De Croo : "Si nous n’aidons pas l’Italie et l’Espagne, les conséquences seront lourdes pour nous aussi"

Le ministre fédéral des Finances, Alexander De Croo (Open VLD, photo), est convaincu que l’Union européenne doit intervenir pour aider les Etats membres les plus touchés par la crise sanitaire actuelle. Actuellement, ce sont avant tout les Pays-Bas qui s’y refusent. "Ils abordent le problème d’un mauvais angle. Ce n’est pas le moment de pointer un doigt accusateur", estimait De Croo ce mercredi matin au micro de la VRT. Le ministre libéral qualifie aussi de "scandaleux" le fait que la Belgique ait été le seul Etat membre, lundi, à s’abstenir lors du vote de mesures permettant de libérer des fonds européens pour la lutte contre le Covid-19 et ses effets économiques.

Au cours des derniers jours, les Pays-Bas sont devenus le visage des pays de l’Union européenne qui refusent d’aider l’Italie et l’Espagne tout particulièrement touchés par la crise du coronavirus. Les Néerlandais ne veulent pas encore activer le Fonds européen d’urgence et s’opposent aussi à l’émission d’"obligations corona", qui permettraient de récolter de l’argent.

"Il y a six mois, les Pays-Bas auraient eu tous les droits de pointer un doigt accusateur vers d’autres pays", estimait Alexandre De Croo dans l’émission "De ochtend" de la VRT. "Les Pays-Bas ont des finances publiques en bien meilleur état que les pays du sud et que la Belgique. S’il s’agissait d’une nouvelle crise financière, comme celle d’il y a 10 ans, ils auraient tous les droits d’être en colère contre les pays qui marchent sur les bords. Mais ici il s’agit d’autre chose. C’est une crise sanitaire, qui ne s’arrête pas aux frontières, qui touche tout le monde. Quand on voit qu’en Italie, les gens ne peuvent plus organiser de funérailles, et qu’en Espagne il faut choisir qui peut encore être soigné, c’est bien d’un autre type de situation qu’il s’agit", souligne le ministre des Finances.

Il estime qu’il est aussi de notre intérêt d’aider l’Italie et l’Espagne. "Nous ne parlons plus d’une petite économie, comme c’était le cas il y a dix ans avec la Grèce. L’Italie est la troisième économie de l’Union européenne, l’Espagne la quatrième. Si nous leur imposons maintenant un lourd fardeau, qu’elles devront encore porter pendant des années, alors nous en porterons aussi les conséquences. Certainement des pays comme la Belgique et les Pays-Bas, pour lesquels l’import et l’export sont importants, auront beaucoup à perdre si l’Italie et l’Espagne sont à genoux".

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"Le fait que la Belgique se soit abstenue lors du vote au Conseil est scandaleux"

Interviewé dans l’émission “De ochtend” ce mercredi matin, Alexander De Croo s’est aussi montré très critique face à l’attitude de la Belgique. Elle a en effet été le seul pays à s’abstenir lors du vote de lundi au Conseil de l’Union européenne en faveur des mesures permettant de libérer des fonds européens pour la lutte contre le coronavirus et ses effets économiques. Parmi ces medsures, la création de l'initiative d'investissement annoncée le 10 mars, visant à mobiliser 37 milliards d'euros au bénéfice des citoyens, des systèmes de santé et des petites et moyennes entreprises (PME) en difficulté.

Notre pays s’est abstenu parce que la Flandre n’est pas d’accord avec la clef de répartition, selon laquelle c’est la Wallonie qui reçoit la plus grosse part de l’argent alloué à la Belgique. "Nous n’avons pas fait bonne impression", estime De Croo. "La répartition des fonds n’est effectivement pas correcte. On s’est basé sur une clef de répartition déjà existante, pour aller plus vite. Ce n’est pas bien. Mais d’autre part, je ne suis pas heureux que nous ayons été le seul pays à nous abstenir. Pour nous, ces fonds" (66 millions d’euros au total) "ne font pas une telle différence, comparé au milliard d’euros que nous avons nous-mêmes libéré. Notre attitude est un peu scandaleuse. Et notre discussion ne doit pas porter sur la clef de répartition, mais sur la façon de ne pas faire sombrer complètement l’Italie et l’Espagne. Car nius avons nettement plus à perdre à ce niveau-là", précisait De Croo.

BNP Paribas : De Croo compte bien faire entendre la voix de la Belgique

Le ministre des Finances a également indiqué ne pas être favorable à ce que la banque française BNP Paribas récupère 1,9 milliard d'euros de dividendes auprès de sa filiale belge BNP Paribas Fortis, alors que les banques sont sollicitées pour soutenir l’économie face à la pandémie du Covid-19. "Nous allons faire entendre notre voix au conseil d'administration de BNP Paribas", a réagi le ministre au micro de la VRT-radio.

Alexander De Croo avait pourtant appelé les banques belges à ne pas verser de dividendes, comme le recommande d'ailleurs la Banque centrale européenne (BCE). Selon le quotidien De Standaard, l'institution bancaire française prévoit de la sorte de rapatrier la quasi totalité des bénéfices engrangés par sa filiale belge, diminuant dès lors les moyens à disposition pour soutenir l'économie nationale.

L'État belge est actionnaire à hauteur de quelque 7% de BNP Paribas et est donc représentée au sein de son conseil d'administration.