Covid-19 : comment le gouvernement flamand tente de limiter l’impact de la crise

Les ministres du gouvernement flamand ont annoncé ce vendredi une série de décisions pour soutenir les entreprises qui souffriront des restrictions imposées dans la lutte contre le coronavirus. Cent millions d'euros sont notamment dégagés pour garantir les dettes des entreprises et des indépendants qui se trouveraient en difficulté. Un montant forfaitaire est aussi annoncé pour les commerces qui doivent fermer, et le précompte immobilier ne sera réclamé aux entreprises qu’en septembre au lieu de mai. Voici un aperçu des mesures annoncées par le gouvernement flamand.

L’impact économique des mesures décrétées jeudi soir par les autorités fédérales pour endiguer la propagation du coronavirus en Belgique s’annonce énorme. Le gouvernement flamand a donc présenté ce vendredi midi une série de mesures de soutien aux secteurs affectés.

Les 100 millions d'euros doivent servir à ce que les entreprises et indépendants puissent faire garantir un crédit pont par la Participatiemaatschappij Vlaanderen, également pour des dettes existantes. Un millier d'emprunts de 100.000 euros vont être rendus possibles, sous les règles des garanties publiques régionales.

La prime prévue pour les commerces obligés de fermer temporairement, comme celle qui entre en jeu en cas de travaux publics, est quant à elle revue à la hausse. Elle devra donner un coup de pouce aux restaurants et cafés qui seront fermés plusieurs semaines, et aux magasins qui ne pourront ouvrir le week-end. Les premiers toucheront 4.000 euros de prime, les seconds 2.000 euros. Si les mesures étaient prolongées au-delà de 21 jours, un dédommagement de 160 euros par jour s'y ajoutera.

Par ailleurs, la Région va être plus souple pour les entreprises qui auraient des difficultés, à cause de la crise du coronavirus, à respecter les délais liés aux subsides de l'agence flamande pour l'innovation et l'entrepreneuriat (Agentschap Innoveren en Ondernemen), expliquait ce vendredi la vice-ministre-présidente Hilde Crevits (CD&V).

Le gouvernement flamand promet de continuer à travailler sur d'autres mesures et a également écrit à la Commission européenne, contrôleuse des aides d'Etat, pour lui notifier les mesures.

Lieven Van Assche

Solidarité

Le ministre-président flamand Jan Jambon (photo) a appelé à la solidarité de la population envers le secteur culturel tout autant que celui de l’horeca. "Si vous avez acheté un billet pour un événement culturel qui doit être annulé, vous pouvez peut-être décider de ne pas exiger de remboursement. Cela ne vous en coûtera pas un effort trop important, alors que pour le secteur culturel cela représentera un ballon d’oxygène de ne pas devoir tout rembourser".

"J’ai aussi déjà entendu des gens qui louent au secteur horeca qui annonçaient vouloir se passer d’un mois de loyer pour soulager les exploitants de café ou restaurant", poursuivait Jan Jambon.

Le gouvernement flamand escompte 140 à 150 millions d’euros de dépenses supplémentaires. "Notre budget peut résister à une petite bosse", assurait le ministre flamand Matthias Diependaele. En septembre, un contrôle budgétaire supplémentaire est cependant déjà prévu.

Enseignement

Le ministre flamand de l’Enseignement, Ben Weyts (N-VA), a répété que les cours seront suspendus pendant trois semaines dans les écoles néerlandophones, jusqu’aux vacances de Pâques. Les écoles doivent cependant organiser un accueil pour les enfants dont la garde ne pourrait sinon être assurée que par les grands-parents, qui font justement partie de la population la plus en danger face au coronavirus. Il s’agirait notamment d’enfants de personnes travaillant dans le secteur des soins.

Ben Weyts (photo) espère en outre que les trois semaines sans cours ne seront pas du temps totalement perdu. "J’espère que les élèves pourront tout de même recevoir du contenu". Il songe notamment à l’utilisation d’initiatives telles que ‘Bednet’, qui permet aux enfants malades qui ne peuvent aller à l’école de suivre les cours depuis leur lit via un système de vidéo-conférence.

