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Le regard de la presse étrangère sur les chiffres du Covid-19 en Belgique

La méthode de calcul pratiquée en Belgique pour comptabiliser le nombre de décès du Covid-19 suscite des commentaires en sens divers dans la presse étrangère. Cela va du "champion du monde du coronavirus" au "Das Belgische Corona-Rätsel" (le puzzle belge du coronavirus), notre approche est clairement remise en question. Toutefois les réactions internationales sont aussi parfois très positives à l'égard de la transparence de notre recensement. A-t-on adopté le bon mode de calcul? Certaines voix s'interrogent. Voici quelques exemples de la manière dont la presse étrangère réagit.

Depuis le début de la pandémie, notre pays a opté pour une méthode de calcul qui prend en compte à la fois les décès rapportés dans les hôpitaux et ayant été testés mais également les cas suspects, c’est-à-dire pour lesquels aucun test n’a été réalisé. Bien évidemment, cela donne des chiffres qui peuvent sembler plus élevés. Mais qui au final sont plus proches de la réalité.

Aux Etats-Unis, le président Donald Trump s'est adonné une comparaison des bilans sanitaires en fonction des pays. La Belgique apparaît en tête de ce classement. Selon ses chiffres, la Belgique est proportionnellement le pays au monde comptant le plus de décès. Une comparaison que contestent les autorités sanitaires belges et certains scientifiques.

Les virologues belges soulignent qu'il est impossible de faire une telle comparaison, car la Belgique est le seul pays qui prend en compte les personnes décédées dans les maisons de repos et de soins. "C'est comme comparer des pommes avec des poires", explique le virologue Steven Van Gucht, qui a déjà expliqué maintes fois la différence entre le mode de comptage belge et celui des autres pays. "Ce que nous faisons est très transparent, très correct et surtout très complet. C'est ainsi qu'il faut procéder".

Pourtant, certains médias étrangers pensent le contraire. Ces derniers jours, de nombreux articles sont parus sur la façon dont notre pays présente ses chiffres. Voici quelques exemples.

Allemagne : "Le trafic de transit en cause"

En Allemagne les médias se sont aussi interrogés sur notre méthode de calcul. Le journal télévisé allemand der Tagesschau a cité notre collègue le journaliste scientifique de la VRT Koen Wauters : "Nous comptabilisons tous les cas suspects, y compris les personnes qui sont tombées malades dans une maison de repos, par exemple, où d'autres personnes sont décédées du coronavirus".

Le magazine allemand Der Spiegel évoque également notre manière plus transparente de calcul, mais voit aussi d'autres raisons au taux de mortalité élevé en Belgique. "La Belgique est au cœur de l'Europe", écrit l'hebdomadaire. "Il est possible que le trafic de transit avant la crise soit beaucoup plus élevé que dans d'autres pays. Londres, Paris, Amsterdam, Cologne - depuis la Belgique, vous pouvez être partout en moins de trois heures". La densité de population et la pollution de l'air - qui, comme dans d'autres foyers du Covid-19, est très élevée - peuvent également être une raison, écrit Der Spiegel.

Pour la presse française : "les Belges sont presque trop honnêtes"

La chaîne de télévision publique France3 et le journal français Le Parisien consacrent un article détaillé à l'approche belge, dans lequel ils indiquent "que la Belgique doit sa position de leader à son mode de calcul étendu quitte à intégrer "des chiffres parfois surévalués". L'hebdomadaire français Le Point écrit que la moitié des décès se produisent dans des maisons de repos, mais ne précise pas notre méthode de comptage.

L'hebdomadaire français Le Point qualifie notre système de calcul de “presque trop honnête" car, selon lui, il soulève de grandes questions sur la façon dont tous les pays voisins comptabilisent leurs morts. Enfin, selon l'hebdomadaire, le fédéralisme ajoute une difficulté supplémentaire durant cette crise : les mêmes règles et décisions ne s'appliquent pas partout en Belgique.

Pays-Bas : "Une interprétation différente"

Nos voisins du nord accordent également de l’attention à la manière dont la Belgique gère la crise du coronavirus. Il est frappant de constater que les mesures sont parfois interprétées différemment.

Par exemple, de Volkskrant écrit que la Belgique est l'un des pays qui ont pratiqué une politique moins stricte. Le journal écrit également que les mesures sont progressivement assouplies, "bien que la Belgique maintienne les secteurs à haut risque fermés et les mesures de distances sociales intactes".

L'Algemeen Dagblad, en revanche, parle de mesures assez strictes et cite le virologue Steven Van Gucht. "Nous avons délibérément choisi de communiquer de manière aussi ouverte et transparente que possible. Si un journaliste avait découvert en quelques semaines qu'il y avait encore des centaines de décès dans les maisons de repos qui n'avaient pas été inclus dans les chiffres, nous aurions également eu un problème". En outre, le journal s'intéresse également à la "gaffe sur les maisons de repos" (la décision du conseil de sécurité concernant le droit de visites dans les maisons de repos sans concertation avec le secteur, ndlr).

Enfin, le NRC Handelsblad rapporte que la méthode belge de calcul donne une "image déformée", "parce que dans la plupart des pays, les cas "probables" ne sont pas du tout pris en compte. Les chiffres préliminaires de la mortalité, le nombre de personnes qui sont mortes par rapport à l'attente normale, semblent confirmer qu’en réalité la Belgique ne se porte pas plus mal que d'autres pays", écrit le journal.

Royaume-Uni : "La petite Belgique"

L'approche belge suscite beaucoup d'étonnement auprès des journaux britanniques. Le tabloïd The Sun parle avec étonnement de la "petite Belgique". Il constate que l'Angleterre a environ la moitié des décès du Covid-19 par million d'habitants par rapport à la Belgique. Il fait également la comparaison avec la Suède et les Pays-Bas, qui selon le journal "ont rejeté la politique de lockdown".

Il nuance les chiffres en soulignant que d'autres pays doivent encore compter les décès en dehors des hôpitaux (c'est également le cas au Royaume-Uni). "Les chiffres réels des victimes du coronavirus ne sont donc pas encore complets en Europe", déclare The Sun.

Le tabloïd The Daily Mail n'a pas non plus échappé aux statistiques. Il explique l'approche belge et écrit "que d'autres pays sont peut-être dans une situation similaire, mais les statistiques manquent". Il est frappant de constater que le Daily Mail fait également la comparaison entre la Belgique et les Pays-Bas. "Un grand nombre de décès dus au coronavirus n'y ont peut-être pas été signalées car pratiquement aucun test n'est effectué dans les maisons de repos".

Le journal économique britannique, le Financial Times, fait une fois de plus l'éloge de notre pays. Il salue l'implication d'experts scientifiques tels que Marc Van Ranst et Steven Van Gucht dans la politique belge et l'importance que notre gouvernement attache à l'impact des mesures de confinement sur la santé mentale. L'éloge de la Première ministre Sophie Wilmès dans l'article du journal est également frappant. Selon le Financial Times, "Sophie Wilmès a réussi à rassembler notre pays divisé pour lutter efficacement contre cette crise".