Après avoir surmonté l’attentat au Bataclan, un bistrot parisien tente de survivre à la crise sanitaire

Thierry Neveu (photo) est propriétaire du bistrot parisien Les Petits Papiers, un endroit chaleureux installé dans le quartier à la mode de la Rue Oberkampf, dans le 11e arrondissement. Situé à un jet de pierres de la salle de concerts Bataclan, il a recueilli le 13 novembre 2015 des personnes qui tentaient d’échapper aux terroristes qui venaient d’ouvrir le feu sur le public en plein concert du groupe rock Eagles of Death Metal. Aujourd’hui, comme ses collègues français et belges notamment du secteur horeca, il tente de survivre à une autre épreuve : la fermeture imposée depuis près de deux mois de confinement. Pour éviter la faillite, il fait preuve de créativité et a lancé une action de financement participatif.
Reportage à Paris de notre collègue Steven Decraene (VRT).
 

Impossible d’imaginer Paris sans ses petits bistros typiques et ses belles brasseries. Mais ces milliers d’établissements sont fermés depuis le début du confinement en France. Ce lundi 11 mai, le gouvernement français assouplissait quelque peu les mesures de protection sanitaire, mais les restaurants et cafés doivent encore rester fermés. Une situation comparable à celle de la Belgique.

Thierry Neveu accueillait l’équipe de la VRT dans son bistrot où les chaises renversées sur les tables indiquent que le retour des clients n’est pas encore en vue. Agé de 56 ans, le chef du "restaurant bistronomique" parle de son amour du métier avec une passion que n’atténue pas le masque buccal qu’il est contraint de porter. Il voudrait tant travailler, mais doit se résigner à patienter, et attendre notamment une aide de la banque.

La fermeture forcée du bistrot a vite engendré un manque de liquidités, alors que le loyer, les taxes et les charges sociales restent néanmoins à payer. Le compte en banque de Thierry Neveu est très vite descendu dans le rouge. Pour maintenir la tête hors de l’eau et sauver Les Petits Papiers de la faillite, le chef a lancé une action de financement participatif, en ligne.

Les clients peuvent y verser autant qu’ils le soihaitent. Dès que le restaurant rouvrira ses portes, ce montant leur permettra de manger chez Thierry Neveu. "Une sorte de prévente, comme pour un concert". Le crowdfunding lui a déjà permis de rassembler une coquette somme. "Chaque petite contribution nous aide", souligne le chef avec un sourire triste.

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Il attend avec impatience la fin du confinement. Depuis lundi, les entreprises et bureaux du quartier ont repris leurs activités, et pour leur personnel Thierry Neveu prépare des repas à emporter. A un prix légèrement réduit, "solidaire, pour tenter aussi de récupérer des clients". "Je ne ferai sans doute pas plus de 200 euros de recettes par jour", soupire-t-il, "mais c’est pour moi une façon de rester actif et de sauver ce qui peut encore l’être".

Lorsqu’il pourra enfin rouvrir son bistrot, il compte enlever la moitié des tables pour créer davantage d’espace entre les clients. Cela signifie une occupation réduite de moitié, et un chiffre d’affaires ne dépassant pas 50% d’avant la crise sanitaire. Mais le chef espère parvenir ainsi à sauver son établissement.

Créer une distanciation sociale grâce à des écrans de plastique placés entre les tables, ce n’est pas au goût de Thierry Neveu. Il préfère alors encore rester à la maison. Les Petits Papiers accueillent d’ailleurs régulièrement Emilien Bouglione, membre de la célèbre famille d’artistes de cirque. Propriétaire de l’imposant Cirque d’hiver proche du restaurant, Emilien y vient normalement chaque semaine. Ses photos côtoient sur les murs du bistrot celle d’autres célébrités.

Thierry Neveu a été marqué par les attentats de novembre 2015 à Paris. Il est d’ailleurs l’un des bénévoles de ‘Paris for Life’, une association qui soutient les victimes de cette soirée d’attentats meurtriers dans la capitale française. Son restaurant est situé juste derrière la salle de concerts Bataclan. Le 13 novembre 2015, il est non seulement parvenu à mettre ses clients à l’abri, mais aussi à accueillir des personnes qui fuyaient les tirs des terroristes.

Ce soir-là, plusieurs clients belges se trouvaient dans le restaurant de Thierry et son épouse Khadi. Depuis lors, il affirme avoir gardé un attachement émotionnel à la Belgique.

 

Le journaliste Steven Decraene (VRT NWS) voyage actuellement avec une équipe technique en France, pour une série de reportages. Ce voyage a été précédé d’une concertation avec des experts et les services compétents du ministère de l’Intérieur. Leur travail étant considéré comme un métier essentiel, les journalistes sont autorisés à se déplacer à l’étranger. Tout en respectant sur place toutes les consignes de sécurité sanitaire en vigueur.

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