questions au virologue Marc Van Ranst

La rédaction de la VRT a reçu en l’espace de 24 heures plus de 3.000 messages concernant des questions du public sur le coronavirus. Le virologue Marc Van Ranst  a répondu à une série d’entre elles.

1. Pourquoi le coronavirus a-t-il vu le jour en Chine ? Est-ce à cause du nombre élevé d’habitants ?

"C’est effectivement lié à ça. Après, on peut aussi se demander pourquoi ça a commencé à Wuhan. Il s’agit tout simplement d’un croisement de la Chine, une ville à travers laquelle passent tous les chemins. Et si vous me demandiez : quel est le pire endroit sur la planète qui permettrait à un virus de rapidement se propager dans le monde, Wuhan serait en haut de la liste".

2. Quelles différences avec la grippe classique ?

"Le coronavirus est un rien plus contagieux. Est-il également plus mortel ? La réponse honnête est qu’on ne le sait pas encore, car tout un nombre de personnes ne sont pas encore guéries, et qu’on ne sait pas non plus combien de personnes ont contracté le virus sans en présenter les symptômes. Si l’on regarde les chiffres dont on dispose pour le moment, on a l’impression que le nouveau coronavirus est un peu plus mortel que la grippe. La différence réside aussi dans le fait que, contrairement à la grippe, personne n’a encore d’anticorps pour le nouveau coronavirus".

3. Le nouveau coronavirus disparaîtra-t-il au printemps ?

"Il y a différents arguments à ce sujet. Premièrement : en 2003, le SARS a également émergé à la même période, et a disparu en juin. Deuxièmement : les autres coronavirus que nous connaissons sont liés aux saisons. On ne les voit plus à la fin du printemps ou en été, donc il est bien probable que le nouveau coronavirus ne survivra pas à la hausse des températures et aux UV, et cessera de circuler quelques mois avant de revenir plus tard. Il existe aujourd’hui quatre autres coronavirus humains qui présentent ce même comportement. Pour trouver un vaccin, cela prend environ un an et demi, ou un an dans le scénario le plus optimiste".

4. Combien de temps le nouveau coronavirus survit-il sur les paquets postaux, les clinches, les claviers ou l’argent ?

"Les paquets envoyés depuis la Chine prennent parfois jusqu’à 36 jours pour arriver chez nous. Aucun virus ne survit à ce laps de temps. La façon principale de propager le virus est via la toux et l’éternuement, lorsque des petites gouttes sortent du nez ou de la bouche et que quelqu’un d’autre les inhale. Nous inquiéter des claviers d’ordinateurs ou clinches de portes n’a pas beaucoup de sens, car on ne peut pas tous les désinfecter. Ce qui aide en revanche, c’est de se laver les mains".

5. Les animaux sont-ils concernés ?

"Il est très peu probable que nous devions nous inquiéter pour nos animaux de compagnie. Lorsque quelqu’un est malade dans une famille, il se peut qu’on trouve une petite trace du virus sur l’animal domestique, mais à l’heure actuelle, il n’y a aucune indication sur le fait qu’il faut s’en inquiéter".

6. Le nouveau coronavirus peut-il muter pour devenir encore plus mortel ?

"Les virus sont en constante mutation, ils s’adaptent. Mais cette adaptation n’est jamais – ou alors ce serait bête – en vue de devenir plus dangereux. Les virus apprennent à cohabiter avec nous. Ce sont en quelques sortes des virus ‘ados’ qui n’ont pas encore appris à vivre avec les gens. Pour un virus, c’est en fait catastrophique si son porteur meurt. La chance qu’un virus devienne plus mortel est donc petite".

7. Quand est-ce que le pic de contagion sera-t-il passé ?

"On sait qu’un pic a été atteint que lorsqu’il est passé. Chaque épidémie commence lentement, prend ensuite de la vitesse, atteint un pic, régresse puis disparaît. C’est également ce qui va se passer ici. Mais prévoir le moment du pic n’est pour l’instant pas possible".

8. Le virus a-t-il été conçu par des terroristes ou pour mener une guerre ?

"Ce sont des théories du complot qu’il est dangereux de propager. Elles font peur aux gens, et ne sont basées sur rien".

9. J’ai une maladie du cœur, suis-je dès lors un patient à risque ?

"Les patients à risque pour le coronavirus sont les mêmes que ceux de la grippe : les personnes âgées, et les personnes qui sont en moins bonne condition à cause d’un système immunitaire vieillissant. Parallèlement, il y a également les personnes qui ont des affections sous-jacentes, et qui sont donc déjà malades pour d’autres raisons. Les malades du cœur, des reins, du foie… En fait, toute affection pour laquelle on prend des cachets vous fera appartenir à la catégorie à plus haut risque. C’est aussi bien le cas pour la grippe que pour le nouveau coronavirus".

