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Le secteur de la musique réclame un grand plan de sauvetage : "Le drame est pire qu’on ne l’imagine"

Alors que la salle de concert bruxelloise Ancienne Belgique annonçait lundi devoir se séparer de 200 travailleurs externes en raison de l’impact de la crise sanitaire sur ses activités artistiques et ses finances, le secteur belge de la musique réclame ce mardi plusieurs dizaines de millions d'euros d'aides, en plus des mesures actuelles, notamment pour compenser les événements qui ont dû être annulés. Il le fait dans une lettre ouverte. Il demande aussi de nouvelles consultations avec les autorités. Les signataires disent rester "bouche bée" devant les décisions des dernières semaines.

Entretemps, le centre culturel bruxellois Botanique annonce, un jour après l'Ancienne Belgique, devoir se séparer de 200 à 300 colaborateurs externes, en raison des annulations de centaines de concerts.

Le secteur belge de la musique live se dit stupéfait face à la décision du Conseil national de sécurité, sans consultation, de diviser par deux la capacité des événements. De nombreux bourgmestres ont en plus décidé de les interdire totalement, malgré les mesures convenues entre le secteur et le gouvernement au printemps, dénoncent les signataires de la lettre ouverte.

Des mois de négociations ont eu lieu pour pouvoir s'organiser en toute sécurité, soulignent-ils. Un guide sectoriel en est sorti, ainsi que le Covid Event Risk Model (CERM), qui doit guider les organisateurs et les autorités locales dans l'organisation d'événements sûrs au niveau sanitaire. "Mais le manque d'unité aux commandes a mis des mois de préparation à la poubelle", écrivent les auteurs.

Le secteur s'engage à ce que les événements en plein air soient sûrs, "avec une plus grande distance que dans les magasins, les restaurants ou sur les digues, sans parler des avions". Organiser des concerts pour 400 personnes, et même pour 200 selon la décision du dernier Conseil national de sécurité, est donc sans danger, estiment-ils, mais le faire de manière rentable est "presque impossible". Les pertes de revenus sont estimées à 95%, soit environ un milliard d'euros.

Pas de vraie reprise avant 2021 ?

"Si le bref répit financier nous est enlevé d'un seul mot et sans aucune excuse, sans parler de compenser les pertes, alors nous nous mettons en colère", écrivent les signataires. "Nous avons déjà fait beaucoup de propositions. Il est temps de les concrétiser."

Le secteur est également conscient que la véritable reprise n'arrivera pas avant 2021. Le chômage temporaire et le droit passerelle doivent donc être étendus pour les signataires, mais cela ne suffira pas, alertent-ils. L'appel est soutenu par la quasi-totalité du secteur musical belge: des salles de concert comme l'Ancienne Belgique, De Roma ou le Handelsbeurs, les festivals Rock Werchter ou Pukkelpop, ainsi que des managers d'artistes comme dEUS, Selah Sue et Bazart.

Le Botanique se sépare aussi de collaborateurs externes

Après l'Ancienne Belgique lundi, c'est au tour du Botanique d'annoncer qu'il met fin à sa collaboration avec une série de travailleurs externes en raison de la crise du coronavirus. Parue mardi dans le quotidien Het Nieuwsblad, l'information a été confirmée à l'agence Belga.

Le centre culturel bruxellois Botanique (photo) a été contraint d'annuler 300 concerts cette année et ne sait pas encore si 300 autres pourront avoir lieu à petite échelle, ou devront eux aussi être annulés. Le nécessaire entretien des bâtiments a permis à l'institution culturelle de garantir l'emploi de sa cinquantaine de collaborateurs à temps plein, mais l'annulation des concerts va désormais avoir des conséquences pour le personnel externe en free-lance.

"Nous accueillons environ 650 groupes de musique par an. Il faut pour cela embaucher de nombreux collaborateurs externes tels que des régisseurs son et lumière, des techniciens de surface ou encore des agents de sécurité", affirme le directeur du Botanique, Paul-Henri Wauters. "Nous n'avons pas de travail pour ces gens maintenant qu'il n'y a plus d'activités. Il s'agit là de 200 à 300 personnes et de 5.500 jours de travail que nous sous-traitons. Il y a également des gens qui travaillent à la fois pour nous et pour l'Ancienne Belgique".

Le Botanique se dit prêt à reprendre ses activités à tout moment, mais tout espoir de reprise est pour l'instant balayé par les mesures de sécurité et de distanciation physique mises en place pour lutter contre la propagation du nouveau coronavirus.

En attendant, les salles de concert accueillent en résidence des artistes et groupes de musique belges tout au long de l'été, mettant à chaque fois à leur disposition toutes les installations du Botanique pendant trois jours.

Nicolas Maeterlinck

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