Discriminations : le gouvernement flamand demande l’aide d'universités pour adopter un système de contrôle

Les principaux ministres du gouvernement flamand ont tenu ce vendredi après-midi une réunion de crise à l’initiative du ministre-président Jan Jambon. En cause, les divergences d’opinions au sein de son gouvernement sur la façon de lutter contre les discriminations, notamment sur le marché de l’emploi et celui du logement. Le ministre régional de la Cohabitation, Bart Somers (Open VLD), avait annoncé vouloir étendre à toute la Flandre, via les administrations locales, les tests de situation (pour contrôler sur le terrain) introduits à Malines, dont il a été bourgmestre. Mais le mot "test de pratique" ne plait pas à la N-VA. Les partis de la majorité ont finalement pu se mettre d’accord : ils se feront conseiller par des universitaires sur le meilleur système de sensibilisation et de contrôle à adopter.

D’après le journaliste politique de la VRT Pieterjan De Smet, il y aurait eu un accord au sein des partis de la majorité de ne pas utiliser le mot sensible de "test de pratique" ou "test de situation" (praktijktest, en néerlandais), mais lors de sa conférence de presse ce vendredi le ministre Bart Somers l’a utilisé plusieurs fois pour décrire comment il souhaitait que ces contrôles soient menés par les administrations locales.

D’après Jan Jambon, le désaccord ne porte pas tant sur la pratique de contrôles que sur la façon de la nommer. Pourtant, le ministre flamand du Logement, Matthias Diependaele (N-VA), avait explicitement exclu ce genre de contrôles de situation, lors d’une interview à la VRT. Et une résolution adoptée mercredi par le Parlement flamand ne mentionne pas des tests de situation, mais "un système de contrôle indépendant et académique".

Au CD&V, on affirmait qu’il s’agit d’une "discussion sémantique". "Tout le monde s’accorde sur le fait qu’il faut faire quelque chose contre les discriminations sur le marché de la location de logements et de l’emploi. On s’est mis d’accord de travailler avec un moyen de mesure scientifique et des équipes indépendantes", indiquait le parti démocrate-chrétien.

Le ministre Bart Somers (photo) - ancien bourgmestre de Malines (province anversoise) -, responsable notamment de l’Égalité des chances, veut par contre encourager les administrations locales à mener des tests sur le terrain. Des inspecteurs se font alors passer pour des personnes d’origine étrangère et d’autres groupes de population victimes de discriminations et vérifient si leur candidature à un emploi ou un logement est considéré différemment du fait de cette origine. Bart Somers affirme vouloir promouvoir "une approche qui sensibilise et qui mobilise". Il veut étendre la pratique suivie à Malines au reste de la Flandre.

SP.A et Groen veulent aller plus loin

Les partis de gauche d’opposition se disent ravis de la proposition du ministre Somers. "Je suis contente que Bart Somers ait rappelé à l’ordre le ministre Diependaele", indiquait Hannelore Goeman (SP.A). Mais elle estime que la proposition laisse trop de marge de manœuvre. "Parce que maintenant cela dépendra de chaque commune si elle effectue ou non des tests de situation. Un vrai signe fort contre le racisme serait que le gouvernement flamand introduise lui-même ces tests dans toute la Flandre", estime Goeman.

Les écologistes craignent aussi une Flandre à deux vitesses. "Le cadre pour les locataires, propriétaires et agences immobilières est différent de commune en commune. Cela engendre des incertitudes", indiquait An Moerenhout (Groen). “Nous avons besoin d’une politique uniforme, de tests de situation qui vaillent pour l’ensemble du marché flamand de la location”.

Accord : "les universités seront consultées"

Au terme de la réunion de crise, le ministre-président Jan Jambon (photo) et les ministres Bart Somers, Ben Weyts et Hilde Crevits donnaient une brève conférence de presse vers 18h45 pour annoncer que les partis de la majorité ont décidé de laisser tomber la discussion sémantique, concernant le nom à donner aux contrôles sur le terrain pour détecter des discriminations à l’emploi et au logement. Le gouvernement va maintenant faire appel au "monde académique "pour qu’il le conseille sur un système de monitoring à appliquer dans toute la Flandre pour détecter ces discriminations.

"L’important est avant tout que le gouvernement flamand reconnait l’existence de discriminations dans ces deux domaines", soulignait la ministre Hilde Crevits. Bart Somers et Jan Jambon insistaient sur le fait que ce système de contrôle ne devra pas servir en premier lieu à condamner, mais à sensibiliser les acteurs sur le terrain et les motiver à de meilleures pratiques.

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