Les juges de la jeunesses alertent: "Nous craignons une forte hausse des violences intrafamiliales"

Les juges de la jeunesse flamands tirent ce lundi la sonnette d’alarme. Selon eux, les jeunes qui grandissent dans une situation vulnérable seront les grandes victimes de la crise sanitaire du coronavirus. De nombreux accompagnements tombent en effet à l’eau, et les places dans les institutions pour jeunes se font rares, ce qui mènent ces enfants et adolescents à rester à la maison, dans un lieu qui n’est pas toujours sûr pour eux. 

"La semaine dernière, nous avons eu affaire à des situations poignantes", commente la juge Mieke Dossche. "Je ne saurais par où commencer, mais prenons l’exemple de Liesje et Bart, deux enfants de 4 et 6 ans. Il y a un mois et demi, j’ai dû les placer dans une institution cas leur situation à la maison était particulièrement néfaste. Ils n’avaient jamais vu une école et présentaient un sérieux retard de développement. Ils adorent évidemment voir leurs parents, mais à cause de la crise du coronavirus, les visites sont devenues impossibles. Les deux enfants ne peuvent donc plus voir leurs parents pendant plusieurs semaines… Allez leur expliquer cela". 

Six enfants ont dû retourner vivre dans un petit appartement avec leurs parents, qui ont de graves problèmes d’alcool et d’addiction à la drogue.

Mieke Dossche, juge de la jeunesse

La juge de la jeunesse évoque également le cas d’adolescents que la justice a dû renvoyer à la maison par manque de place dans les institutions fermées. "Dans l’un des cas, ils ont dû retourner chez leurs parents, des personnes qui ont de graves problèmes d’alcool et d’addiction à la drogue. Le couple habite avec ses six enfants dans un petit appartement", raconte Mieke Dossche. "Nous craignons de nombreux nouveaux problèmes lors des prochaines semaines et nous attendons une forte recrudescence de violence intrafamiliale". 

Face à l’absence de place dans les institutions et le risque encouru chez les géniteurs, certains juges de la jeunesse ont dû placer ces dernières semaines des mineurs dans des cellules de police. "C’est un drame", alerte encore Mieke Dossche. 

"Dommages collatéraux"

En réaction à la sonnette d’alarme des juges de la jeunesse, le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V) a estimé, sur les ondes de Radio 1 (VRT), que le genre de crise que nous vivons engendre souvent des "dommages collatéraux". "Nous aurons ici et là inévitablement des cas où nous perdrons des jeunes que nous n’aurions pas perdu autrement", avance-t-il. 

"Dans les décisions de plein pouvoir du gouvernement fédéral, nous veillerons à garantir autant que possible la continuité du système judiciaire", ajoute Koen Geens. "Mais lorsque, comme dans ce cas, la distance pose problème, les magistrats doivent faire preuve de créativité pour trouver des solutions à la situation". 

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