"Pas d'erreur d'appréciation" de ne pas avoir isolé les gens revenus du ski d'Italie

Ne pas avoir placé en quarantaine les vacanciers belges rentrés des stations de ski du nord de l'Italie après le congé de Carnaval ne constitue pas une erreur d'appréciation, estimait le virologue Marc Van Ranst (photo archives), en réaction au reportage de l'émission Pano de la VRT diffusé mercredi soir et portant sur les premières contaminations de Belges au coronavirus. Pas avec les connaissances sur le virus dont disposaient à l’époque les scientifiques et politiques, précise Van Ranst. Nombre des premières contaminations ont eu lieu dans un seul hôtel du nord de l’Italie.

Les réalisateurs du reportage "Hôtel corona" citent comme leçons à en tirer : ne jamais sous-estimer un virus (même la ministre de la Santé Maggie De Block avoue l’avoir fait face au Covid-19), faire attention aux voyageurs rentrant de zones à risque, ne pas imposer des critères trop sévères pour les tests, prévoir des réserves stratégiques de tests et de matériel de protection, et avoir recours au traçage de contacts comme outil essentiel.

Selon le reportage de Pano (VRT), un grand nombre des premières infections au coronavirus en Belgique peuvent être attribuées à un hôtel du nord de l'Italie. Les auteurs du document "Hôtel corona" se demandent donc si les personnes qui sont revenues des stations de ski italiennes n'auraient pas dû être mises en quarantaine.

"Si vous regardez en arrière, avec toutes les données que nous avons maintenant, vous devriez répondre 'oui'. Il n'y a aucun doute à ce sujet. Mais à l’époque, c’était une décision impossible à prendre", affirme le virologue Marc Van Ranst dans une réaction au reportage. Il pense cependant que le coronavirus aurait atteint la Belgique d'une autre manière. "Aucun autre pays n'a pu l'arrêter."

Mais la question est plutôt de savoir si la ministre de la Santé publique Maggie De Block (photo), ou le gouvernement fédéral, avaient à l'époque suffisamment d'informations pour obliger ces personnes à se mettre en quarantaine, même si elles étaient (apparemment) en bonne santé. Marc Van Ranst fait remarquer qu'il avait alors déjà été conseillé d'appeler le médecin de famille en cas de symptômes et de rester à la maison. 

Pour le virologue, une telle quarantaine, dans cette situation épidémiologique, était loin d'être évidente. "A cette époque, on ne savait pas encore qu'il y avait des cas positifs dans les stations de ski. La source d'infection la plus dense se trouvait à trois cents kilomètres de là. Devait-on décider, sur base de ces informations, de ne pas les autoriser à entrer dans le pays ? On peut y répondre 'non'", analyse-t-il.

De son côté, la ministre de la Santé Maggie De Block (Open VLD) reconnait que le virus a été généralement "sous-estimé". Comme l’indique Marc Van Ranst, "la plupart des virologues le comparaient au début au coronavirus Sars de type 1 - le petit frère du nouveau virus". "Personne ne savait que le Covid-19 allait se propager si rapidement", confirmait le professeur Herman Goossens.

"En sachant que nous ne pouvions que nous appuyer sur les connaissances qu'il y avait alors d'un nouveau virus, dont on disait d'abord qu'il s'agissait d'une grippe bénigne, juste un peu plus contagieuse", rappelle Maggie De Block. "Il s'avère maintenant que c'était une sous-estimation. Les scientifiques, l’Organisation mondiale de la Santé, la Commission européenne, les politiques - au nombre desquels je me compte - ont sous-estimé le nouveau virus", confie la ministre de la Santé - pour la première fois - dans le reportage Pano.

"Une occasion unique pour être agressifs envers le virus"

Dans un tweet adressé ce jeudi à la ministre de la Santé publique Maggie De Block, le virologue et ancien porte-parole interfédéral Covid-19, Emmanuel André (photo, à dr.), s'interroge sur les tests de dépistage proposés par les entreprises à leurs employés, alors que les médecins ne peuvent pas encore faire de même en consultation "avec leurs patients qui ont été en contact direct avec un cas positif. Pourquoi ?".

Contacté par l’agence Belga, le virologue nuance: "Le fait que des entreprises puissent proposer (des tests) dans certaines conditions, on peut en discuter, ça fait partie d'une remise en confiance entre l'employeur et l'employé. Mais ce qu'on ne comprend pas, c'est que l'autorisation soit donnée aux entreprises avant les médecins". Selon lui, le problème ne réside pas dans la capacité, mais dans la décision. "En termes de stocks, on a une capacité gigantesque", explique Emmanuel André.

S'il y a eu des soucis au démarrage, la réponse en termes d'organisation de la production et de commandes est désormais correcte. "C'est plutôt un problème d'autorisation et de remboursement des tests qui bloque. On est toujours en situation où des tests réalisés par les médecins ne peuvent pas être remboursés. C'est clairement moins justifié d'avoir l'autorisation plus rapidement en entreprise", ajoute l'ancien porte-parole. De plus, le suivi des contacts présente des résultats satisfaisants, alors que l'épidémie est "relativement calme". "On voit tous les indicateurs en termes d'opérations qui s'améliorent, que ce soit au niveau individuel mais aussi dans les collectivités", poursuit Emmanuel André, pour qui il s'agit maintenant de consolider le cadre légal de cet outil de déconfinement, en plus d'augmenter le nombre de tests effectués au sein de la population.

"On doit mettre en place un système qui doit tenir tout au long de l'épidémie", soit pendant plusieurs mois encore. "Tester plus, c'est entrer dans une logique de prévention. Au plus on teste, au plus on prévient les infections futures." Si la Belgique est en bonne position à ce niveau, "on peut s'orienter vers une logique d'éradication en testant jusqu'à trouver les derniers cas. On a les moyens d'aller dans cette direction (…). C'est une occasion unique pour être très agressif envers le virus", conclut le virologue.

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