Delphine Boël s’exprime pour la première fois après le procès : "J’étais la honte, le linge sale du Roi"

La galerie Guy Pieters à Knokke (Flandre occidentale) présente depuis le 8 août et jusqu’au 13 septembre une exposition d’œuvres que l’artiste belge de 52 ans n’avait pas encore montrées à son entourage. Elles ont été réalisées pendant les sept années du procès intenté par la fille naturelle du roi Albert II pour obtenir la reconnaissance officielle de sa filiation, via un test ADN. Elle a finalement obtenu la reconnaissance de paternité du roi le 17 janvier 2020. Delphine a écrit des poèmes, qu’elle a ensuite intégrés à des œuvres picturales qui se lisent comme un journal intime artistique du procès. Dans une interview accordée à Chris Michel pour l’émission "Terzake" de la VRT, Delphine Boël (photo) décrit, en anglais, son travail d’artiste et sa vie de fille non désirée du roi.

Les sept années de procès (2013-2020) ont été éprouvantes pour Delphine Boël. Mais dans un message adressé aux enfants (les adultes de demain) dans l’exposition de ses nouvelles œuvres à Knokke, l’artiste leur parle d’amour, d’espoir, les encourage à ne jamais abandonner une cause.

"C’est bizarre à quel point je dérange. Quand je suis née, mais parents étaient déchirés. Me désiraient-ils ? N’aurais-je pas dû naître ?". Des questions que Delphine Boël a retravaillées dans des œuvres picturales. Elle raconte avoir eu l’impression de déranger la famille royale par sa simple existence. Des conseillers de la Cour lui ont fait comprendre qu’on souhaitait qu’elle s’en aille très loin, pour faire oublier le scandale. Mais elle a décidé de rester à Londres, où elle menait une vie d’artiste après ses études au Chelsea College of Art and Design.

Proche de sa fille naturelle jusqu’en 2001, Albert II a rompu tous contacts avec elle lorsqu’elle avait 33 ans, après lui avoir déclaré qu’elle n’était pas sa fille. Lorsqu’il céda le trône à son fils ainé Philippe en 2013 et perdit ainsi son immunité, Delphine entama la procédure en justice pour obtenir la reconnaissance officielle de sa filiation. L’une des raisons en était qu’elle avait retrouvé son nom sur une liste noire internationale, sans doute parce qu’on estimait qu’elle voulait usurper une filiation. Mais elle avait ainsi vu son compte en banque bloqué, éprouvé des difficultés à voyager, s’était vu refuser une participation à des expositions. Même ses enfants avaient été repris sur la liste et il devenait impossible de leur ouvrir un compte en banque.

"Mais ce n’étaient pas les seules raisons", poursuit Delphine au micro de la VRT. "Je voulais avant tout que mes enfants ne doivent jamais se demander d’où ils viennent. Et j’aurais fait le même procès si mon père avait été un directeur de zoo ou même un criminel", souligne l’artiste qui vit depuis 2003 avec l’Américain James O'Hare, père de ses deux enfants Joséphine et Oscar.

Depuis la reconnaissance de paternité, annoncée par Albert II via un communiqué de presse en janvier dernier, les œuvres de Delphine Boël ont repris des couleurs et de la joie. "Je suis très heureuse de constater que la justice belge est saine. Mais je dois encore digérer toute cette affaire, qui aurait pu se passer autrement". Si le roi avait reconnu tout simplement sa paternité, sans la forcer à en exiger des preuves via la justice.

L’enfer avait débuté en 1999, lorsqu’un livre consacré à la reine Paola avait révélé au grand public l’existence d’une possible fille naturelle du roi Albert II. "Cette notoriété de la honte me blesse. Je ne le mérite pas", écrivait Delphine dans l’un des poèmes exposés à Knokke. Et d’expliquer : "Je ne suis pas devenue célèbre parce que j’étais une star de la musique pop. Je suis devenue célèbre parce que j’étais en quelque sorte le linge sale du roi Albert II".

Certaines personnes lui reprochent d’utiliser sa parenté avec Albert II pour vendre ses œuvres d’art, suggère le journaliste Chris Michel. Delphine rappelle qu’elle est artiste de longue date et qu’à l’université britannique où elle a obtenu un diplôme personne ne savait qui est son père. "Les gens semblent se demander pourquoi je me plains puisque je viens d’un milieu privilégié. Pourquoi je ne me tais pas tout simplement puisque je suis la fille d’un roi ?". Mais pour l’artiste cela n’a rien à voir avec le statut de son père. "J’aurais préféré simplement avoir des parents qui m’aiment et qui m’acceptent".

L’exposition à Knokke est intitulée "Attitude". Un titre qu’explique Delphine Boël : "Avant 1999 j’étais une artiste comme les autres et c’était plus facile. Mais je ne veux pas me plaindre. Tout le monde a des épreuves à surmonter. C’est l’attitude que nous adoptons vis-à-vis de ces défis qui façonne notre vie. C’est la seule chose que nous puissions contrôler", conclut Delphine Boël.

Ecoutez, ci-dessous, l'interview de Delphine Boël pour "Terzake". L'artiste s'exprime en anglais. Les commentaires sont en néerlandais. 

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