Coronavirus : les hôpitaux se préparent à poser des choix entre patients

Comment soigner le plus grand nombre possible de patients en même temps ? Mais surtout, que feraient les médecins s'il y avait plus de patients que de lits aux soins intensifs ? Ce sont ces questions qui ont été abordées ces derniers jours par un comité d’éthique composé de médecins et de philosophes. Le résultat : un texte avec des recommandations éthiques qui est maintenant distribué à tous les hôpitaux belges.

Au cours de ces quatre derniers jours, le nombre d'hospitalisations a doublé tous les deux jours. Le nombre d'admissions dans les unités de soins intensifs a également chaque fois doublé. Si cette tendance se poursuit (et il semble que ce soit le cas pour l'instant), les experts prévoient que d'ici mardi prochain, 4 000 personnes seront hospitalisées pour une infection au Covid-19, dont 800 aux soins intensifs. Soyons clair : c'est encore bien en dessous de la capacité maximale en Belgique (1 900 lits de soins intensifs).

De plus, les hôpitaux font tout ce qui est possible pour augmenter au maximum leur capacité. Dans tout le pays, des hôpitaux sont réaménagés, des murs démolis, des étages réorganisés,... Les opérations et les traitements non urgents sont reportés et les procédures sont radicalement modifiées : les hôpitaux permettent aux patients de rentrer chez eux beaucoup plus tôt.
 

Le scénario du pire envisagé

A la demande du SPF Santé publique, la société belge de médecine intensive a élaboré un texte de conseil éthique à destination des hôpitaux. Le but : réguler l’afflux de patients vers les soins intensifs.

"Nous sommes optimistes, mais nous devons aussi être réalistes", a déclaré hier soir Erika Vlieghe (chef de service maladies infectieuses à l’UZ Antwerpen) dans l’émission "De afspraak". "Nous en sommes encore loin, mais nous devons déjà y réfléchir. Bien que nous espérions ne jamais avoir à utiliser ce texte".
 

Premier critère : les chances de survie

Si tout le monde ne peut pas être soigné en même temps, quels patients les médecins doivent-ils soigner en priorité ? Selon le texte, les médecins doivent d'abord examiner les chances de survie du patient. "Si quelqu'un a de bonnes chances de survie, ce patient aura la priorité sur ceux qui ont moins de chances", déclare Martin Hiele, médecin à l'UZ Leuven et président du comité d'éthique dans "De ochtend" sur Radio 1. "Mais bien sûr, ce n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît, car vous ne savez pas toujours quelles sont les chances de survie de quelqu'un. Il y a une grande marge d'erreur. L'âge sera effectivement un paramètre important pour déterminer les chances de survie".

Deuxième critère : les années de vie à sauver

Mais que se passe-t-il si une personne de 38 ans a les mêmes chances de survie qu'une personne de 78 ans ? "Dans ce cas, la décision sera très délicate", déclare Martin Hiele.

"Et c'est une chose très difficile à dire, mais nous devrons avoir le courage de faire des choix. Qu'est-ce qui est le plus important pour nous en tant que société ? Le nombre de vies que nous sauvons ou le nombre d'années de vie ?".

Le principe du fair innings pose comme point de départ que les individus ont tous droit dans leur existence à une expérience égale en termes d’états de santé, de sorte que la distribution des ressources en santé devrait servir prioritairement à réduire les inégalités de santé pour parvenir à une égalisation des espérances de vies à la naissance. En bref chacun a donc droit à la plus longue durée de vie possible. Le patient de 38 ans doit donc avoir la priorité sur celui de 78 ans.

Premier arrivé premier servi ?

Les patients qui sont aujourd’hui aux soins intensifs dans cette phase précoce de la pandémie sont-ils "chanceux", car il y a encore beaucoup de place ? Là encore, les recommandations éthiques sont claires. "Ce n'est pas parce que vous bénéficiez d’un respirateur artificiel aujourd'hui que vous êtes autorisé à y rester à n’importe quelles conditions. Si nous constatons que vos chances de survie se détériorent sensiblement, des décisions douloureuses devront être prises".

Les hôpitaux universitaires sont entretemps amenés à libérer un maximum d'espace dans leur unité de soins intensifs, en collaboration avec les établissements avoisinants. La situation des patients déjà en soins intensifs et la pertinence de leur maintien dans une telle unité doit être réévaluée régulièrement.

Pas de décision individuelle

Le tri est effectué sur base de décisions prises par un comité d'experts composé de médecins expérimentés tels qu'un intensiviste, un urgentiste et un spécialiste de l'affection. Des soutiens psychologiques sont également prévus pour faire face au stress engendré par les choix posés.

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