La mesure sur les visites dans les maisons de repos suscite de vives critiques en Flandre

La Première ministre Sophie Wilmès a annoncé mercredi soir que les résidents vivant en maisons de repos ou dans des centres pour personnes avec un handicap pourront à nouveau recevoir des visites d'un proche, dans le but de lutter contre la détresse psychologique générée par l'isolement. Face à cette annonce, le ministre flamand du Bien-être, Wouter Beke (CD&V) a demandé un report de cette mesure au nord du pays pour bien la préparer en concertation et de l'appliquer de "manière réfléchie". De nombreux organismes qui regroupent les centres de soins de santé se disent pour leur part perplexes.

D’après la mesure prise par les autorités, chaque résident pourra recevoir un visiteur, en l’occurrence toujours le même. Ce dernier devra en outre n’avoir montré aucun symptôme de maladie lors des deux dernières semaines. 

"Totalement incompréhensible"

Au sein du secteur concerné, de nombreuses voix se sont levées pour dénoncé la nouvelle règle. "Cette décision est totalement incompréhensible", a réagi Margot Cloet, du réseau d’instituts de soins de santé Zorgnet-Icuro. "Nous essayons de maintenir autant que possible le coronavirus hors de nos centres. Des tests effectués auprès de notre personnel ont montré que nombre d’entre eux ne présentent aucun symptôme". 

"Le Conseil national de Sécurité veut à présent laisser plus de monde rentrer dans nos centres. Qui va contrôler cela ? Comment va-t-on pouvoir garantir la sécurité de nos résidents ? Je comprends que pour certains d’entre eux c’est difficile d’être seul, mais ceci va à l’encontre de toutes les mesures suivies jusqu’ici", poursuit Margot Cloet. 

Le réseau Zorgnet-Icuro déplore aussi l’absence de concertation des autorités, tout comme le réseau indépendant flamand Vlozo. "Cette mesure mènera à un chaos total dans nos centres de soins", indique son président Geert Uytterschaut. 

Les différents réseaux concernés ont en outre fait savoir qu’ils conseilleront à leurs centres de ne pas appliquer la nouvelle mesure.

"Trop important pour le faire à la va-vite"

Aux yeux du ministre flamand de la Santé, Wouter Beke (CD&V), la directive est loin d’être évidente. "Nous allons bien devoir vérifier quand et comment on pourra l’appliquer", a-t-il commenté sur le plateau du journal télé de la VRT.

"Nous faisons tout pour faire face à la situation. Ce serait dommage qu’une décision brusque inverse la donne, même si je comprends que tout ça n’est pas évident. Certains résidents disent préférer mourir du coronavirus que de solitude"., fait-il encore savoir.

Sur Twitter, Wouter Beke a souligné que la situation était trop importante que pour la mettre en place à la va-vite. De son côté, le ministre-président, Jan Jambon (N-VA) a indiqué que les autorités flamandes allaient concerter le secteur pour mieux se préparer à l’entrée en vigueur de la mesure.

"Il fallait faire quelque chose"

Face aux nombreuses réactions, la Première ministre Sophie Wilmès (MR) a rappelé que les visites dans les maisons de repos sont une possibilité, et non une obligation. "Nous savons aujourd’hui que ça va durer très longtemps. Tout le monde a pu constater à quelle point cette situation est inhumaine, nous devons donc y faire quelque chose", a-t-elle indiqué ce jeudi matin dans le studio de Radio 1 (VRT). "Que cela arrive demain, ou dans les prochains jours ou les prochaines semaines, il n’y a aucun problème, mais il faut que quelque chose change". 

Sophie Wilmès a par ailleurs rappelé que la mesure a été discutée au préalable avec les ministres-présidents des différentes régions. 

Toujours sur Radio 1, la ministre fédérale de la Santé Maggie De Block (Open VLD) a dit comprendre les réactions voire l'étonnement, mais "je pensais que quand un sujet arrivait sur la table du Conseil national de sécurité, c'est qu'il avait fait l'objet de concertation, mais manifestement ce n'est pas le cas". Elle a ainsi renvoyé la responsabilité de cette concertation aux "autorités compétentes", sous-entendu les Régions.