Sophie Wilmès confirme que le Roi a pris l’initiative des regrets, "un moment de reconnaissance, en vue d’une enquête"

A l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance du Congo, célébré ce mardi 30 juin, la Première ministre Sophie Wilmès (photo) s’est rendue dans la commune bruxelloise d’Ixelles, à l’invitation du bourgmestre Christos Doulkeridis. Elle y a inauguré une plaque commémorative à l'entrée de la maison communale. C’était l’occasion pour la Première ministre de confirmer que le souverain a pris lui-même l’initiative d’exprimer ses plus vifs regrets pour les exactions commises à l'époque de l'Etat indépendant du Congo puis pendant la période coloniale. Elle qualifie le message du Roi au président Félix Tshisekedi de premier pas dans la "reconnaissance de la souffrance". "Le moment est venu pour la Belgique d’entamer un parcours d’enquête sur la vérité et la mémoire". D’autres personnalités politiques ont salué l’initiative du roi Philippe.

Le ministre-président de la Région bruxelloise, Rudi Vervoort, était également présent à la cérémonie à Ixelles, tout comme des membres de la communauté congolaise en Belgique. Le 30 juin 1960 était proclamée l'indépendance de la République démocratique du Congo, après avoir été la propriété personnelle du roi Léopold II de 1885 à 1908 et la colonie de l'État belge pendant 52 ans.

Le Palais royal a indiqué ce mardi que le roi Philippe avait adressé une lettre de félicitations au président de la RDC, Felix-Antoine Tshisekedi, dans laquelle il exprime également ses "profonds regrets" pour les "blessures du passé dont la douleur est aujourd'hui ravivée par les discriminations encore trop présentes dans nos sociétés". Le souverain avait été invité au Congo pour les célébrations, mais n'a pu s'y rendre en raison de la pandémie de coronavirus.

Prenant la parole brièvement lors de l’inauguration de la plaque commémorative devant la maison communale d’Ixelles (photo), la Première ministre Sophie Wilmès a déclaré que "en 2020 nous devons être capables de jeter un regard lucide sur notre passé commun. Et ce passé est marqué d’inégalités et de violences à l’égard des Congolais". Tout comme le roi Philippe dans sa lettre au président Tshisekedi, Sophie Wilmès n’a pas tu les exactions du régime colonial belge.

"Reconnaissons, avec honnêteté, que si notre pays a toujours bataillé ferme contre le racisme et toute forme de discrimination, il reste encore du travail pour garantir l'égalité des chances pour tous", a poursuivi la Première ministre, se disant "heureuse célébrer le 60e anniversaire de l'indépendance de la République démocratique du Congo". "L'heure est venue pour la Belgique d'entamer un parcours de vérité" et "tout travail de vérité et de mémoire passe d'abord par la reconnaissance de la souffrance de l'autre", a ajouté Sophie Wilmès.

"Un débat en profondeur"

"La question coloniale nécessite un débat en profondeur et diversifié, avec différentes voix belges et congolaises. Un débat sans tabous, qui puisse se dérouler calmement et en toute sincérité". Tout comme le souverain dans sa lettre, Sophie Wilmès souligne que ce débat devra être mené au sein d’une commission au Parlement qui se penchera sur le passé colonial de la Belgique.

D’autres personnalités politiques ont réagi via Twitter aux regrets exprimés par le roi Philippe. "Une bonne chose et un message fort du roi Philippe", estimait le président du CD&V, Joachim Coens (photo). "Allons vers plus de respect et une collaboration renforcée".

"Avec sa lettre très personnelle au peuple congolais, le roi Philippe a fait un pas important. Sur base d’une enquête et d’un dialogue, le Parlement contribuera à la façon dont nous envisagerons, aujourd’hui et demain, l’histoire coloniale difficile de la Belgique", déclarait pour sa part le président de la Chambre Patrick Dewael (Open VLD, photo).

Dès le 12 juin dernier il avait annoncé son intention de proposer la mise sur pied d’une commission parlementaire "vérité et réconciliation" sur le passé colonial de la Belgique, alors que plusieurs statues du roi Léopold II avaient été vandalisées dans diverses villes du pays, dans le sillage des manifestations anti-racistes "Black Lives Matter". Sa proposition a entretemps été adoptée.

"Fort et grand. Voir et reconnaitre les plaies est le début d’une guérison", twittait pour sa part l’ex-présidente des libéraux flamands, Gwendolyn Rutten.

"Avec sa lettre et les regrets qu’il exprime, le roi Philippe écrit une page d’histoire. Le souverain se rend compte du changement de mentalité et se distancie par rapport à ses ancêtres. Cela mérite le respect. La Chambre aura maintenant le champ libre pour effectuer un rapport officiel avec des recommandations", réagissait pour sa part le député Wouter De Vriendt (Groen, photo).

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