Rutten: la N-VA a demandé à l’Open VLD et au CD&V d’entrer dans un gouvernement flamand avec le Vlaams Belang

Invitée vendredi soir dans l’émission "De afspraak op vrijdag" (Canvas) du journaliste politique Ivan De Vadder, la présidente sortante des libéraux flamands, Gwendolyn Rutten (photo), a révélé que lors de la formation du gouvernement flamand l'an dernier, la N-VA avait explicitement demandé à l'Open VLD et au CD&V de monter dans un gouvernement avec le Vlaams Belang. "Nous vous récompenserons généreusement", aurait encore promis la N-VA aux libéraux et démocrates-chrétiens flamands. Les deux partis ont finalement refusé de s’associer au parti d’extrême-droite. "Le passé est le passé" a réagi le nouveau président d’Open VLD, Egbert Lachaert, aux propos de Rutten, indiquant qu’il veut continuer à travailler avec ses homologues Joachim Coens (CD&V) et Georges-Louis Bouchez (MR) pour tenter de concrétiser la formation du gouvernement fédéral de pleins pouvoirs.

A la suite des élections fédérales et régionales du 26 mai 2019, le président de la N-VA Bart De Wever - dont le parti était resté premier de Flandre avec près de 25% des votes - a pris l’initiative de la formation d’une nouvelle coalition régionale flamande. Il y a également impliqué le Vlaams Belang dans un premier temps, le parti d’extrême-droite étant sorti grand gagnant du scrutin régional (+12,6% par rapport à 2014) et ayant obtenu un total de 18,5% des voix, ce qui faisait de lui le deuxième parti de Flandre. L’actuel ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA), a déjà indiqué par le passé que des formules de coalition impliquant le Vlaams Belang avaient effectivement été envisagées.

Sur le plateau de l’émission "De afspraak op vrijdag" (VRT), l’ex-présidente d’Open VLD, Gwendolyn Rutten, précisait néanmoins ce vendredi soir que "lors de la formation du gouvernement flamand, voici un an, alors que nous étions pleinement impliqués dans les discussions, la N-VA nous a dit tout comme au CD&V: s’il vous plait, rejoignez-nous dans un gouvernement N-VA-Vlaams Belang. Nous vous récompenserons généreusement, mais nous voulons faire participer le Vlaams Belang. Cette proposition a vraiment été sur la table et a été vraiment testée politiquement. Seule ma réponse a toujours été claire: non", indiquait Gwendolyn Rutten, qui était à l’époque encore présidente d'Open VLD.

Le CD&V a également refusé cette coalition avec l’extrême-droite. Rutten affirme ne pas comprendre pourquoi la N-VA est allée si loin. "De cette façon, on donne une légitimité au Vlaams Belang et on donne l’impression aux partisans que tout est possible". La libérale flamande voit aussi dans cette démarche de la N-VA une explication au fait que la formation d’un gouvernement fédéral entre le parti socialiste francophone PS et la N-VA (les deux plus grands partis du pays) soit si difficile.

"Si en Belgique francophone on éprouve déjà de réelles difficultés face à la N-VA, on refuse catégoriquement de discuter avec le Vlaams Belang. Si le plus grand parti de Flandre laisse sous-entendre qu’il peut gouverner avec l’extrême-droite, alors il renforce encore la méfiance des francophones. Il ne faut pas sous-estimer cet aspect", indiquait Rutten à la VRT.

L’ancienne présidente d’Open VLD reproche aussi notamment à la N-VA de ne pas investir suffisamment dans des contacts avec des partis francophones.

N-VA : "Madame Rutten semble avoir mal digéré cette année politique"

Le vice-président des nationalistes flamands, Lorin Parys (photo), réagissait ce samedi aux propos de Gwendolyn Rutten avec une brève communication. "L’été dernier, nous avons exploré toutes les pistes pour former un gouvernement flamand, en tenant compte du signal donné par les électeurs lors du scrutin. Comme nous l’avions déjà indiqué à l’époque, aucun parti n’était prêt à envisager une option incluant le Vlaams Belang".

"Pour le reste, il semble que Madame Rutten ait mal digéré l’année politique écoulée. Nous lui souhaitons un été apaisant", concluait Lorin Parys.

"Le passé est passé", réagit Egbert Lachaert

Sur la plateforme sociale Twitter, le nouveau président de l'Open VLD Egbert Lachaert (photo) réagissait pour sa part aux propos de Gwendolyn Rutten en indiquant que "le passé est passé". La question de savoir si l'Open VLD envisage toujours la possibilité d'un gouvernement au fédéral avec la N-VA est cependant posée. Pour Egbert Lachaert, cette piste n'est pas écartée.

"À une époque où des gens perdent leur emploi, où des entreprises font faillite, nous avons besoin d'un gouvernement capable de mener une solide politique de relance. Nous continuons à y travailler de manière constructive avec Georges-Louis Bouchez (président du MR) et Joachim Coens (président du CD&V). Un bon conseil: regardez en avant ce que vous pouvez faire ensemble", tweetait Egbert Lachaert.

Nicolas Maeterlinck

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