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"Face à l’assouplissement des règles, il va nous être plus difficile de tenir le coup"

Aux yeux du professeur émérite en psychologie de la santé et en thérapie comportementale, Omer Van den Bergh (KUL), le déconfinement progressif constitue un tournant dans nos efforts de lutte contre la pandémie du coronavirus. "Il devient plus difficile de tenir le coup et de ne pas retomber dans les habitudes d’avant la crise", souligne-t-il au micro de la VRT. 

Alors que la première phase de déconfinement a été entamée ce lundi, d’aucuns craignent que certains citoyens soient tentés de se laisser davantage aller. "Jusqu’ici, nous avons très bien fait les choses, à cause d’un mélange d’angoisse, de peur d’être contaminé et de cohésion sociale", indique l’expert en psychologie comportementale. 

Ce dernier rappelle que le virus est un ennemi invisible. "Ce fait, combiné aux images dramatiques des hôpitaux italiens, a suscité de grandes craintes", explique Omer Van den Bergh. 

Moment de basculement

Alors que les virologues rappellent que les mesures prises pour endiguer la pandémie doivent continuer d’être respectées, le professeur de l’Université de Louvain prévient : "Nous avons bien respecté les règles jusqu’ici, mais la situation change drastiquement. Nous ne voyons plus d’image dramatiques, et nous avons des échos positifs sur la situation, ce qui nous donne le sentiment que nous y sommes presque", précise-t-il. 

Omer Van den Bergh souligne par ailleurs que chaque citoyen manque cruellement de contacts sociaux. "Nous sommes sur notre faim depuis un certain temps déjà. C’est comme retenir sa respiration. On peut tenir le coup un moment, mais après il faut bien finir par respirer". 

La rechute, une vieille habitude

Pour beaucoup, il va être particulièrement difficile de ne pas retomber dans les vieilles habitudes d’avant la crise sanitaire, car les règles précédentes étaient bien plus univoques. "Il va être plus difficile de tenir le coup", estime le professeur. Ce dernier déplore dans cette optique l’absence de spécialistes du comportement dans le groupe d’experts des autorités belges. "Sans doute pensent-ils avoir suffisamment de connaissances sur le sujet, mais c’est beaucoup plus complexe que ça en a l’air", affirme-t-il.  

Nous vivons actuellement la plus grande expérience comportementale du siècle.

Omer Van den Bergh (KUL), professeur émérite en psychologie de la santé et en thérapie comportementale.

"Nous vivons actuellement la plus grande expérience comportementale du siècle", estime Omer Van den Bergh. "Les virologues disent constamment que tout dépend vraiment de notre comportement. Et malgré tout, ils continuent de compter sur leur intuition à ce sujet", constate-t-il.

Selon le prof de la KUL, chacun a tendance à faire une sorte d’analyse coûts-avantages dans son esprit. "Nous commençons alors à négocier avec nous-mêmes, afin de pouvoir finalement tout de même faire les choses que nous voulons faire", explique-t-il. Omer Van den Bergh plaide dès lors pour des contrôles moins strictes du respect des mesures, et pour une plus grande implication des citoyens en cas de nouvelles règles. "Au plus longtemps quelque chose est imposé, au plus il devient difficile de tenir", conclut-il.  

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