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Seuls 3% des Belges immunisés contre le Covid-19: "Il nous faudra vivre avec le virus encore longtemps"

Une analyse sanguine à plus grande échelle a démontré pour la première fois que la vaste majorité des Belges sont encore vulnérables face au coronavirus Covid-19. Selon l’étude menée par les épidémiologistes de l’Université d’Anvers, Pierre Van Damme et Heidi Theeten, seuls 3% de la population présentaient les anticorps contre le virus il y a trois semaines. 

Ces chiffres mettent en évidence que l'immunité collective est donc loin d'être acquise en Belgique, alors qu'au moins la moitié de la population devrait présenter ces anticorps dans ce cas de figure. "Nous sommes loin des 50, 60 ou 70% de l’immunité collective qui permet de voir l’épidémie s’éteindre. Nous allons donc devoir apprendre à vivre avec le coronavirus", indique Pierre Van Damme. Selon ce dernier, il va par ailleurs falloir attendre un vaccin pour provoquer artificiellement cette immunité. 

"Avec le déconfinement, le gouvernement doit aussi tenir compte de la population qui est encore vulnérable face au virus", estime l’épidémiologiste, qui met ainsi en garde contre un second pic d'infections, d'hospitalisations et de décès. "Il s'agira de détecter très précisément les contacts des nouveaux cas, afin qu'un petit incendie puisse être éteint immédiatement", souligne-t-il.

Les analyses de l'université d'Anvers sont basées sur 3.686 tests sanguins réalisés dans toute la Belgique. En collaboration avec de grands laboratoires, les chercheurs ont traqué dans les échantillons les anticorps contre le sars-CoV-2. Ceux-ci indiquent que le système immunitaire a lutté contre le virus. 

La proportion établie pour la Belgique dans cette étude correspond à ce qui ressort, au compte-gouttes, des analyses dans d'autres pays européens révélant une immunité entre 1 et 5 %. 

"Un chiffre probablement supérieur"

Le virologue Emmanuel André souligne néanmoins que la situation a depuis évolué car l'étude date d'il y a plusieurs semaines. "On sait que les anticorps se développent toujours deux semaines après l'infection", explique-t-il. "Donc on s'attend à ce qu'aujourd'hui, si on refaisait la même étude de surveillance, ce chiffre soit probablement supérieur."

Cette proportion devrait d'ailleurs encore évoluer car le nombre de personnes infectées continuera à augmenter durant les prochaines semaines, malgré le ralentissement de l'épidémie.

Le taux de reproduction du virus, soit le nombre de nouvelles personnes infectées par chaque malade, reste par ailleurs inférieur à 1 en Belgique, a ajouté le virologue. Ce taux permet de diminuer l'intensité de l'épidémie.

Une étude pilote sur les anticorps

L'hôpital Jessa à Hasselt (Limbourg) va commencer en mai, sous réserve de l'approbation de la commission d'éthique, une étude pilote visant à déterminer dans quelle mesure les anticorps dans le sang peuvent protéger d'une nouvelle infection au Covid-19. 

Ce projet pilote est mené en amont d'une étude plus large en Belgique sur l'immunité protectrice qui sera menée par le Centre Fédéral d'Expertise des Soins de Santé. 

La participation à cette étude s'est faite sur base volontaire, avec 400 membres du personnel soignant se plaignant de faibles symptômes pointant vers une infection possible au Covid-19. "Il s'agit tant de collaborateurs testés positivement que négativement", explique le docteur Nele Van Loon de Mensura.