Le déconfinement progressif débutera le 4 mai, avec l’aide de masques de confort

Accompagnée des ministres-présidents des trois Régions et de la Communauté germanophone, la Première ministre Sophie Wilmès a donné ce vendredi soir une longue conférence de presse pour expliciter les modalités de la sortie progressive du déconfinement général, tout en soulignant que les étapes envisagées à l’heure actuelle ne pourront effectivement être passées aux moments envisagés que si les mesures de prévention continuent à être rigoureusement suivies par la population, et donc que le nombre de contaminations et d’hospitalisations continue à diminuer.

La stratégie est envisagée en trois phases, à l’heure actuelle, à commencer par la réouverture des entreprises, puis des commerces de détail, ensuite des écoles le 18 mai, et début juin d’une partie de l’horeca. Pas encore de décision à propos des vacances d’été et des compétitions sportives. Le port du masque de confort en tissus - dont chaque citoyen recevra un exemplaire - sera obligatoire dans les transports en commun, sur le lieu de travail quand la distanciation sociale ne peut être respectée, dans les écoles aussi.

Sophie Wilmès (photo) a débuté sa conférence de presse en soirée - au terme d’une réunion d’environ 7 heures du Conseil national de sécurité - en soulignant qu’une stratégie de déconfinement pouvait être planifiée dans notre pays après 7 semaines d’énormes sacrifices de la population parce que l’avancée du Covid-19 a bien pu être endiguée. Elle soulignait que le virus est cependant encore présent dans notre pays et qu’il faudra impérativement continuer à suivre les mesures de prévention pour que le déconfinement puisse suivre son cours sans devoir être ralenti, voire suspendu.

Remerciant tous ceux qui ont continué à faire fonctionner la Belgique pendant la quarantaine, mais aussi ceux qui se sont portés bénévoles par solidarité, ainsi que tous les citoyens qui ont respecté les consignes, Sophie Wilmès a rappelé que la stratégie de sortie du confinement - élaborée sur base des conseils du Groupe d'Experts en charge de l'Exit Strategy (GEES) - sera progressivement réévaluée en fonction de l’évolution de la situation sanitaire. Le déconfinement ne pourra se poursuivre que si la courbe des contaminations continue à descendre. "Ainsi, on ne peut jamais exclure de devoir faire un pas en arrière si le virus revenait en force", précisait la Première ministre. Avant chaque nouvelle phase, il y aura un monitoring pour voir si on peut passer à cette étape.

Les règles de base de la prévention resteront toujours en vigueur : limiter autant que possible les contacts avec d’autres personnes, respecter les distances de sécurité (1,5 à 2m), veiller à l’hygiène des mains, éternuer dans son coude si l’on ne peut utiliser un mouchoir jetable. Et rester chez soi et consulter son généraliste si l’on se sent grippé.

Les masques en tissus joueront un rôle-clef

Bien que ce ne soit pas suffisant pour garantir une protection contre la contamination, le port du masque de confort est conseillé dans tout espace public quand une distanciation suffisante n’est pas possible. Un masque (ou une écharpe ou un foulard) couvrant la bouche et le nez sera obligatoire dans les transports en commun dès le 4 mai et à partir de l’âge de 12 ans. Obligatoire aussi dans le contexte de l’activité professionnelle si la distanciation ne peut être respectée.

Diverses initiatives fédérales et régionales seront cumulées pour que chaque citoyen puisse recevoir au moins un masque, mais aussi 2 filtres pour des masques qu’il aurait lui-même confectionnés. Le gouvernement fédéral a commandé 12 millions de masques de confort, qui seront distribués aux citoyens via les communes. Les masques chirurgicaux et FFP2 doivent être réservés au personnel médical. Des tutoriels et modes d’emploi seront proposés, pour que les citoyens puissent faire leurs propres masques en tissus et les porter correctement. C’est d’autant plus important pour les personnes des groupes dits à risque.

BELGA

Un plan de déconfinement en trois étapes

"Les mesures d’assouplissement sont envisagées à 4 niveaux : la vie économique, le monde de la santé, l’enseignement et vie quotidienne", indiquait Sophie Wilmès, précisant que tout ce qui n’aura pas été explicitement autorisé lors des phases progressives restera interdit.

La phase 1 A débutera le 4 mai, vraisemblablement : l’industrie pourra redémarrer, tout comme le service business to business (contact entre entreprises), le télétravail restant cependant la norme. Il sera permis de palier à l'impossibilité de respecter la distance sociale par le respect de certaines normes, dont le port du masque. Les partenaires sociaux au sein du Groupe des 10 se sont accordés sur un guide de bonnes pratiques préparé par le SPF Emploi et le Haut Conseil pour la protection et la prévention au travail.

Les magasins de tissus et merceries pourront aussi rouvrir, leur rôle étant essentiel pour la confection de masques. Les écoles resteront encore fermées, mais devront toujours organiser des garderies pour les enfants n’ayant pas d’autre garde.

A ce stade, les citoyens devront encore rester confinés, sauf pour aller travailler, faire des courses ou aller chez médecin. Une activité physique en extérieur sera permise avec 2 personnes maximum (au lieu d’une seule) qui ne soient pas de la famille vivant sous le même toit.

