Stad Gent

Gand retire une statue controversée du roi Léopold II de l’espace public

La ville de Gand retirera le 30 juin d'un de ses parcs (Zuidpark) une statue controversée à l'effigie du roi Léopold II. Le buste (photo) - qui a été dégradé il y a deux semaines, mais aussi déjà plusieurs fois par le passé - a été déplacé dans un entrepôt dans l’attente d'un nouvel emplacement. Le débat entrepris sur la mémoire du colonialisme en Belgique a accéléré cette décision de retrait de l’espace public.

Dans le contexte d'un mouvement globalisé contre le racisme et les brutalités policières - qui fait suite au décès de l’Afro-Américain George Floyd à Minneapolis, aux Etats-Unis - l'indignation s'est aussi exprimée en Belgique sous forme de protestations et de vandalisme envers des monuments coloniaux controversés. Ce sont avant tout des bustes du roi Léopold II (1835-1909) - fondateur de l’Etat indépendant du Congo (1885-1908), qu’il considérait comme sa propriété personnelle et dont il a fait exploiter les ressources naturelles au prix d’exactions contre la population locale - qui ont été ces dernières semaines la cible de dégradations. L’un d’eux est le buste qui se trouve dans le Zuidpark et qui a déjà été ciblé par le passé.

Le conseil communal de Gand (Flandre orientale) a décidé ce jeudi de se séparer du buste en question, dans le prolongement d'initiatives entreprises par d'autres communes dans le pays. La décision gantoise fait suite à la demande du groupe de travail "Décoloniser la ville", qui rassemble des personnes de diverses origines. Il devait normalement se réunir en septembre et prendre alors une décision à propos de la statue.

Mais cette décision a été avancée et la date officielle du retrait du buste est maintenant le 30 juin, jour du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo.

"Décoloniser la ville"

Le groupe de travail rendra son avis dans le courant de l'année sur d'autres monuments coloniaux installés dans la ville flamande, comme par exemple la statue de Sakala dans le Parc de la Citadelle. Le nom de certaines rues de la ville liées à l’époque coloniale sera également débattu.

L‘échevine de l’Egalité des chances, Astrid De Bruycker (SP.A), estime que la décision de retirer le buste de Léopold II du Zuidpark ne vient pas trop tôt. "Les actes criminels commis notamment par Léopold II ne méritent pas les honneurs, au contraire. Jusqu’à ce jour, des gens sont blessés et insultés par une représentation peu sensible et dépassée de la colonisation, dans nos rues et nos parcs".

"Il est symboliquement important de retirer les statues, mais cela ne suffit pas. Nous devons expliquer la colonisation et en parler dans les écoles, pas simplement la supprimer", estime Astrid De Bruycker. C’est aussi l’avis de l’échevine Tine Heyse (Groen) : "La décolonisation de la ville porte sur bien plus que le retrait des statues. Nous voulons faire encore bien davantage. Ce n’est pas pour rien que nous avons créé un groupe de travail".

L’échevine De Bruycker souligne que la ville de Gand possède une politique résolue contre le racisme et les discriminations. Elle défend les tests de situation, qui permettent de sensibiliser les propriétaires de logements et les employeurs contre les discriminations et le racisme. L’échevine veut aller encore plus loin et combattre le profilage ethnique. "Notre société ne supporte plus les discriminations choquantes, que ce soit sur le marché du logement, sur celui de l’emploi, lors d’actions policières ou à la porte d’un club".