Jasper Jacobs

Covid-19 : les économistes sont partagés sur les mesures d'aide

Les économistes ne partagent pas tous le même avis sur la manière dont le gouvernement devrait intervenir pour aider au mieux l'économie en cette crise de Covid-19. "Toutes les contraintes doivent être levées", estime l'économiste en chef de BNP Paribas Fortis Koen De Leus. Les mesures "doivent être proportionnelles et sélectives", juge son homologue de la KBC Jan Van Hove.

Tous les deux sont par contre persuadés que la crise actuelle poussera le pays en récession. "Nous devons nous attendre à une petite récession. Nous anticipions déjà une croissance négative au premier trimestre, et avec les nouvelles mesures ce sera certainement le cas pour le deuxième également", poursuit Koen De Leus. "La question est de savoir quelle sera l'ampleur de cette récession, nous n'allons pas donner des chiffres à la légère", commente Jan Van Hove. "L'impact du virus est difficile à estimer, mais cela va plus loin: il y a aussi le marché pétrolier, le protectionnisme de Trump et différentes approches en fonction des pays."

L'économiste en chef de Belfius, Véronique Goossens, est plus optimiste et pense que la Belgique peut encore éviter la récession. Belfius s'attend tout de même à une croissance plus faible qu'envisagée dans les dernières prévisions. "Cette année, nous attendons une croissance de 0,5% en Belgique", affirme-t-elle. Pour y arriver, la banque parie que l'épidémie de Covid-19 sera dernière nous pour l'été.

Concernant les mesures de soutien que les autorités doivent prendre, les avis divergent quelque peu. Pour De Leus, "toutes les contraintes doivent être levées". "Si nous ne mettons pas toutes les ressources à disposition maintenant, les problèmes budgétaires ne feront que s'aggraver." Il s'attend en outre que l'Europe soit plus flexible sur ses règles budgétaires. Il craint que la crise de l'offre, avec les productions quasi à l'arrêt en Chine et en Italie, ne provoque une crise de la demande.

L'économiste de la KBC est plus prudent. "Du soutien sera nécessaire pour certains secteurs définis, mais devra être proportionnel et sélectif, autrement cela causera un nouveau problème à long terme." La dette publique se creuse rapidement, remarque-t-il. "Si l'on compare à il y a 12 ans (lors de la crise financière, NDLR), les finances publiques européennes, à quelques exceptions près, sont en moins bon état", précise Van Hove. "La fin justifie les moyens, mais pas aveuglément."

Véronique Goossens abonde dans son sens. Contre-productif en gros de maintenir sous perfusion des entreprises qui ne seraient pas en bonne santé avant la crise. Les entreprises qui ne sont pas adaptées ou ne se sont pas préparées à la numérisation et la transition écologique, et qui traînent une lourde dette, sont menacées. Il faut se poser la question de l'utilité de soutenir celles-ci, estime-t-elle.

Les plus consultés