Principale conclusion de l’étude De Stemming : "Il ne devrait pas y avoir de nouvelles élections"

"Il ne devrait pas y avoir de nouvelles élections." C'est ce qu’affirment les professeurs Stefaan Walgrave (Université d'Anvers) et Jonas Lefevere (VUB) en tirant les principales conclusions de De Stemming, une étude menée pour le compte de la VRT et du Standaard.

La semaine dernière, la VRT et le journal De Standaard ont largement diffusé les résultats de leur nouvelle étude politique annuelle qui analyse en profondeur les préférences des électeurs flamands en matière de parti politique, l’enquête a été réalisée du 9 au 28 avril, soit en pleine crise sanitaire.

Avec le raz-de-marée du "coronavirus" qui a éclipsé tous les autres thèmes (pour un moment du moins), le gouvernement belge n'a pas eu trop de difficultés. Et pour cause, nous n’avions pas de gouvernement. Aujourd’hui, nous en avons un qui ressemble, de loin du moins, à un gouvernement fédéral.
 

Un événement qui éclipse tous les autres

L’étude De Stemming est intervenue au moment idéal pour mesurer les effets de cette crise sans précédent. Soyons clair, ce n’était pas voulu, c'était une question de chance. Nous avons pu ainsi mesurer les préférences des Flamands au plus fort de la crise, et durant les trois semaines qui ont suivi lorsqu'elle a été lentement maîtrisée. On remarque d’ailleurs une évolution de leurs réponses dans le temps.

Ainsi, le large soutien aux mesures draconiennes prises par le gouvernement - par exemple, plus de 90 % des personnes interrogées acceptaient de ne plus recevoir d'amis chez eux - est déjà en chute libre quelques semaines plus tard.

L'effet du coronavirus comme événement a beau être tout à fait exceptionnel, il commence déjà à s'estomper, même si la crise est toujours en cours.

Nécessité oblige

Ce très large soutien à des mesures strictes qui touchaient notre vie privée aura été une bonne chose, dans le cas présent, mais il nous fait aussi un peu peur. 

Lorsqu'un ennemi extérieur les menace, les Flamands sont donc disposés à suivre à la lettre les décisions de leurs dirigeants politiques. Dans une situation où les querelles politiques duraient depuis plus d’un an, on s’attendait à ce que le Flamand moyen soit sceptique face à ces mesures soudaines et de grande envergure. Mais au contraire la grande majorité des Flamands a soutenu ces mesures. 

Nous pensions que la mise en quarantaine d'une ville ou d'une province ne serait jamais acceptée dans un pays libre et occidental comme le nôtre. Mais pourtant nous l'avons accepté quand même et le pays (et tous les pays autour de nous), et les citoyens étaient même enthousiastes à le faire. Nécessité oblige.

Leçon n° 1 : en cas de crise, les politiques ne peuvent peut-être pas tout se permettre, mais ils peuvent se permettre beaucoup.
 

Bombe à retardement

La crise du coronavirus est venue s'ajouter à une profonde crise politique. De Stemming contient de nombreuses indications selon lesquelles la crise sanitaire n'a pas effacé le malaise politique sous-jacent. Tout a été simplement mis sur pause.

Mais le mécontentement des Flamands à l'égard de la politique et de leurs dirigeants est réelle et généralisée. Le cynisme de nombreux électeurs nous a donné le vertige. 40 % des électeurs pensent-ils vraiment que nos politiciens sont "corrompus" ?

On peut reprocher beaucoup à nos hommes politiques, leur inefficacité, leurs petits jeux, leur manque de sens de l’Etat, mais leur corruption ?

Nous avons posé aux citoyens une question ouverte sur le problème le plus important auquel notre pays est confronté. Nous nous attendions à une réponse sur la crise sanitaire, mais en fait un tiers des personnes interrogées ont fait référence au malaise politique. Pour de nombreux citoyens, la politique elle-même est devenue le problème qui les touche le plus, et ce en pleine crise du coronavirus.

Or, ce mécontentement pourrait se transformer en un grand mouvement de protestation. C’est donc une bombe à retardement. D'où la leçon n° 2 : nous vivons une époque politiquement tumultueuse, la crise politique peut se transformer en crise de régime. Et voir la leçon n° 1 : tout peut arriver.

La proie qui devient le chasseur

D’un point de vue électoral, on voit que ce sont les partis situés aux extrêmes du paysage politique qui gagnent le plus de terrain, les partis du centre en perdent. D’habitude, il y a une sorte de stabilisation juste après le scrutin, les électeurs attendent de voir ce que cela donne. Mais ce n’a pas été le cas après les élections de mai 2019.

Près d'un électeur sur cinq affirme qu'il votera pour un autre parti. Le parti qui était le plus grand en Flandre, la N-VA et le parti centriste par excellence, le CD&V, en paient le prix fort. Ils paient la facture parce que pendant un an on aura tourné en rond. Le centre se vide, les extrêmes se renforcent.

La poursuite du transfert de voix de la N-VA vers le Vlaams Belang est un retour du balancier. Dans un premier temps c’était la N-VA qui avait attiré les électeurs du Vlaams Belang à présent c’est le contraire, la proie est devenue le chasseur.

La N-VA est en proie à un dilemme entre un rôle du parti politique fiable (le nouveau CVP en quelque sorte) et celui de parti "révolutionnaire" (qui veut l’indépendance flamande).

Chaque parti en croissance doit inévitablement faire ce choix. Jusqu'à présent, la N-VA avait réussi à jouer sur les deux tableaux de manière très habile (voir De Wever dans sa quasi-opposition). Le Stemming suggère que cette formule intermédiaire a fait son temps.

De nouvelles élections seraient suicidaire

Pour le CD&V, le problème devient progressivement une réalité. Ce parti détient la clé d’une coalition Vivaldi (ndlr. un gouvernement sans la N-VA), une coalition violette et jaune (ndlr. un gouvernement avec la N-VA) ou le Grand Pari (un retour dans l’isoloir ndlr.) à l'automne.

Nous tirons donc la leçon n° 3 : il n'y aura pas de nouvelles élections. Pour certains partis, ce serait suicidaire. A moins, bien sûr, qu’il y ait une volonté pour de nouvelles élections du côté francophone.

Dans un an, aura lieu la deuxième édition de De Stemming. Compte tenu des circonstances, certaines des leçons que nous pensons pouvoir tirer maintenant seront peut-être dépassées. Peut-être alors n'aurons-nous plus de coronavirus, que les Flamands seront contents de leurs hommes politiques, et que le centre s'épanouira comme jamais auparavant. On ne sait jamais ?
 

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