Décès d’un passager à l’aéroport de Charleroi en 2018 : le numéro 2 de la police fédérale se retire

Le directeur général de la police fédérale, André Desenfants (photo), se retire le temps qu'une enquête soit menée sur l'intervention d'agents de la police aéroportuaire en février 2018 à l'aéroport de Charleroi. Cette décision suit la révélation des circonstances de la mort d'un ressortissant slovaque, Jozef Schovanek. C’est ce qu’a annoncé ce jeudi soir aux chaînes de télévision nationales le n°2 de la police fédérale, affirmant être choqué par les images de l’intervention policière tout récemment divulguées à la demande de l’épouse de la victime, alors que l’instruction dure depuis plus de deux ans.

Ce vendredi la présidente de la commission Justice, Kristien Van Vaerenbergh (N-VA), annonçait que les commissions Justice et Intérieur de la Chambre se réuniront la semaine prochaine à la suite des événements survenus à l'aéroport de Charleroi en 2018.

André Desenfants a pris ses fonctions à la fin 2017, quelques semaines avant le décès de Jozef Schovanek. Il chapeaute notamment la police aéronautique dont l'intervention est mise en cause. La diffusion des images de cette intervention pose de nombreuses questions et a suscité un concert d'indignations. Le ministre de l'Intérieur, Pieter De Crem, a demandé à l'Inspection générale de la police d'ouvrir une enquête.

André Desenfants s'est dit profondément touché par les faits. "Je ne peux pas tolérer certaines choses que j'ai vues", a-t-il dit, en assurant qu'il n'avait découvert les images choquantes qu'à la suite de leur diffusion dans les médias. "Dès que j'ai pris connaissance de ces informations et de ces images, j'ai pris mes responsabilités et demandé l'ouverture d'une enquête", a-t-il ajouté.

Desenfants souhaite que la police puisse avoir accès en urgence au dossier judiciaire toujours à l'instruction pour voir quelles mesures peuvent être prises sur divers aspects, dont le volet disciplinaire. "Je veux savoir pourquoi je n'étais pas au courant de tous les faits qui se sont déroulés", a-t-il expliqué, affirmant notamment ne pas avoir su jusqu’à ce mercredi qu’une mise en accusation a eu lieu à l’encontre de certains collègues agents.

Le numéro 2 de la police fédérale a estimé qu'il était entravé dans l'exercice de son mandat. Il a donc personnellement demandé au commissaire général, Marc Demesmaeker, d'être temporairement remplacé. "Je n’ai personnellement pas commis de faute, mais je ne peux pas tolérer ce qui s’est passé". Desenfants a exprimé ses condoléances à la famille de Jozef Schovanek.

Que s’est-il passé il y a plus de deux ans ?

En février 2018, le passager slovaque de 39 ans, père de famille, voulait prendre de l’aéroport de Charleroi un vol à destination de son pays d’origine, mais son comportement a posé problème au moment de monter à bord. Il aurait poussé une hôtesse, se serait révolté de ne pouvoir prendre place dans l’avion et aurait finalement été emmené dans une cellule par la police fédérale.

Sur les images vidéo qui viennent d’être diffusées, on peut voir que l’homme se comporte étrangement et se frappe la tête contre le mur de la cellule, jusqu’à ce qu’elle soit ensanglantée. Des policiers tentent de l’immobiliser, lui passent une couverture sur la tête et un inspecteur pèse de son poids pendant 16 minutes sur le passager slovaque. Il reçoit des calmants, des ambulanciers tentent ensuite de le réanimer (photo ci-dessus), mais la victime tombe dans le coma et décèdera quelques jours plus tard.

C’est aussi le comportement d’une jeune policière qui choque particulièrement : elle fait le salut nazi (photo), rit, des commentaires moqueurs tombent. D'autres collègues s'y joignent.

"Ma cliente a l’impression qu’on veut étouffer l’affaire"

L’épouse de la victime est choquée par les images, qui font partie du dossier d’instruction. "Je veux savoir ce qui s’est passé et pourquoi les policiers ont agi de la sorte", témoignait Henrietta Chovancova mercredi devant la presse. "On a l’impression que mon mari ne se sentait pas bien, qu’il avait quelque chose. Les policiers l’ont ignoré toute la nuit. Quand ils ont vu le sang sur son visage, ils auraient dû lui porter les premiers secours, mais au lieu de cela, ils se sont mis à plusieurs sur lui. Il n’a plus pu respirer".

L’enquête sur les causes précises du décès de Jozef Schovanek dure depuis plus de deux ans. C’est bien trop long, estime Ann Van de Steen, l’avocate de l’épouse de la victime. "Ma cliente a déjà voulu parler à la presse l’an dernier, mais j’ai pu l’en empêcher, parce que la justice belge ne travaille pas toujours aussi vite qu’il faudrait. Mais lorsque nous avons constaté, lors de la dernière consultation du dossier, qu’aucun devoir d’enquête supplémentaire n’avait été effectué, ma cliente en a eu assez. Elle a l’impression qu’on veut étouffer l’affaire. Elle demande qu’un autre juge d’instruction soit chargé du dossier", précisait Van de Steen.

Le parquet de Charleroi affirmait mercredi que l’instruction est presque terminée. Le dossier aurait été retardé par divers éléments, dont la demande récente d’une expertise médicale par la famille de la victime et puis la crise du coronavirus. Les agents de police impliqués dans l’intervention en février 2018 ont entretemps été auditionnés, indique le parquet.

Mercredi soir, de nombreuses réactions politiques s’élevaient à la suite de la diffusion des images, pour condamner les faits. Les ministres de la Justice Koen Geens et de l’Intérieur Pieter De Crem se disent choqués et demandent que la lumière soit faite sur l’incident dramatique. Ce jeudi, Amnesty International réclamait aussi une enquête approfondie sur les circonstances ayant entouré le décès du passager slovaque.

Plusieurs responsables politiques ont réclamé des explications. Le groupe PS de la Chambre a demandé la convocation urgente d'une commission parlementaire. Les commissions Justice et Intérieur de la Chambre se réuniront la semaine prochaine à la suite des événements survenus à l'aéroport de Charleroi en 2018, a annoncé ce vendredi la présidente de la commission Justice, Kristien Van Vaerenbergh (photo).

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