Van Ranst : "Sans les mesures sévères, la courbe aurait été bien plus raide, mais il est trop tôt pour être optimiste"

Sans les mesures sévères de confinement et de distanciation sociale, imposées depuis le 18 mars, le nombre de décès aurait été nettement plus important à l’heure actuelle, estimait le virologue Marc Van Ranst (photo) dimanche soir dans le Journal télévisé de la VRT. Mais il n’ose pas encore affirmer que la Belgique est parvenue à aplatir la fameuse courbe du nombre de victimes. "La courbe actuelle s’éloigne de la courbe la plus pessimiste, mais il est bien trop tôt pour être vraiment optimiste", relativisait le virologue flamand. Geert Meyfroidt, président de l’Association belge de médecine intensive et médecin à l’hôpital universitaire de Louvain, estime pour sa part que la semaine qui débute sera "celle de la vérité pour les soins intensifs".

Depuis l’apparition des premiers cas de coronavirus en Belgique, tous les efforts sont concentrés pour tenter "d’aplatir la courbe" du nombre de contaminations, à savoir prendre toutes les mesures possibles pour éviter à un moment un nombre massif d’infections et de patients qui doivent être traités dans les hôpitaux, en risquant alors que ces derniers n’aient plus suffisamment de lits et de matériel pour traiter tous les malades. Les mesures doivent servir à retarder et espacer dans le temps les contaminations, afin que les hôpitaux aient toujours la capacité de soigner tous les patients. La courbe de contaminations est alors moins raide, mais plus longue.

Sommes-nous sur le bon chemin ? C’est la question qui était posée dimanche soir, au Journal télévisé de la VRT, au virologue Marc Van Ranst, dont le laboratoire louvaniste effectue depuis le début une majorité des tests de contamination. "Il n’est pas facile de l’expliquer", répondait Van Ranst. "Chaque jour, nous voyons que les chiffres de contaminations augmentent, ce qui est normal pendant cette phase de l’épidémie. On ne peut rien y faire, mais nous tentons de transformer une très grosse catastrophe en une catastrophe".

Les chiffres sont en effet inquiétants. Entre samedi et dimanche, 78 personnes sont décédées des suites du Covid-19. Depuis l’apparition de la maladie en Belgique, 431 personnes y sont déjà décédées. Le nombre de patients admis dans un hôpital est monté à 4.138 dimanche, dont 867 patients en soins intensifs. Ces derniers jours, le nombre de patients hospitalisés a beaucoup augmenté.

Mais d’après Marc Van Ranst, la courbe de contaminations que nous aurions vue si des mesures strictes n’avaient pas été prises aurait été nettement plus raide. Actuellement, il voit cette courbe s’éloigner lentement de la courbe la plus pessimiste. Le virologue estime cependant qu’il est trop tôt pour déclarer que la courbe est déjà en train de s’aplatir.

Pour Van Ranst, il est encore bien trop tôt pour se montrer optimiste. Il préfère pour cela attendre encore quelle sera l’évolution quotidienne de ces prochains jours.

Meyfroidt : "La semaine de la vérité pour les soins intensifs"

Président de l’Association belge de médecine intensive et médecin pratiquant à l’hôpital universitaire de Louvain, Geert Meyfroidt (photo) indiquait ce lundi matin à VRT NWS :" Je pense que nous entamons la semaine de la vérité. Mais c’est un marathon et pas un sprint, nous devons donc rester prudents à tout moment. Il y aura encore des semaines de la vérité, mais celle qui commence est l’une des grandes semaines".

Quand arrivera le pic de contaminations ?  "C’est très difficile à dire. Sur l’ensemble de la Belgique, nous constatons que la courbe s’aplatit un peu, que la croissance du nombre de contaminations ralentit. Cela donne de l’espoir, mais pas une certitude. On pourrait très bien voir subitement la tendance aller dans le sens inverse".

"Mais les modèles les plus fiables prédisent encore toujours que le pic arrivera début avril. C’est pourquoi cette semaine sera cruciale, notamment pour décider si nous devons encore accroitre la capacité d’accueil de malades en soins intensifs", précise le spécialiste.

Dimanche, il y avait plus de 4.000 patients souffrant de Covid-19 dans les hôpitaux, dont 867 en soins intensifs. "Dans l’ensemble de la Belgique, il y a encore suffisamment de places pour eux. Mais il y a des régions plus touchées par les contaminations et où les hôpitaux doivent accueillir un nombre disproportionné de patients". C’est le cas dans le Limbourg, "qui est surchargé. Les hôpitaux commencent à envoyer leurs patients à Diest, Tirlemont et Louvain", en Brabant flamand. "Il y a ainsi eu une augmentation rapide du nombre de patients à Louvain", conclut le médecin de l’hôpital universitaire de Louvain.