10. Qu’en est-t-il des femmes enceintes ?

"C’est une question difficile, et nous devons honnêtement admettre que nous n’avons en fait que peu d’évidence scientifique. Mais un certain nombre de choses sont plutôt réconfortantes : il n’y a par exemple que très peu de femmes enceintes parmi les patients gravement malades. Par ailleurs, on remarque peu de cas graves dans la catégorie d’âge habituel des femmes enceintes. Concernant les enfants et les bébés : ils n’ont que peu de risque de devoir être hospitalisés, même si on n’a pour l’instant qu’un nombre limité d’études à ce sujet".

11. J’ai la vingtaine, trentaine, quarantaine… que dois-je craindre ?

"La chance de contracter le nouveau coronavirus est aussi grande que la chance qu’une autre personne le contracte. Mais le risque d’atterrir à l’hôpital ou de vivre des moments durs est particulièrement peu élevé. Il est vrai qu’en Chine, certains jeunes infirmiers ou docteurs ont succombé à la maladie, mais c’était des soldats du front, qui ont travaillé durant plusieurs semaines, et parfois dans des conditions très difficiles, en présence élevée du virus. C’est une toute autre situation".

12. Ce tintouin est-il nécessaire si tant de personnes guérissent ?

"Alors qu’il y a pour l’instant relativement peu de cas chez nous, c’est le bon moment pour donner beaucoup d’informations. Celles-ci mèneront à moins d’angoisse face au coronavirus".

13. Si j’ai un rhume et de la fièvre, suis-je plus faible ou plus fort face au virus ?

"Cela n’a que peu d’importance. Ce que l’on constate toutefois, c’est que les personnes qui sont fortement affectées par le coronavirus ont souvent déjà l’un ou l’autre virus dans le corps. On dirait que notre corps parvient à gérer un des virus, mais que lorsqu’un deuxième ou troisième intervient au même moment, cela devient plus compliqué, et peut avoir des conséquences plus sérieuses. Pour renforcer sa résistance, il suffit de faire des choses simples : bouger suffisamment, se reposer et se nourrir normalement. Cela améliore le système immunitaire, et fera également en sorte que vous soyez moins vulnérables à un simple rhume".

14. Si on a contracté le coronavirus, mais qu’on n’a pas de symptômes, est-on contagieux ?

"Si l’on observe les personnes dans ce cas durant la période d’incubation, on détectera certainement le virus dans leur corps. On peut alors dire qu’elles sont déjà contagieuses, et ce serait un peu vrai. Mais ces patients sont cent fois ou mille fois moins contagieux que ceux qui toussent et éternuent toute la journée".

15. Je tousse mais je n’ai pas de fièvre, est-il possible que j’ai le coronavirus ?

"Les symptômes de la grippe ou du nouveau coronavirus sont les mêmes. On peut avoir de la fièvre, tousser ou avoir mal à la gorge. Mais on n’a pas toujours l’ensemble de ces symptômes".

16. Combien de tests peut-on effectuer par jour en Belgique ?

"Si vous suspectez d’être atteint du virus, il faut appeler son médecin généraliste. Celui-ci pourra soit vous réconforter ou soit vous guider vers de l’aide. Le test consiste à aller très profondément dans votre nez. C’est un peu désagréable, mais c’est nécessaire. Et oui, en Belgique, nous avons la capacité pour faire tous les tests. De nombreux laboratoires sont prêts".

17. Pourquoi ne fermons-nous pas les écoles préventivement pour deux semaines, comme en Italie ou au Japon ?

"L’Italie et le Japon comptent respectivement des centaines, et plusieurs milliers de cas de contamination. Ce n’est pas le cas dans notre pays. Il y aura certainement des nouveaux cas, mais cela ne signifie pas qu’il y a chez nous une circulation locale du virus. Parmi les habitants, nous avons déjà pris 700 échantillons, et il s’agissait à chaque fois de la grippe. Nous n’avons donc actuellement aucune raison de penser que le virus est largement répandu, et fermer les écoles serait vraiment prématuré".

18. Porter un masque sert-il à quelque chose ?

"Il faut garder nos masques pour nos médecins et infirmiers qui sont en première ligne, ainsi que pour les patients atteints. Si tout le monde se rue dans les pharmacies pour acheter tous les masques, et que la Chine n’en exporte plus, nous aboutissons à la situation actuelle, où l’on ne trouve plus de masques sur le marché. Nous voulons éviter que les gens se promènent avec des masques, cela n’a pas de sens".

19. Est-il déraisonnable d’envoyer les enfants chez leurs grands-parents après l’école ?

"Si les enfants sont en bonne santé, il n’y a aucun problème. S’ils sont malades, mieux vaut ne pas imposer ça aux grands-parents".

20. Mon enfant a de l’asthme, puis-je l’envoyer à l’école alors que tous les enfants reviennent de vacances ?

" Les enfants atteints d’asthme mais qui n’ont pas de symptômes d’une infection des voies respiratoires peuvent aller à l’école, comme tout enfant en bonne santé".

