Appel: "Le coronavirus punit très sévèrement les plus vulnérables"

Après l'organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) jeudi, ce sont le centre pour l’égalité des chances Unia, le centre fédéral migration Myria et le Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l'exclusion sociale qui ont appelé vendredi à ce que les mesures de lutte contre la propagation du Covid-19 soient appliquées dans le respect des droits humains. Ces institutions se disent "préoccupées" par les conséquences "particulièrement lourdes sur de nombreux groupes dans la société".

"Pour de nombreuses personnes en situation précaire, cette crise risque de devenir particulièrement traumatisante, au-delà du risque sanitaire qu'elles courent en tant que groupe à risque. Leur situation était déjà difficile, et cette crise menace d'accentuer les inégalités dans notre société", relèvent les différentes institutions.

Elles citent notamment les cas de parents d'enfants handicapés placés en institution et confrontés à un vrai dilemme: ramener leur enfant lourdement handicapé à la maison et s'en occuper eux-mêmes, ou le laisser dans l'institution et n'avoir aucun moyen de communication avec lui avant la levée des mesures. Ou encore les cas de personnes nécessitant une protection internationale et qui ignorent "totalement si elles pourront introduire une demande d'asile".

En outre, "les personnes en situation de pauvreté et de précarité n'ont pas toujours accès aux ordinateurs et aux tablettes, ni à l'information diffusée électroniquement et par le biais des réseaux sociaux", relèvent les trois institutions. Les enfants et jeunes dans de telles situations éprouvent de nombreuses difficultés dans le cadre de l'enseignement à distance actuellement préconisé, ce qui renforce les inégalités déjà existantes.

Les trois institutions demandent donc "que l'impact des mesures sur l'exercice des droits humains, pour les différents groupes de population en situation de précarité, soit pris en compte" et de réfléchir à la manière d'éviter d'éventuelles conséquences négatives de ces mesures. Différentes associations de lutte contre la misère - dont le réseau wallon de lutte contre la pauvreté, la Fédération des services sociaux et Médecins du monde - soulignent également les risques que font peser les mesures sur la situation déjà précaires de certaines personnes. Elles invitent les autorités à prendre certaines mesures prioritaires face aux situation d'urgence grave.

Elles demandent la levée temporaire des mesures aiguës ayant un impact négatif majeur sur les plus précarisés telles que les expulsions et les saisies. "Nous devons éviter de placer les gens dans des situations encore plus difficiles, de les forcer à recourir à des solutions dangereuses et non hygiéniques les exposant à un risque de contamination supplémentaire."

Elles rappellent aussi qu'il "est important que les mesures prises soient également financièrement viables pour les personnes vivant dans la pauvreté". Qu'il convient de se rappeler que répondre aux obligations imposées par un CPAS ou par un autre organisme de payement "ne va pas de soi au regard des mesures préventives" et que cela ne doit en aucun cas entraîner des retards dans l'octroi des droits sociaux ou le paiement des prestations. Toutes ces organisations et institutions affirment vouloir être "des partenaires constructifs en ces temps difficiles" et se tiennent à disposition des autorités pour mener les réflexions nécessaires.