30 ans après l’assassinat d’Ingrid Caeckaert, l'enquête n'a toujours mené à rien

Dans un peu moins de dix mois, le 16 mars 2021, cela fera exactement trente ans qu'Ingrid Caeckaert était assassinée. L'affaire sera alors prescrite, et personne ne pourra plus être condamné pour le meurtre de la jeune femme. Celle-ci avait été tuée sauvagement de 62 coups de couteau, à Heist, près de Knokke, au littoral. Ses parents font à présent une dernière tentative pour connaître la vérité.

"Nous espérons qu’enfin quelqu'un parlera, car après tout, nous avons été sévèrement punis nous aussi. Nous n'avons plus personne, pas de petits-enfants, plus rien. Si l'un de nous disparaissait l'autre se retrouverait tout seul. L'auteur a tué Ingrid mais nous a profondément blessés". Les parents d'Ingrid, Georges et Marie-Josephe, ont respectivement 84 et 79 ans et sont toujours à la recherche du meurtrier de leur fille unique.

L’assassinat de la fille du boulanger Caeckaert est l'un des plus grands mystères de l’histoire judiciaire de notre pays. Des milliers de personnes ont été interrogées, plusieurs appels à témoins ont été passés dans les médias, des milliers d'indices ont été vérifiés, et pourtant l’auteur de l’homicide n'a jamais été retrouvé. De plus, le dossier contient de nombreux éléments insolites. Un inconnu a fait livrer des œillets violets à son bureau quelques jours avant sa mort. Quelqu’un a déposé des fleurs sur sa tombe après sa mort . Et qu'avait découvert Ingrid Caeckaert qui l'effrayait tant ?

Une journée ensoleillée

Le samedi 16 mars 1991 était une belle journée ensoleillée. Vers midi, Ingrid Caeckaert ferme la porte de son agence immobilière Atlanta, située sur la digue de Heist-aan-Zee. La jolie blonde de 26 ans rend visite à une amie propriétaire d'une boutique pour récupérer des vêtements.

Une trace d'ADN qui ne mène nulle part

D’habitude, Ingrid prend son repas de midi chez ses parents à Maldegem (Flandre orientale). Mais pas cette fois car elle leur a dit qu’elle devait finir un travail. Elle a donc acheté un sandwich qu’elle avait l'intention de manger dans son appartement sur la Heldenplein. Elle y arrive à une heure moins le quart. "Des témoins l’ont vu entrer en souriant", déclare son père. "Elle a encore salué des amis et a pris l'ascenseur jusqu'au septième étage".

Un peu plus tard, une voisine retrouvera son corps dans la cage d'escalier, entre le sixième et le septième étage. Ingrid Caeckaert a été assassinée de 62 coups de couteau. Il n’y a pas eu de vol ni d’agression sexuelle. Une traînée de sang mène au huitième étage, où l'auteur du crime s’est peut-être caché lorsque la voisine est arrivée. Alors que cette derrière sort de l’immeuble dans la panique, l'auteur parvient à s'échapper. A ce moment-là, sur la Heldenplein, il y a une file devant un guichet automatique, mais personne n’a vu passer l’assassin. La trace du sang s'arrête à 170 mètres de là, dans la Kardinaal Mercierlaan. Des témoins se souviennent ensuite qu'une petite voiture rouge, probablement de fabrication japonaise, y était garée. Il est possible que ce soit la voiture utilisée par l’assassin.

Les enquêteurs découvrent que les traces de sang n'appartiennent pas seulement à Ingrid, mais aussi à l'auteur du crime. La jeune femme s'est donc défendue, et a blessé son agresseur. Et sur la porte de l'appartement, il y a une empreinte de main, tachée de sang. Les enquêteurs possèdent donc son profil ADN.

Mais, cet ADN n'a pas encore conduit à un suspect. Tout ce que les inspecteurs peuvent conclure, c'est qu'il s'agit d'un homme. L'analyse de l'ADN (pour la couleur des cheveux, des yeux, ...) est interdite dans notre pays.

Mais chaque fois que l'on compare le sang avec celui d'un suspect, le résultat s'avère négatif. En 2010, par exemple, le profil ADN provenant de la tache de sang a été comparé avec celui du tueur en série Ronald Janssen. Mais les deux profils ne correspondaient pas. La piste du petit ami d’Ingrid sera écartée pour les mêmes raisons. 

De mystérieux œillets violets

Depuis, le mystère reste entier sur le motif de l'homicide. Un drame passionnel ? Peu avant l’assassinat, un inconnu a fait livrer un bouquet d'œillets violets au bureau de la victime. Un geste d'un client satisfait ? Apparemment non "Ingrid détestait les œillets et ne trouvait pas que le violet était une belle couleur, elle estimait qu’on ne donne ça qu’aux morts", avait déclaré sa mère en 2002 dans le programme d'enquête de la VRT "Ooggetuige". Les demandes de renseignements auprès des fleuristes de la région n’ont rien donné.

Peu après sa mort, puis en 1993 et en 1999, un inconnu déposera encore des fleurs sur sa tombe dans sa ville natale de Maldegem. Ses parents y trouvent à chaque fois trois fleurs. La dernière fois, il s'agissait de deux roses et - encore une fois - d'un œillet. Personne ne sait qui les a mis là.

L'auteur du crime est-il un mystérieux admirateur ? Peu avant sa mort, Ingrid avait reçu une carte pour la Saint-Valentin, qu'elle avait déchirée. L'expéditeur était un homme marié, mais il s’est avéré qu’il n’avait rien à voir avec l’assassinat.

Un règlement de compte dans le milieu de l'immobilier ?

L’assassinat a-t-il un tout autre mobile ? Un règlement de compte ? "Peu avant sa mort, Ingrid avait confié à son père qu'au cours d'un dîner, elle avait entendu toutes sortes d'informations sur une vaste fraude dans le milieu de l’immobilier à Knokke. Des terrains qui n'existaient pas, auraient été vendus. C'est tout ce qu'elle avait dit. Depuis ce moment-là elle a eu l'impression d'être suivie. Et quelques jours avant sa mort, quelqu'un est venu sonner à sa porte, en pleine nuit", raconte encore son père.

"Est-ce que cela avait un rapport avec cette fraude ? Ingrid possédait sa propre agence immobilière. En fait, nous n'avons aucune certitude. Mais il se peut qu'ils aient voulu la faire taire", ajoute sa mère.

Quoi qu'il en soit, les parents d'Ingrid espèrent toujours, près de trente ans après, que la vérité sur l’assassinat de leur fille unique pourra être révélée. "Nous avons appris à vivre avec. Tout ce que nous voulons, c'est savoir qui l'a fait et pourquoi".
 

Si vous avez plus de renseignements concernant la mort d'Ingrid Caeckaert, nous vous invitons à prendre contact avec la police via le numéro gratuit 0800 30 300. Vous pouvez également réagir via e-mail: avisderecherche@police.belgium.eu .

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