La phase 1 B devrait débuter le 11 mai et permettre à l’ensemble des commerces (non-essentiels) de rouvrir leurs portes, en respectant les règles de sécurité sanitaire. Toutes les autres mesures resteront alors inchangées. Pas encore d’ouverture des salons de coiffure.

La phase 2 est envisagée à partir du 18 mai. Il faudra alors voir s’il est possible d’autoriser à nouveau les professions avec contact physique, comme les coiffeurs. Mais ce sera trop tôt pour les cafés, restaurants et dancings notamment. Une réouverture des musées est par contre envisageable.

Pour la vie quotidienne, il est prévu d’autoriser un plus grand nombre des personnes lors des mariages et des enterrements, et de rendre éventuellement possible les excursions dans certaines autres régions du pays (Ardennes, littoral), tout comme le déplacement vers une seconde résidence. Après évaluation, les activités physiques pourraient être élargies à plus de 2 personnes. Il n'est cependant pas encore question d'autoriser alors les sports de contacts.

Le 18 mai marquera avant tout une reprise très progressive des cours dans les écoles du pays, mais cela ne concernera pas tous élèves. Chaque Communauté (flamande, francophone et germanophone) devra décider en concertation avec le secteur. Pour la communauté flamande, le ministre-président Jan Jambon précisait qu’une phase pilote pourrait déjà débuter vendredi 15 mai, permettant ainsi aux écoles de faire des adaptations pour le 18 mai. En maternelle, les cours resteront suspendus jusque fin mai au moins. En primaire et en secondaire, un maximum de trois années pourra reprendre, avec une priorité accordée aux 6e primaire et secondaire, qui sont des années certifiantes. Cette reprise se fera à temps partiel, sur un nombre de jours que chaque Communauté déterminera.

Les classes seront divisées en petits groupes avec un maximum de 10 élèves, avec des places fixes et un nettoyage quotidien. Les élèves de plus de 12 ans et le personnel des écoles devront porter un masque toute la journée. Du gel désinfectant et la possibilité de se laver les mains devront être fournis. L'accès aux toilettes est limité en fonction du nombre d'éviers disponibles. Les déplacements vers les écoles seront considérés comme essentiels. Les contacts entre enseignants et parents devront se faire par vidéo-conférence autant que possible.

Le ministre flamand de l’Enseignement, Ben Weyts, précisait à la VRT avoir proposé d’évaluer la situation après une semaine de cours, pour voir quand les autres classes pourront retourner à école. Toutes les écoles qui rouvriront en Flandre le 15 ou 18 mai auront dû faire une analyse de risques au préalable.

La phase 3 du déconfinement est envisagée pour le 8 juin, avec une réouverture potentielle progressive des restaurants. Les cafés et bars devront attendre plus longtemps. Leur réouverture se fera sous des conditions strictes.

La question des déplacements pour les vacances été, de l’autorisation de camps de jeunesse et de stages devra être abordée au plus tard fin mai, en fonction de l’évolution de la situation. Pas de festivals ni d’évènements de masse jusqu’à fin août.

oksun70

Dépistage et traçage iront de pair

Le dépistage des personnes atteintes de Covid-19 et le traçage de leurs contacts pour les avertir et les tester joueront un rôle prépondérant dans le déconfinement, avec une capacité annoncée de 25.000 tests PCR par jour dès le 4 mai, pouvant être étendue à terme à 45.000 tests journaliers.

Ces tests (dans le nez) permettent de savoir si le patient est atteint du coronavirus au moment où il est testé. "L'objectif est de pouvoir offrir un test de laboratoire à toutes les personnes qui en ont besoin : celles qui présentent des symptômes et pour qui un médecin soupçonne une infection, les personnes fortement exposées au virus par leur profession et les personnes exposées au virus après un contact rapproché avec une personne infectée", a explicité Sophie Wilmès.

Le dépistage ("testing") ira de pair avec le traçage ("tracing"), qui débutera dès la première phase du déconfinement, ont expliqué les ministres-présidents Elio Di Rupo (Wallonie) et Jan Jambon (Flandre). Dès qu'un médecin aura vérifié un cas Covid-19, cette personne sera appelée par un "centre de contact" - un dans chaque Région, ainsi qu'en Communauté germanophone, soit pas moins de 2.000 équivalents-temps plein - afin d'établir la liste des contacts qu'elle a eus les deux semaines précédentes. Ces contacts seront à leur tour avertis - par téléphone ou autre moyen. Ils devront s'adresser à leur médecin de famille s'ils présentent des symptômes, en vue d'être testés.

Les entités fédérées travailleront avec une plate-forme commune et une base de données commune pour une question d'interopérabilité. Un comité interfédéral se chargera de coordonner la stratégie, apporter une expertise, opérer les recrutements, voire au besoin fixer un cadre juridique, notamment pour le respect de la vie privée.

"Les efforts que nous faisons paient, nous le voyons. Nous comptons sur vous, sur votre sens des responsabilités et votre civisme aussi. C'est avec ce sens des responsabilités que nous retrouverons ce qui nous est cher et ceux qui nous sont chers", concluait la Première ministre Sophie Wilmès.