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La N-VA veut-elle vraiment participer à un gouvernement "Arizona" ?

Après les déclarations du président de la N-VA Bart De Wever sur la loi avortement, la pression est montée d’un cran sur la formation d’une coalition fédérale dite "Arizona", et plus particulièrement sur les partis libéraux. Que signifie cette nouvelle sortie du leader de la N-VA ? Et quel impact peut-elle avoir dans les négociations ? Le journaliste politique de la VRT, Johny Vansevenant, avance quelques points d’éclairage.

Dans une déclaration faite samedi, Bart De Wever a émis une sérieuse mise en garde envers les partis qui veulent adopter un assouplissement de la loi avortement. "Je peux vous dire que si des partis donnent le feu vert à une loi que je trouve scandaleuse, ce sera compliqué de faire comme si de rien n'était avec eux le lendemain", a-t-il notamment fait savoir.

La proposition de loi est soutenue par une large majorité de socialistes, libéraux, d'écologistes, le PTB et DéFI. Le CD&V, la N-VA et le Vlaams Belang s'y opposent farouchement.

Tension en escalade

D’après Johny Vansevenant, la situation est très sérieuse. "La tension est construite de façon systématique", explique l’observateur de la Rue de la Loi. "La semaine dernière, j’ai eu une figure de la N-VA au bout du fil et je lui ai demandé pourquoi le parti ne se faisait pas entendre dans la discussion. ‘Attendez encore un peu’, m’a-t-il répondu. Et effectivement, peu après, la députée Valerie Van Peel a déclaré que l’assouplissement de la loi allait trop loin. Le ministre-président flamand Jan Jambon a également indiqué qu’il valait mieux ne pas voter. Et maintenant, c’est au tour de Bart De Wever de lancer un message encore plus sévère : ‘débrouillez-vous seuls si vous poursuivez la démarche’ insinue-t-il en quelque sorte".

De Wever vraiment partant pour l’Arizona?

"Je pense que Bart De Wever se voit former une coalition Arizona – un gouvernement comprenant son parti, le MR, l’Open VLD, le SP.A, le CDH et le CD&V, avec juste un siège en surplus. Mais ce n’est pas non plus son scénario idéal", souligne Johny Vansevenant. "Il préfère discuter avec le PS sur la répartition du pays, car il existe parmi les socialistes francophones un courant régionaliste favorable à plus de compétences pour la Wallonie. Mais le PS refuse de se mettre autour de la table avec la N-VA", poursuit-il.

Le MR est pour sa part moins enthousiaste face à la régionalisation. "Mais je crois que la N-VA préfère obtenir quelque chose que rien du tout, et qu’elle intégrerait donc bien une coalition Arizona, si la question de l’avortement est déminée".

Un couteau à double tranchant

Le CD&V, premier parti flamand à s’opposer à l’assouplissement de l’avortement, est-il satisfait du soutien de la N-VA ? "C’est un couteau à double tranchant", juge le journaliste politique. "L’avortement est le thème par excellence des chrétiens-démocrates, c’est le sujet qui lui permettait de marquer des points. La N-VA vient donc désormais lui faire concurrence à ce niveau, et ce n’est pas vraiment positif pour le CD&V. D’un autre côté, il peut aussiprofiter de ce soutien au niveau de la formation fédérale".

Les libéraux vont-ils céder ?

Jusqu’ici, les libéraux ne se sont pas montrés très préoccupés par la position du CDV et de son président, Joachim Coens, relève encore Johny Vansevenant. "Mais maintenant que la N-VA prend le train en marche, il devient plus difficile de nier la situation", souligne-t-il.

"Nous savons aussi qu’au sein du MR et de l’Open VLD, certains députés ne sont pas favorables à la proposition de loi sur l’avortement. Ils ne vont donc tous pas voter pour. Il se peut qu’une solution soit recherchée, et que le vote n’ait dès lors pas lieu. On ressent en tous cas une hésitation, depuis la sortie de De Wever".

Reste donc désormais à savoir si les partis libéraux vont plier face à la pression de la N-VA. Quoi qu’il en soit, "les négociations sont en grande partie à l’arrêt tant que la question de l’avortement n’est pas résolue", conclut Johny Vansevenant.

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