21. Ma fille a un rhume, n’a certainement pas le coronavirus, puis-je l’envoyer à l’école si la direction demande qu’elle reste à la maison ?

"Nous avons besoin d’un changement des mentalités en Belgique. Au Japon ou aux Etats-Unis, il ne faut même pas essayer d’envoyer un enfant enrhumé à l’école. Dans ces pays, on est bien plus conscients que chez nous : chaque infection virale se fait via une personne infectée par un virus. Nous devons adopter le même système chez nous".

22. Peut-on encore prendre les transports ou aller à des évènements en toute sécurité ?

"Actuellement, on ne pense pas supprimer des transports ou des évènements. Si, comme en Italie, de nombreuses personnes tombent malades, il se peut alors qu’on change d’avis. Mais essayons de rester le plus normal possible. Pensez toutefois à vous laver les mains, et faites-le plusieurs fois par jour".

23. Peut-on encore s’embrasser et se serrer la main ?

"Lorsqu’un virus circule, mieux vaut peut-être éviter cette bonne vieille habitude. On peut tout aussi bien se saluer en levant la main".

24. Ne doit-on pas isoler les groupes à risque ?

"Comment imaginez-vous que l’on puisse faire cela dans la pratique ? A chaque mesure proposée, il faut se dire : comment pourra-t-elle ensuite être supprimée ? Si vous n’avez pas de scénario en réponse, il faut alors vraiment réfléchir à deux fois avant de prendre une telle mesure".

25. Je suis infirmière, contrôleur de train, ou employé d'aéroport… Est-il dangereux d’être constamment en contact avec des gens?

"Nous interagissons dans le monde avec nos mains. Nous tenons et donnons continuellement des choses. Eviter tout ça me paraît extrêmement difficile et peu pratique. Se laver les mains est la seule solution au problème".

26. Les personnes arrivant de Chine ont été mises en quarantaine, pourquoi ne fait-on de même avec celles venues d’Italie ?

"Nous n’avons pris cette mesure que pour les personnes qui arrivaient de Wuhan, le vrai épicentre du virus, et pas pour celles venues d’ailleurs en Chine. Dans la province de Hubei et la ville de Wuhan, le degré de contamination était bien plus élevé que celui constaté en Italie. La mesure de quarantaine n’est donc pas à l’ordre du jour".

27. Est-il risqué de voyager en Italie ?

"Nous avons constaté que les cas à l’étranger provenaient d’Italie, surtout d’Italie du nord. Il est conseillé d’éviter les zones rurales des communes italiennes du sud de Milan. Mais ces communes sont déjà en quarantaine, et il est donc difficile d’y entrer. Globalement, cette question est très difficile".

28. Les voyages scolaires en Italie peuvent-ils être maintenus ?

"Il y a deux façons d’y répondre. Le risque sanitaire n’est pas nul, mais pas incroyablement important non plus, donc pourquoi ne pas maintenir... D’un autre côté, on peut aussi se dire qu’en allant à Milan, l’expérience sera différente. Les musées seront par exemple fermés. A Rome aussi, des cas ont fait surface, donc ce qui compte aujourd’hui pour Milan ou Venise peut peut-être bientôt également être valable pour Rome".

29. Est-il encore raisonnable de prendre l’avion ?

"Les gens ont tendance à penser que dans un avion, on respire le même air que tous les autres passagers. Mais la circulation de l’air ne se fait pas de l’avant à l’arrière de l’avion, mais bien d’une aile à l’autre. Un voyageur respire donc le même air que son voisin, et que les personnes assises quelques rangées devant ou derrière. Cela limite les risques. Par ailleurs, le personnel de bord est actuellement entrainé à donner un masque à toute personne qui tousse, et à le signaler aux autorités de l’aéroport d’arrivée".

30. Pourquoi faut-il tant de temps pour développer un vaccin ?

"Un vaccin doit être testé pour savoir s’il fonctionne et s’il est sans risque. Vient aussi l’étape qui ralentit tout : le vaccin doit être produit, pas en une centaine ou un millier de doses, mais en plusieurs millions, voire un milliard. Même avec la meilleure volonté du monde, le développement d’un vaccin prend environ 18 mois".

31. Une personne peut-elle avoir eu le coronavirus, et être à nouveau contaminée plus tard ?

"Un certain nombre de rapports sont parus, dans lesquels on trouve des cas de personnes qui avaient été déclarées guéries, mais qui plus tard semblaient encore avoir le virus dans la gorge. Cela peut vouloir dire qu’elles avaient été trop rapidement diagnostiquées comme guéries, mais il existe aussi d’autres scénarios, indiquant que les personnes n’ont pas développé d’anticorps. Dès la semaine prochaine, nous allons effectuer des tests anticorps en Belgique, et on pourra alors y voir plus clair".

Marc Van Ranst

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