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Sécheresse : interdiction de pompage de l'eau dans toute la Flandre

Le gouverneur de Flandre occidentale a introduit une interdiction de pompage d’eau en différents endroits de la province écologiquement plus fragiles, à partir du jeudi 21 mai. Carl Decaluwé a pris cette décision en matinée après avoir consulté la Commission flamande sur la sécheresse. Au courant de la journée, les gouverneurs des quatre autres provinces flamandes ont annoncé devoir prendre des mesures similaires, dès ce jeudi. Il a trop peu plu ces six dernières semaines. Lorsque la sécheresse persiste, la qualité de l’eau diminue et constitue alors un risque pour la santé des humains comme des animaux. 

En Flandre occidentale, il sera interdit de pomper de l'eau de six cours d'eau écologiquement sensibles à Dixmude, Poperinge et Oostkamp, ainsi que dans le bassin de Blankaert, précise le gouverneur Decaluwé (photo). L’Yser n’est pas concerné par cette mesure, tant que son niveau ne descend pas sous 2,90 m. Il est exceptionnel qu'une interdiction de capter de l'eau soit introduite aussi tôt dans l'année. L'an dernier, cela ne s'était produit qu'au début du mois de juillet.

"Le code orange va être décrété parce que les niveaux d’eau sont base", précise Carl Decaluwé. "Pomper de l’eau potable pour le bétail sera par contre encore toujours permis".

"L’été ne s’annonce pas bien dans ce domaine. La pire situation en 120 ans. Nous sommes une province agricole, et l’agriculture a déjà souffert ces derniers temps. Voilà que la sécheresse s’y ajoute. Il ne nous reste qu’à faire ce qui est nécessaire", se résigne le gouverneur de Flandre occidentale.

Les quatre autres provinces flamandes emboitent le pas

La Flandre orientale interdit aussi le pompage des cours d'eau en 19 endroits de la province, à partir de jeudi 21 mai, a indiqué ce mercredi après-midi le gouverneur intérimaire de la Flandre orientale, Didier Detollenaere. Il s'agit avant tout de rivières et de ruisseaux plus fragilisés. 

Le gouverneur du Brabant flamand interdit la captation d'un certain nombre de cours d'eau écologiquement sensibles dans sa province à partir de jeudi. Il s'agit de 13 cours d'eau disséminés dans toute la province, dont l'état se détériore sérieusement et qui risquent de tomber à sec.

Le gouverneur de la province de Limbourg a annoncé pour sa part l'interdiction de pompage de l'eau à partir de jeudi sur 80% de son territoire.

Enfin, la province d'Anvers, qui avait déjà interdit depuis le 8 mai dernier le captage d'eau dans dix bassins versants écologiquement sensibles, car le niveau de l'eau y était dangereusement bas, a décidé d'étendre cette interdiction à 6 bassins supplémentaires, en plus des dix bassins qui étaient déjà concernés. 

"Cette pénurie d’eau récurrente fera-t-elle réagir les politiciens ?"

"Pour la quatrième année consécutive, la Flandre est confrontée à une grave sécheresse. Nous nous dirigeons vers une pénurie d'eau", a réagi Matteo De Vos, expert en agriculture écologique chez Greenpeace Belgique, cité dans un communiqué de l'ONG. "Cette pénurie d'eau fera-t-elle enfin comprendre à nos politiciens que nous ne prenons pas au sérieux le réchauffement climatique, principale cause de l'augmentation de la chaleur et de la sécheresse? Nous l'espérons."

"Alors que nos agriculteurs sont loin de se remettre de la crise du Covid-19, le choc suivant est déjà là. Heureusement, les agriculteurs ne sont pas seulement une des victimes du changement climatique: ils peuvent aussi faire partie de la solution", estime encore Matteo De Vos. Greenpeace rappelle en effet que l'agriculture agro-écologique dispose d'un large arsenal de solutions pour protéger les sols.

"Planter des arbres dans les champs et les prairies (agroforesterie), par exemple, permet à long terme de mieux protéger les cultures et le bétail contre la sécheresse et la chaleur. La plantation de haies protège les champs contre l'érosion causée par les vents forts. D'autres techniques bien connues mais sous-utilisées sont : une plus grande diversité des cultures, le semis direct (c’est-à-dire la culture sans-labour) et la culture en jachère", énumère encore l'organisation de protection de l'environnement.

"Espérer la pluie ne suffit pas. S'appuyer sur la nouvelle assurance (privée) contre les intempéries qui remplace le fonds de catastrophe agricole n'est pas non plus une bonne solution", met en garde Matteo De Vos. "Tout le monde (...) doit aider les agriculteurs à rendre notre système alimentaire plus résistant et plus durable. Il faut changer les choses, car le statuquo nous mène à des températures plus élevées et à des périodes de sécheresse plus longues", conclut-il.

Michaël Torfs

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