Une commission "vérité et réconciliation" et des excuses sur le passé colonial de la Belgique ?

Le président de la Chambre, Patrick Dewael (Open VLD), a annoncé ce vendredi sur Twitter son intention de proposer la semaine prochaine la mise sur pied d’une commission parlementaire "vérité et réconciliation" sur le passé colonial de la Belgique, alors que plusieurs statues du roi Léopold II (photo) ont été vandalisées ces derniers jours dans diverses villes du pays. Le mouvement de protestation s’inscrit dans le prolongement des manifestations contre le racisme et les violences policières "Black Lives Matter", à la suite de l’homicide de l’Afro-Américain George Floyd à Minneapolis. Mais alors que la République démocratique du Congo célébrera le 30 juin le 60e anniversaire de son indépendance, des voix s’élèvent aussi pour réclamer que le gouvernement fédéral ou le roi Philippe présentent enfin des excuses au peuple congolais pour les abus et atrocités commis au cours de l’histoire coloniale belge.

"Il est temps pour la Belgique de se réconcilier avec son passé colonial", estime le président de la Chambre. "Le Parlement est le forum approprié pour enquêter et débattre à ce sujet. Mercredi, je vais discuter avec les groupes (parlementaires) de la manière dont nous pouvons mettre en place une commission 'vérité et réconciliation' avec des experts", a indiqué Patrick Dewael (photo). La Conférence des présidents, chargée de régler les travaux de l'assemblée, se réunit habituellement le mercredi à midi.

Jeudi, une proposition de résolution déposée par Ecolo-Groen "concernant le travail de mémoire à mener en vue de l'établissement des faits afin de permettre la reconnaissance de l'implication des diverses institutions belges dans la colonisation du Congo, du Rwanda et du Burundi" a été prise en considération à la Chambre, rappelle Ecolo dans un communiqué.

"Nous devons structurer le débat pour que cette indignation ne soit pas un feu de paille, mais débouche sur une vraie prise de conscience collective et des changements structurels", estime le député Simon Moutquin. "Nous devons tenir un discours de vérité envers l'ensemble de la population belge qui doit avoir conscience du passé dont elle est aujourd'hui, qu'on le veuille ou non, la dépositaire."

Un buste de Léopold II a été dégradé dans la nuit de jeudi à vendredi dans le square du Souverain à Auderghem (photo). D'autres dégradations ont aussi été constatées vendredi par différentes polices locales en région bruxelloise, mais aussi ces derniers jours en Flandre.

Des excuses ? Qu'en pensent les partis flamands ?

Invité jeudi soir dans l’émission télévisée "De afspraak" (VRT), le président du CD&V, Joachim Coens (photo), estimait qu’il est temps que le gouvernement fédéral ou la famille royale belge se réconcilie avec le passé colonial du pays et présente des excuses au peuple congolais. "Le 60e anniversaire de l’indépendance du Congo serait effectivement un beau moment pour le faire". D’après Joachim Coens, le souverain serait "la personne la plus appropriée pour reconnaitre que le passé colonial belge a été un problème, sous certaines facettes".

La N-VA affirme que son point de vue n’a pas changé par rapport à l’interview accordée l’an dernier à la VRT par son président Bart De Wever. Une demande de pardon historique pour les atrocités serait nécessaire "parce qu’énormément de gens ont été assassinés pour de l’argent. Il faut pouvoir oser exprimer un jugement collectif".

Qui doit exprimer des remords ? "Le roi Léopold II a déjà été condamné de son vivant. S’il faut demander un pardon historique, c’est au chef de l’Etat à le faire", estimait à l’époque Bart De Wever.

Open VLD estime que "la Belgique doit regarder son passé droit dans les yeux, y compris les pages noires de son histoire comme les exactions commises au Congo". Les libéraux flamands estiment qu’une enquête approfondie, un dialogue et un débat doivent être menés à ce sujet, "dans notre société et avec les Congolais". "Il faudra ensuite tirer des conclusions, par exemple sur le rôle de l’enseignement et des musées, sur la place des statues dans notre société, mais aussi sur une éventuelle demande de pardon aux Congolais", estime Open VLD.

Le parti d’extrême-droite Vlaams Belang trouve que des excuses seraient appropriées, mais elles ne peuvent être prononcées par le gouvernement. Ce dernier représente en effet la population, or ce n’est pas la population qui a colonisé le Congo, "et certainement pas la population flamande".

Le Vlaams Belang estime que "les crimes commis à grande échelle au Congo ont été horribles. Les ravages occasionnés ont coûté la vie à tant de gens. Les dégradations actuelles de statues de Léopold II n’enlèveront rien à ce passé". Le parti trouve plus judicieux d’ajouter quelques mots critiques au bas des statues pour mieux remettre le souverain dans son juste contexte historique.

Le SP.A et son président Conner Rousseau (photo) estiment que le 60e anniversaire de l’indépendance du Congo serait le moment idéal pour exprimer des regrets publics. "A un moment où beaucoup de gens se rassembleront pour donner un signal positif contre le racisme, ce serait idéal. Que ce soit le gouvernement ou le Roi qui exprime ces excuses, cela revient au même", estime le parti socialiste flamand.

Les écologistes flamands trouvent aussi que la Belgique "doit prendre ses responsabilités" face à son passé au Congo. "Mais il n’y a jamais eu une condamnation officielle ou même un rapport officiel sur le rôle de la Belgique". Groen veut donc, via le parlement, demander à des scientifiques comment faire le procès de notre histoire. "Ensuite nous pourrons faire les démarches nécessaires, avec l‘ensemble de la société". "Des excuses peuvent en faire partie", mais ce n’est pas suffisant estiment les verts flamands. "Il faut aussi parler d’une politique de restitution, de la décolonisation de l’espace public et de l’enseignement sur l’histoire coloniale".

Enfin le Parti du travail de Belgique PVDA estime que les excuses seules ne suffisent pas. "Il faut reconnaitre les crimes de l’époque coloniale, les condamner et y lier des actions". Parmi ces actions, le parti cite notamment l’enlèvement des statues de Léopold II de l’espace public. "De plus, nous devons enfin prendre des mesures structurelles contre le racisme dans notre société. Comme des contrôles pour contrecarrer les discriminations sur les marchés de l’emploi et du logement".

Les plus consultés