Weyts estime aussi que la télévision publique flamande VRT peut jouer un rôle. "Notre service public peut être sollicité pour donner du contenu aux enfants et jeunes qui sont à la maison", en diffusant des programmes éducatifs. Une concertation a d’ailleurs eu lieu ce vendredi après-midi entre la VRT, le ministre Ben Weyts et le ministre flamand des Médias, Benjamin Dalle (CD&V), à la suite de laquelle la VRT a décidé d'adapter son offre de programmes pour les semaines à venir. 

Sur la première chaine TV (Eén) et sur VRT NU, elle proposera ainsi tous les jours de semaine des émissions à caractère éducatif pour les enfants et les jeunes, et des séries populaires par le passé, qui devraient tout particulièrement plaire aux séniors.  

Bien-être

A la décision de jeudi de ne plus autoriser de visites aux personnes âgées dans les centres de repos et de soins (pour les protéger contre l’épidémie) - hormis les visites de bénévoles et d’intervenants de proximité - s’ajoute celle de fermer aussi les centres de services et de jour. Le ministre du Bien-être Wouter Beke annonçait ce vendredi midi que les institutions résidentielles pour les personnes handicapées fermaient leurs portes temporairement aux visiteurs, tout comme les centres psychiatriques.

Le ministre Beke (photo) a également évoqué, lors de la conférence de presse du gouvernement flamand, le problème de pénurie de masques pour le personnel médical. La semaine dernière, 1,6 million de masques ont été commandés, destinés avant tout aux maisons de repos et soins et aux prestataires de services à domicile. "Nous avons aussi décidé de libérer 7 millions d’euros supplémentaires pour pouvoir commander une seconde livraison, ces prochains jours", précisait Wouter Beke.

La grande crainte des autorités fédérales et régionales est que le nombre de contaminations au coronavirus ne monte en flèche rapidement. Le pays serait alors confronté à un manque de capacité dans les soins de santé. A Wuhan, en Chine, les autorités avaient fait construire un hôpital pour des patients du coronavirus en l’espace de 10 jours seulement.

En Belgique aussi, des salles d’attente et salles de consultation temporaires peuvent être aménagées. Si c’est pour une durée maximale de 4 mois, elles ne doivent souvent pas bénéficier d’un permis environnemental, indiquait la ministre de l’Environnement Zuhal Demir (N-VA). Le gouvernement flamand veut adopter un "décret d’urgence" pour que d’autres infrastructures puissent être érigées sans permis environnemental préalable.

Mobilité et télétravail

Les mesures prises par la société régionale flamande de transport en commun De Lijn seront également renforcées. Plus aucun paiement en argent liquide ne sera donc autorisé, dès ce vendredi, dans les bus et trams De Lijn. Ceci permet d’éviter chaque semaine quelque 110.000 contacts physiques entre les voyageurs et le personnel de la société.

Les voyageurs sont aussi priés de monter à l’arrière du bus ou tram, pour éviter autant que possible un contact rapproché avec le chauffeur. "Nous demandons aussi à la population de ne faire en transports en commun que les voyages réellement nécessaires", indiquait la ministre de la Mobilité, Lydia Peeters (Open VLD).

La ministre du Travail, Hilde Crevits (CD&V, photo), réitérait son appel aux particuliers et entreprises à favoriser un maximum le télétravail. "Ceux qui ne peuvent le faire, doivent envisager des manières créatives de différer leurs heures de début et de fin de travail et leurs heures de midi. Ceci permet d’éviter qu’un grand nombre de personnes se retrouvent en même temps à certains endroit".

Le ministre flamand de l’Intérieur, Bart Somers (Open VLD), soulignait que l’administration publique flamande et les administrations locales allaient elles-mêmes recourir autant que possible au télétravail.