Flip Franssen

Un oncologue de l’UZ Leuven s’inquiète : "Je découvre des tumeurs beaucoup plus avancées qu’auparavant"

En avril, le nombre de diagnostics de cancer a diminué de moitié par rapport à l'année précédente, c’est une conséquence du confinement suite au coronavirus. Les soins ordinaires ont alors dû être interrompus, ce qui a entraîné l'annulation de nombreuses consultations de suivi et de dépistages. Aujourd'hui encore, les gens reportent leurs examens de contrôle. C'est dangereux, prévient le radiothérapeute-oncologue Gert De Meerleer (KU Leuven). "A présent, nous devons tenter de guérir des tumeurs plus avancées, avec des thérapies plus lourdes et plus complexes. Nous allons en voir les conséquences à long terme, avec une augmentation de la mortalité par cancer".

A la mi-juillet, la Fondation Registre du Cancer tirait la sonnette d'alarme. En avril, alors que la crise du coronavirus faisait rage, le nombre de diagnostics de cancer était inférieur de 44 à celui d'avril 2019. Une diminution qui a tout à voir avec les mesures d'urgence pour lutter contre le coronavirus. À cette époque, tous les examens et interventions non-urgents ont été suspendus. Et le vaste dépistage préventif de la population pour le cancer du sein, le cancer colorectal et le cancer du col de l'utérus ont également été interrompu.

Mais même après la reprise des consultations au début du mois de mai, les patients ont évité de se rendre dans les cabinets médicaux et les hôpitaux par crainte d'une contamination. Ils ont annulé leurs rendez-vous et reporté les visites et les traitements chez le médecin. Les experts et les gouvernements ont alors mis en garde à plusieurs reprises contre les risques.

Lorsque le nombre d'infections a commencé à diminuer, les diagnostics de cancer ont recommencé à augmenter. Mais il y a une dizaine de jours, la Fondation contre le cancer a de nouveau tiré la sonnette d'alarme. Avec la nouvelle augmentation des infections cet été, les médecins ont de nouveau remarqué que les gens annulaient ou reportaient leurs rendez-vous.

"Des tumeurs beaucoup plus avancées qu'auparavant"

Gert De Meerleer, chef de la clinique de radiothérapie-oncologique de l'UZ Leuven, professeur à la KU Leuven et président du BRAVO ("Belgian Radiotherapy Awareness & Visibility Organisation") est sérieusement préoccupé. Le report des rendez-vous et des examens de contrôle entraîne des drames dans les services d'oncologie. "Nous devons maintenant essayer de guérir des tumeurs plus avancées, souvent avec des thérapies plus lourdes, plus complexes, plus coûteuses. Et comme beaucoup de mes collègues l'ont souligné, tout doit être fait tout de suite et rapidement, or nous n'avons pas toujours le temps ou l'espace pour le faire".

"Ces dernières semaines, j'ai vu en pratique des tumeurs que je croyais ne plus figurer que dans les livres d'histoire. Des collègues oncologues voient des tumeurs du sein beaucoup plus grosses qu'auparavant. J'ai des collègues qui se demandent où sont passés leurs patients ? Et c'est parce que les gens ont reporté les dépistages et les examens de suivi nécessaires".

Plus on découvre une tumeur tard, plus elle est complexe, plus elle est difficile à traiter, plus les risques de rechute sont élevés.
Gert De Meerleer

Pour Gert De Meerleer les effets de ces reports de dépistage ne seront pas seulement visible maintenant, mais on les remarquera aussi dans les années à venir. "C'est logique : plus on trouve une tumeur tard, plus elle est complexe, plus elle est difficile à traiter, plus les risques de rechute sont élevés. Nous craignons une augmentation des décès par cancer d'ici quelques années".

Le médecin fait référence à une étude menée au Royaume-Uni. Ils y ont calculé la surmortalité en quelques années pour quatre types de tumeurs (sein, côlon, poumon, œsophage). Cela représenterait déjà environ 4 000 personnes. "Et d'autres types de tumeurs comme la vessie, la prostate, les reins n'ont pas encore été inclus. Il faut avoir peur de cela".
 

Il n'y a pas que le Covid-19, il faut que les autorités communiquent

Nous devons faire quelque chose à ce sujet estime Gert De Meerleer. "Je ne veux pointer personne du doigt, mais je veux demander aux autorités de communiquer à ce sujet. Notre plus grande demande au gouvernement est, "s'il vous plaît, communiquez ceci. Il n'y a pas que le Covid-19".

Il faut aussi adresser un message urgent à la population : ne remettez pas à plus tard une consultation et un suivi d’un cancer. "S'il vous plaît, faites un dépistage si vous êtes inquiet. Il n'y a pas lieu de craindre une infection au coronavirus. Nos hôpitaux sont absolument sûrs. Nous portons tous un masque et vous n'avez pas besoin de passer un test pour une consultation".
 

Les plus consultés