Nicolas Maeterlinck

Des plaintes contre le refus de l’avocat Sven Mary de recruter des femmes: "Qu’on me traine en justice!"

L’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes a reçu une dizaine de plaintes depuis les déclarations controversées de l’avocat de renommée, Sven Mary. Dans une interview accordée au quotidien Het Laatste Nieuws au sujet du mouvement #MeToo, ce dernier a indiqué que son bureau n’engageait plus de femmes depuis "une mauvaise expérience" avec une stagiaire. Ses propos ont suscité une vague de critiques. "Qu’on me traîne en justice", a-t-il notamment réagi.

Sven Mary est entre autres connu pour avoir été l’avocat de Salah Abdeslam et de Fouad Belkacem. Dans une interview autour du mouvement #MeToo, il a indiqué que son bureau n’engageait plus de femmes. "J’ai déjà eu un problème avec une stagiaire qui prétendait avoir eu une mauvaise évaluation parce qu’elle n’avait pas cédé à mes avances. Je ne veux plus m’exposer à ce genre de risque", avait-il expliqué.

"On n’est pas au Moyen-Age"

Les propos de l’avocat ont suscité de nombreuses critiques ce week-end. Sur Twitter, la ministre flamande de la Justice, Zuhal Demir (N-VA), s’est montrée particulièrement dure : "Peut-être que Sven Mary a trop écouté ses clients Salah Abdeslam et Fouad Belkacem. Ceci est inadmissible, nous ne sommes pas au Moyen-Age", a-t-elle réagi. Le président du CD&V, Joachim Coens, s’est également montré étonné par les déclarations de l’avocat.

De son côté, l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes a reçu plusieurs plaintes. "Nous allons à présent vérifier s’il s’agit de personnes qui disent avoir été elles-mêmes victimes, ou bien si ce sont des personnes qui sont scandalisées par les propos en question", a fait savoir la directrice adjointe de l’Institut, Liesbeth Stevens.

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"Qu’on me traine en justice"

Dans une réaction publiée dans les colonnes de la Gazet van Antwerpen, Sven Mary semble loin d’être ennuyé par la situation. "Qu’on me traine en justice, je me défendrais bien", a-t-il rétorqué.

C’est un choix professionnel, pas plus. Je ne dis pas que toutes les femmes sont comme ça. Je suis prudent, je peux ?

Sven Mary, avocat

Selon l’avocat, il faut replacer ses propos dans leur contexte. "Des femmes travaillent dans nos bureaux régionaux, à Anvers et dans le Limbourg. A Bruxelles, nos secrétaires et comptables sont des femmes. Mais il est vrai que si, à Bruxelles, je dois choisir entre deux candidats similaires – un homme et une femme – pour un stage, je serai enclin à choisir l’homme. Et c’est fortement lié au précédent avec l’ancienne stagiaire. C’est un choix professionnel, pas plus. Je ne dis pas que toutes les femmes sont comme ça. Je suis prudent, je peux ?", s’est-il défendu.

"Pas de condamnation"

Invité ce lundi matin dans le studio de Radio 1 (VRT), le porte-parole de l’Ordre des Barreaux flamands, Hugo Lamon, a souligné que l’organe ne condamnera pas les propos de Sven Mary. "Evidemment, tout le monde doit respecter la loi. Les spécialistes devront indiquer si les déclarations en question constituent une violation", commente-t-il.

"Lorsqu’il s’agit d’une affaire individuelle, il revient au bâtonnier d’éventuellement intervenir", poursuit Hugo Lamon. "Mais je ne sais pas si une simple petite phrase dans un journal est suffisante pour que le bâtonnier puisse entreprendre une démarche. Les plaintes seront toutefois évidemment traitées", conclut-il.

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