Nicolas Maeterlinck

Était-il irresponsable d’organiser une manifestation contre le racisme à Bruxelles ?

La manifestation contre le racisme qui a rassemblé plus 10.000 personnes dimanche après-midi à Bruxelles provoque le mécontentement et la colère de certains hommes politiques, d'autres s'en prennent surtout aux casseurs. Pour le ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA) "un tel rassemblement de masse en cette période de coronavirus était totalement irresponsable".

"Malgré tout le respect pour les personnes qui expriment leur opinion en groupe. En cette période de coronavirus, les protestations de masse comme celle d’aujourd'hui sont totalement irresponsables. Si en plus elles dégénèrent à nouveau en violence, c'est une gifle pour tous ceux qui font des efforts quotidiens pour notre sécurité et notre santé", a déclaré le ministre président flamand dimanche soir via Twitter.

De son côté le ministre bruxellois Sven Gatz (Open VLD) est plus indulgent envers les manifestants. Il note que presque tous portaient un masque, mais sa collègue de parti et ministre de la santé Maggie De Block n'est pas d'accord. Pour elle, une manifestation de masse est très néfaste pour la propagation du virus, quelle que soit la raison de la manifestation, dit-elle.

Le nouveau président de l’Open VLD, Egbert Lachaert, estime lui que le motif de la manifestation était beau, mais que son déroulement était "insensé". " Au moment où les couples ne peuvent pas inviter leurs amis à leur mariage, que la pratique du sport est encore limitée, une manifestation de masse est totalement inacceptable ! " déclare-t-il.
 

Quant au président du CD&V, Joachim Coens, il juge un tel rassemblement "incompréhensible en période de coronavirus. Quant à la violence, c’est, selon lui, "une véritable honte !"

Si la Première ministre fédérale Sophie Wilmès (MR) estime que la cause était juste et elle devait pouvoir s’exprimer. Elle regrette cependant qu’il n’ait pas été possible de trouver une alternative qui respecte consignes sanitaires et efforts de ceux en 1ère ligne dans la lutte contre l’épidémie. Elle ajoute qu’elle s’entretiendra avec les Bourgmestres concernés et les autorités régionales pour tirer les leçons de ce week-end, y compris sur le plan sanitaire.

De son côté le bourgmestre de la Ville de Bruxelles Philipe Close (PS), qui avait toléré la manifestation, a souligné "l'équilibre extrêmement délicat entre l'ordre public, la liberté d'expression et la problématique de la santé publique".

 "A l'instar des plus grandes capitales européennes comme Paris, Londres, Madrid, Rome, ... Bruxelles, capitale de 400 millions d'Européens, ne pouvait rester sourde à l'émotion mondiale suscitée par la mort de George Floyd. Les 10.000 personnes présentes, qui pour la quasi-totalité portaient un masque, ont démontré qu'elles pouvaient s'exprimer dans le calme et en respectant autant que possible les règles sanitaires", s'est-il défendu.

246 personnes arrêtées à Bruxelles suite aux incidents

Selon la police de Bruxelles, la manifestation s'est déroulée dans le calme, en partie grâce aux stewards déployés par les organisateurs. Mais par la suite, il y a eu aussi des émeutes et des pillages dans le quartier de Matongé et à la Porte de Namur à Ixelles. "Après le rassemblement, des fauteurs de troubles et des délinquants ont délibérément provoqué les forces de l'ordre et dégradé le mobilier urbain. Ils s'en sont ensuite pris à des magasins pour les dévaliser comme de vulgaires voleurs. J'ai immédiatement demandé aux forces de l'ordre de disperser les fauteurs de trouble et de procéder à leur arrestation", a expliqué le bourgmestre.

Selon la police de Bruxelles, 246 personnes ont été arrêtées. Il s'agit principalement d'arrestations administratives, mais il y a aussi eu 7 arrestations judiciaires. "Nous avons également lancé un appel via les médias sociaux pour récolter le plus possible d’images vidéo", explique Ilse Van De Keere, porte-parole de la police. "Cela nous permettra d'identifier encore plus de personnes pouvant être liées à des infractions pénales".

Selon le bourgmestre de Bruxelles, la Ville se portera partie civile et poursuivra via le mécanisme des sanctions administratives. "Je recevrai également dès demain/lundi les commerçants qui ont subi des dégâts pour les indemniser au plus vite. Nous ne tolérons et ne tolérerons jamais l'impunité dans notre capitale", a-t-il ajouté.
 

"Après le confinement, c'est une épreuve insurmontable pour les commerçants"

Enfin, le ministre en charge des Indépendants, Denis Ducarme (MR) souhaite du ministre de l'Intérieur que celui-ci demande des explications aux autorités communales sur "les consignes de non-intervention" données à la police, après les incidents qui ont éclaté, dimanche après-midi, à Matonge et dans les rues avoisinantes au terme de la manifestation contre les violences policières et le racisme en général. "Pour les commerçants, être confrontés à ces saccages après des mois de confinement est tout bonnement insurmontable", a-t-il ajouté.

D'autres hommes politiques désapprouvent également les émeutes en termes forts. Le président du S.PA, Conner Rousseau, parle de "petites crapules" et qualifie d'"inacceptable" la destruction et le pillage. En même temps, il appelle à lutter contre le racisme de manière créative pendant le coronavirus.

Pour la présidente des Verts flamands de Groen Meyrem Almaci, les casseurs auront souillé la mémoire de George Floyd, l'homme tué par un policier aux États-Unis, qui a été le déclenchement des manifestations dans le monde entier.

Enfin, le président du parti d’extrême droite Vlaams Belang, Tom Van Grieken, parle de cette "racaille allochtone" qui doit être traitée avec sévérité.
 

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