Nicolas Maeterlinck

L’étudiante de Stabroek sera fixée le 5 juin sur le sort de son chaton péruvien Lee

Le juge des référés d'Anvers décidera finalement le 5 juin si la sentence de l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA) - selon laquelle il faut euthanasier le chaton Lee - est légale ou non. Selena Ali (photo, à g.), l'étudiante de 23 ans propriétaire du chaton, l'organisation de défense des animaux GAIA (photo, à dr.) et le ministre flamand du Bien-être animal Ben Weyts (N-VA) estiment que non. "L'euthanasie doit être la dernière option, d'autres pistes telles que la quarantaine ont été trop rapidement écartées", avancent ces derniers. Entretemps, le virologue Marc Van Ranst a proposé de prendre Lee en quarantaine dans son laboratoire. "C’est une proposition sympathique, mais trop peu réfléchie", estime son collègue le virologue Steven Van Gucht.

L'étudiante anversoise a été rapatriée du Pérou début avril en raison de l'épidémie de coronavirus. Elle était accompagnée de Lee, un chaton adopté dans un bar à chats de Cuzco. L'Agence fédérale pour la sécurité de la chaine alimentaire (AFSCA) n'avait cependant pas donné son autorisation, le Pérou étant un pays considéré à haut risque pour la rage. L'animal a été vacciné contre la rage, mais n'a pas passé suffisamment de temps en quarantaine au Pérou avant de faire le voyage vers l’Europe.

Fin avril, l'AFSCA a décidé que Lee devrait être euthanasié, car il n'est pas exclu que l'animal soit porteur du virus de la rage, très meurtrier. Selena Ali s'y est opposée et a mis le chaton à l'abri. L'AFSCA a porté l'affaire en référé et réclame 5.000 euros de l'heure tant que Lee ne lui est pas remis. "Ce chat est une bombe biologique potentielle et présente un risque majeur pour la santé publique. La rage est un virus mortel pour l'homme, dont la manifestation prend souvent jusqu'à 12 mois. Seule une biopsie cérébrale peut dire si le chat est infecté ou non, mais pour cela il faut l'euthanasier", a plaidé Me Rik Depla, avocat de l'AFSCA.

Selena Ali, l’organisation GAIA et le ministre du Bien-être animal Ben Weyts contestent cela. "Une biopsie cérébrale donnera de toute façon un résultat négatif si l'animal est encore en période d'incubation. Et cette affirmation à propos de douze mois est un non-sens. Quiconque se fait mordre par un animal à risque se voit recommandé par l'Organisation mondiale de la santé de mettre cet animal en quarantaine pendant dix jours. S'il est toujours vivant, c'est qu'il n'a pas la rage. Lee serait donc mort depuis longtemps s'il avait été infecté par le virus. Mais pour rassurer tout le monde, nous voulons bien accepter une quarantaine. C'est le seul moyen offrant une sécurité à cent pour cent", a fait valoir Me Anthony Godfroid, avocat de Selena Ali.

L'AFSCA estime cependant que ce n'est pas possible, car la Belgique n'a pas de centre de quarantaine agréé. Le virologue Marc Van Ranst (dont le laboratoire louvaniste effectue depuis des semaines de nombreux tests pour détecter les contaminations au coronavirus) a depuis proposé de mettre le chaton en quarantaine à la KU Leuven. "Nous avons examiné cette offre, mais nous ne pouvons pas y adhérer. Le risque est trop grand", a déclaré l'AFSCA.

"Je n'ai pas amené Lee en Belgique avec de mauvaises intentions", a déclaré Selena Ali en fin d'audience. "La santé publique n'est pas en danger. Le chat est isolé et n'entre en contact avec personne d'autre que moi. Pas même avec d'autres animaux. J'espère qu'il aura droit à la quarantaine".